« Tous les élèves reviennent à l’école, à tous les niveaux et toute la journée. » Les mots employés par le directeur académique des Yvelines, Antoine Destrés, pour résumer l’objectif du ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Jean-Michel Blanquer (LREM), sont clairs. La rentrée des classes étant prévue mardi 1er septembre, ce dernier a pris la parole mercredi 26 août pour expliquer, en conférence de presse, le protocole sanitaire mis en place dans les établissements afin de garantir « une rentrée scolaire la plus normale possible ». Pourtant, après son annonce et à moins d’une semaine avant la reprise de l’école, les questions étaient toujours nombreuses chez les divers interlocuteurs que La Gazette a interrogé et qui étaient favorables à un retour en classe des élèves.

« Que l’on y soit favorable ou non, il faut que la rentrée scolaire se fasse », ­résume la déléguée FCPE des parents d’élèves du collège Albert Thierry, à Limay, Christine Boutry. Ces propos sont complétés par la vice-présidente de l’association locale des parents d’élèves de l’école publique (Peep) de Conflans-Sainte-Honorine, Cécile Ribet-Retel. « Il y a une inquiétude sur les recommandations ministérielles qui semblent parfois un petit peu en décalage avec la réalité du terrain […]. Je pense qu’il y a un certain nombre de réalités qui peuvent apparaître incompatibles avec les gestes barrières recommandés » affirme-t-elle en ajoutant néanmoins qu’ « il est important que les enfants retrouvent le cadre scolaire [et] que les ­apprentissages soient de nouveau ­présents ».

Parmi les exigences du protocole sanitaire, le port du masque est rendu obligatoire pour l’ensemble des enseignants, y compris ceux de maternelle, et des élèves à partir du collège. « C’est important mais ce n’est pas pratique », déplore Evan, un élève de 17 ans entrant en classe de terminale au lycée Notre-Dame les Oiseaux à Verneuil-sur-Seine.

« [Le port du masque], ce n’est pas ce qu’il y a de plus grave », répond un professeur du collège André Chénier, à Mantes-la-Jolie, qui se soucie davantage de savoir quand les élèves devront ou non le porter. « Le port du masque obligatoire, c’est une bonne chose, pour nous comme pour les élèves […]. Mais les gamins devraient l’avoir aussi dans la cour de récréation parce que s’ils enlèvent les masques et qu’ils le remettent ensuite, je ne vois pas trop l’intérêt », déclare-t-il le 26 août.

« Avant [les adaptations du protocole sanitaire], il fallait porter le masque à l’intérieur mais pas à l’extérieur. Maintenant, c’est à l’intérieur et à l’extérieur d’un cours », tranche deux jours plus tard Antoine Destrés, quand on l’interroge sur les lieux dans lesquels les élèves sont tenus de porter leurs masques dans les établissements scolaires, pour permettre une reprise des cours « dans les meilleures conditions possibles ».

Pour l’enseignant du collège André Chénier, cette annonce semble rassurante. « Ce qui serait bien c’est de retrouver une scolarité normale, mais avec le port du masque, parce que c’était compliqué [avant les vacances scolaires], se remémore-t-il. Nous on changeait de classes mais pas les élèves. Le problème c’est qu’on ne place pas forcément les élèves de la même façon. Il y avait des salles de science qui n’étaient pas utilisées [et], du coup, on ne ­pouvait pas manipuler correctement. »

« C’est important mais ce n’est pas pratique », déplore Evan, un élève de 17 ans entrant en classe de terminale au lycée Notre-Dame les Oiseaux à Verneuil-sur-Seine.

Du fait de cette volonté de retour à la normale, les classes de collège et de lycée devraient donc parfois être amenées à se mélanger. Cela inquiète Cécile Ribet-Retel. « Avec la réforme du baccalauréat, les cours accueillent parfois des élèves jusqu’à quatre ou cinq classes différentes, explique-t-elle. On nous dit de ne pas mélanger les élèves mais c’est impossible. C’est aussi vrai au collège où les cours de sciences sont faits à partir de classes différentes. » Sur ce point, Antoine Destrés rétorque : « Le non-brassage n’est plus obligatoire. On essaye de faire au maximum pour éviter les croisements [mais] n’oublions pas que maintenant il y a le masque dans les collèges et les lycées. »

Or, bien qu’en portant un masque le mélange entre les élèves de collège et de lycée soit autorisé, comment ces derniers feront-ils dans les services de restauration ? Cette question préoccupe désormais davantage le directeur académique des Yvelines. « Aujourd’hui, c’est plutôt la question de la cantine qui est une question centrale car les élèves à la cantine ne peuvent évidemment pas manger avec un masque. L’idée c’est donc qu’il y ait le moins de brassage possible. Si d’aventure il y avait des cas avérés, il faut que l’ARS (Agence régionale de santé, Ndlr) soit en capacité de retracer qui était avec qui », explique-t-il.

En guise de réponse à ce problème, Antoine Destrés affirme que maintenir la distanciation sociale et permettre uniquement aux mêmes élèves de déjeuner d’un jour à l’autre aux mêmes tables sont quelques unes des solutions possibles. Néanmoins, chaque service de restauration scolaire ayant sa propre configuration, l’étude de ces dernières est remise à la décision des établissements scolaires. « Ce sont chaque établissement qui doivent définir [les solutions envisagées] avec le conseil départemental », déclare-t-il.

