Construits entre les années 1960 et 1970, les foyers de travailleurs migrants yvelinois gérés par Adoma, filiale de CDC Habitat, ont l’âge de leurs artères, vieillissent et sont souvent pointés du doigt par les municipalités où ils sont implantés, et les riverains pour des problèmes de vétusté ou de sécurité. Depuis 2012, au niveau national, un plan stratégique patrimonial a été lancé par Adoma et vise à transformer ces foyers en résidences sociales, avec des logements autonomes.

En vallée de Seine, le foyer Seine-et-Oise situé à Conflans-Sainte-Honorine, le foyer Maurice Braunstein dans le quartier de Gassicourt, et celui de la rue de Buchelay, tous deux à Mantes-la-Jolie sont concernés. Si les travaux ont déjà commencé pour Maurice Braunstein, prévoyant la démolition-reconstruction de 137 logements contre 288 actuellement, les travaux concernant le site conflanais et la construction d’une « résidence sociale de 105 logements », contre 180, et de « 56 logements en centre d’accueil des demandeurs d’asile », selon le programme prévisionnel du bailleur, devraient eux débuter l’année prochaine, pour un montant estimé à 7,750 millions d’euros HT.

Quant au foyer de la rue de Buchelay, il déménagera à quelques mètres de son emplacement actuel et sera divisé en une résidence sociale de 100 logements et une pension de famille de 36 logements, contre 228 actuellement et le site actuel sera démoli progressivement en fonction des relogements. La vente de ce nouveau terrain, qui appartenait jusque-là à la Ville et accueillait les jardins familiaux municipaux (transférés depuis rue Nungesser et Coli, près du centre technique municipal), à Adoma, a été actée lors du conseil municipal du 22 juin dernier.

De ces réhabilitations et requalifications, maires comme bailleurs espèrent en premier lieu attirer un nouveau public de résidents, familles monoparentales, femmes ou jeunes couples, tout en améliorant leurs conditions de vie. Les trois sites devraient être tous terminés à l’horizon 2025.

« Le foyer travailleurs migrants est composé essentiellement d’un public venu pour reconstruire la France », rappelle Mourad Boutouha, directeur territorial d’Adoma pour les Yvelines, de la construction de ces logements. Pour cette population, arrivée au milieu des années 1960 et désormais « vieillissante », les logements qui n’étaient que « de transit, […] quand ils part[ai]ent on décloisonn[ait] et on relou[ait] ». Mais les difficultés, la précarité, et le fait que les résidents soient entrés « sans limite dans le temps » dans ces foyers, n’ont pas permis de faire des roulements entre les résidents. « Ces foyers-là aujourd’hui sont vétustes, ne sont plus adaptés, insiste Mourad Boutouha. […] C’est une structure qui est révolue parce que le nouveau public n’est pas dans cet objectif-là d’avoir une chambre, de manger dans une cuisine et partir, dès que possible, au pays. »

La vente de ce nouveau terrain, qui appartenait jusque-là à la Ville et accueillait les jardins familiaux municipaux (transférés depuis rue Nungesser et Coli, près du centre technique municipal), à Adoma, a été actée lors du conseil municipal du 22 juin dernier.

Apparues dans les années 1990, les résidences sociales permettent la création de logements autonomes, majoritairement des studios allant du T1 au T1bis. Une structure qui permet la suppression des cuisines collectives et points d’eau, chaque studio disposant d’une kitchenette et de sa salle de bain. « Quand un foyer travailleur migrant est prévu en démolition-reconstruction pour du logement autonome, les locataires font bien plus attention à leur logement et aux parties communes, assure le responsable d’Adoma. Tout est chez moi, c’est plus grand, j’ai tendance à être responsable. »

Car régulièrement, du côté de Mantes-la-Jolie, les nuisances occasionnées sont pointées du doigt. « On a trois foyers à Mantes, ils sont dans des conditions lamentables, vivre dans ces conditions c’est absolument indécent, assène le 22 juin dernier le maire Raphaël Cognet (LR). En plus il y a dans ces foyers des choses absolument horribles qui se passent, il y a des trafics […] à certains endroits il y a des chambres qui sont divisées, il y a des gens qui se font racketter. » S’il nuance grandement ces problèmes, Mourad Boutouha le reconnaît toutefois, une résidence sociale permettrait la diminution des squats : « Quand vous allez en résidence sociale, il n’y a plus de points d’eau, il n’y a plus de cuisine collective, il n’y a pas de possibilité que quelqu’un vienne se doucher et partir. »

Le maire conflanais, Laurent Brosse (DVD), est plus mesuré quant aux nuisances constatées, et pointe plutôt un problème de vétusté du bâtiment : « Les gens se plaignent que le bâtiment est vétuste. Par rapport à la rénovation de la résidence d’à côté, même les habitants du quartier ­disaient que cela faisait vétuste. »

Lui voit surtout un moyen, par ces travaux, de requalifier l’ensemble du quartier, situé derrière le cinéma Pathé et la zone d’activités des Boutries. « Le départ du projet pour Adoma c’était une question de mise aux normes et d’hébergement sur place, détaille-t-il. […] Et surtout évidemment aboutir à quelque chose de plus qualitatif parce qu’on structure à la fois sur le bâtiment lui-même, donc qui se verra à l’extérieur, et à l’intérieur même des appartements pour les agrandir et avoir quelque chose aussi qui soit aux normes. » L’édile cite également la rénovation des trois bâtiments de la résidence Seine-et-Oise, effectuée entre 2018 et 2019. « Ce sont des logements sociaux et on a fait toute une réhabilitation, souligne-t-il. Du coup, comme les deux sont à côté, c’est pas mal qu[e le foyer] soit refait aussi. »

En janvier 2019, Adoma confiait à La Gazette espérer accueillir « entre 25 et 30 % a minima de ce qu’on appelle un nouveau public », familles monoparentales, jeunes actifs mais aussi étudiants. « Il faut faire en sorte que les résidences sociales soient à l’image de la société, hommes, femmes et enfants, détaille Mourad Boutouha. […] On reconstruit au maximum 150 logements autonomes, à taille plus humaine et beaucoup plus faciles à gérer, qui s­’intègrent sur le quartier. »

Concernant la pension de famille, « on cible un public qui est déjà plus fragilisé et qui n’est pas limité dans le temps », détaille Mourad Boutouha, contrairement à la résidence sociale où l’occupation d’un studio dure « un an, renouvelable une fois », sauf pour les anciens résidents d’un foyer de travailleurs migrants. Mais résidences sociales comme pensions de famille répondent à « un besoin local », insiste Mourad Boutouha.

Les travaux concernant le site conflanais et la construction d’une résidence sociale de 161 logements, devraient, eux, débuter l’année prochaine.

Marie Dos Santos, responsable de la filière sociale pour Adoma, complète : « Sur le Mantois, on a une population qui est fortement âgée, du coup on va axer sur le maintien de la médiation santé et sociale, sur l’aide à domicile mutualisée, sur la création de la pension de famille […]. » Un diagnostic est ainsi opéré pour définir les besoins, qui peuvent être ­différents selon les agglomérations.

« Par exemple, à Elancourt (dans l’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, Ndlr), La Colline, c’est une résidence qui a été ciblée prioritairement accessible pour les jeunes actifs, je ne vais pas travailler mon projet social de la même façon, on est sur un public jeune, qui va être en insertion, précise-t-elle. Alors qu’à Mantes, ça va être beaucoup de résidents de longue date, on va travailler sur une adaptation du logement, on va travailler sur de la convivialité, on va travailler aussi sur le nouveau public, qu’il y ait un turn-over sur ce nouveau public et pourquoi pas amener les résidents âgés à se tourner vers des logements plus adaptés en termes d’autonomie, etc. »

Une fois les diagnostics posés, commence la phase de relogement. À l’automne 2019, « un peu plus de 50 personnes » résidant au foyer Maurice Braunstein avaient déjà été relogées. « Ceux du Mantois veulent en général [rester dans] le Mantois », admet Mourad Boutouha. Pour les logements détruits et qui ne sont pas reconstruits sur le site, le bailleur cherche des sites de compensations, qui ne sont pas encore définis.

Ne remettant pas en cause le projet de transformation du foyer Mantes-Buchelay, Marc Jammet a toutefois regretté que ses occupants ne soient pas considérés par la Ville comme « des Mantais à part entière […], la plupart sont rarement entrés dans la ville. » Lui s’inquiète plutôt des départs à venir : « Ce que je conteste, ce que j’ai dit, c’est qu’on va passer de tant d’habitants dans ces foyers qui y vivent depuis trente, quarante ans, dans des conditions scandaleuses et je maintiens, à la moitié, ça veut dire qu’on va les virer. »

« Les services de l’État ne laisseront pas perdre une seule place en foyer ou en résidence. Dans notre opération, Adoma ne veut pas recréer des structures aussi grosses qui existent aujourd’hui, pour des raisons de gestion, expliquait l’adjoint à l’urbanisme mantais Jean-Luc Santini (LR), face à l’inquiétude du conseiller d’opposition communiste Marc Jammet, à propos du foyer Mantes-Buchelay. C’est trop compliqué à gérer, ils préfèrent recréer de petites unités. Les places perdues aujourd’hui, l’État s’est engagé à retrouver des terrains dans la région mantaise pour replacer une partie des gens dans une opération de même taille. »