Tandis que, le 28 août, le Département en charge de la gestion des collèges a affirmé « appréhende[r] cette rentrée avec beaucoup de sérénité », la vice-présidente aux collèges, Cécile Dumoulin (LR) a détaillé le lendemain pour La Gazette quelques-unes des mesures mises en place « dans toutes les demi-pensions » des collèges yvelinois. « Logiquement, quand un élève va manger, il prend ses couverts dans une espèce de bac ainsi que le pain, résume-t-elle. Là, il y aura quelqu’un qui sera chargé de faire directement les plateaux avec les couverts et le pain on le donnera [aux élèves] à la main. »

« Que l’on y soit favorable ou non, il faut que la rentrée scolaire se fasse », résume la déléguée FCPE des parents d’élèves du collège Albert Thierry, à Limay, Christine Boutry.

Quant à la distanciation sociale demandée aux établissements dans les services de demi-pension, Cécile Ribet-Retel ne pense pas que son respect soit véritablement possible. « Au moins de juin, [j’ai vu] que les élèves au collège mangeaient au coude à coude », déplore-t-elle en l’expliquant par les effectifs élevés dans les établissements. « Il y a une pause déjeuner de deux heures pour faire manger tout le monde [et] les chefs d’établissement ou les responsables de périscolaire ne peuvent pas allonger la pause méridienne pour pouvoir démultiplier les séquences de pause déjeuner afin qu’il y ait moins de monde dans les salles de cantine », détaille-t-elle.

Alors que le Département travaille en collaboration avec les collèges pour résoudre les problématiques soulevées par le respect des consignes sanitaires dans les cantines, les municipalités ont, quant à elles, la charge des écoles maternelles et élémentaires. C’est notamment le cas à Verneuil-sur-Seine où le protocole sanitaire demandé par l’éducation nationale a même été renforcé. « En complément du protocole de l’éducation nationale, nous avons décidé de le renforcer par la mise en place de mesures complémentaires […], déclare l’édile Fabien Aufrechter (LREM). On a mis en place des choses toutes bêtes mais très importantes par exemple pour les lavages de mains des enfants en maternelle autour de chansons ludiques .»

Néanmoins, le port du masque pour les élèves de collège et de lycée ainsi que les mesures sanitaires instaurées dans les services de demi-pension, ne sont pas les seules surprises qui attendent les élèves en cette rentrée scolaire 2020-2021. Selon Antoine Destrés, aux évaluations d’entrée en classe de CP, CE1, sixième et troisième, s’ajoutent effectivement pour tous les autres niveaux des « tests de positionnement […], non obligatoires » et qui « permettent aux enseignants de pouvoir ajuster, remédier aux difficultés car certains n’ont pas eu tout l’enseignement dont ils auraient normalement pu bénéficier ». Selon plusieurs élèves de primaire et collégiens interrogés le 29 août, cette mesure semble appréciable. « C’est simplement pour voir notre niveau », déclare en haussant les épaules un élève entrant en classe de CE2.

Collégiens et lycéens seront dotés de masques pour la rentrée

Le port du masque étant obligatoire pour les collégiens et lycéens à la rentrée 2020-2021, la Région Île-de-France et le Département s’organisent. Alors que les lycées franciliens sont placés sous la responsabilité du conseil régional, le site internet de la Région Île-de-France, ildefrance.fr, a annoncé le 24 août que « deux masques en tissus lavables et réutilisables » seront distribués pour la rentrée aux « 521 000 lycéens d’Île-de-France ».

Pour garantir la sécurité des collégiens, le Département a également pris une mesure similaire. Dans un communiqué daté du 27 août, le conseil départemental a annoncé fournir « deux masques lavables à tous les collégiens des établissements publics et privés [yvelinois] » pour un coût total de 415 000 euros. D’après la conseillère départementale Cécile Dumoulin (LR), « les masques [en tissus] étant utilisables qu’un certain nombre de fois », les stocks seront probablement amenés à être « renouvelés ». Par conséquent, « d’autres dotations aux collégiens » devraient avoir lieu dans les mois à venir et seront directement donnés aux établissements scolaires.

Néanmoins, les conseils départemental et régional ne sont pas les seuls à proposer des masques aux collégiens et lycéens. Du 28 août au 1er septembre, la mairie de Villennes-sur-Seine a effectivement fait de même pour les collégiens et lycéens de la commune. « Nous devrions arriver à 100 masques à la fin de l’opération […] pour un coût d’environ 300 euros pour la commune », affirme la première adjointe au maire et déléguée aux affaires scolaires, Marie-Anne Bouyssou, en précisant que les masques distribués proviennent du stock restant de masques offerts aux habitants, à l’issue du confinement.

L’initiative est en tout cas appréciée par la mère de deux élèves, l’un entrant en terminale et l’autre en troisième. « C’est très bien pour que les élèves puissent aller à l’école en toute sécurité », déclare-t-elle en venant chercher deux masques à la mairie de Villennes-sur-Seine.