« On ne comprend pas. Est-ce que c’est de la jalousie, est-ce que c’est une erreur d’adresse ? On se pose plein de questions. » Sur la place Corneille, au matin du mardi 25 août, c’est empli de tristesse et d’incompréhension qu’Ibrahima Traoré, le trésorier de l’association LP Corneille, constate l’étendue des dégâts survenus durant la nuit.

Vers 4 h 40 du matin, une voiture-bélier a été utilisée pour enfoncer et incendier un local municipal qui accueille l’association du quartier Beauregard. Cette dernière propose toute l’année de nombreuses activités aux familles en difficulté comme de l’aide aux devoirs, des cours d’alphabétisation et d’informatique ainsi que quelques ­activités sportives pour les enfants.

L’action de 21 sapeurs-pompiers et de six véhicules en provenance des casernes de Poissy, Saint-Germain-en-Laye et Montigny-le-Bretonneux a été nécessaire pour venir à bout des flammes qui « se sont étendues sur toute la partie droite du bâtiment », rapporte-on au centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (Codis) yvelinois. L’incendie a totalement détruit l’accueil, la salle télé et la cuisine de l’association. Vers 11 h, une forte odeur d’essence brûlée était toujours ­perceptible sur la place Corneille.

« J’ai d’abord entendu plusieurs boums avant de voir, par ma fenêtre, une fumée épaisse qui venait du local », témoigne l’une des bénévoles qui habite à proximité, venue prêter main forte afin de sauver matériels et denrées alimentaires qui pouvaient l’être. « Il ne reste quasiment rien », souffle-t-elle tout en nettoyant les traces de suie sur le contenu de la ­poignée de sacs intacts.

Au vu des dégâts, la bénévole s’inquiète de la capacité de l’association à pouvoir maintenir la fête de quartier annuelle qu’elle organise le dimanche 30 août. « On doit faire faire l’inventaire précis de ce qu’on a perdu, mais ça ne pouvait pas plus mal tomber », regrette la bénévole. « Hier soir, nous étions encore tous réunis jusqu’à minuit dans le local pour préparer la fête », fait remarquer de son côté ­Ibrahima Traoré.

« Il ne reste quasiment rien », souffle l’une des bénévoles tout en nettoyant les traces de suie sur le contenu de la poignée de sacs intactes.

Dans le quartier, les habitants n’ont visiblement pas caché leur déception. « J’ai reçu plein de messages de soutien, explique le trésorier. Tout le monde est déçu à commencer par les bénévoles qui ont fait plein de choses pendant l’été pour les enfants et les familles du quartier. » L’association travaillant au plus près des habitants, Ibrahima s’interroge d’autant plus sur les motivations des incendiaires. « On n’a jamais reçu de menace : personne n’a rien contre nous », souligne-t-il.

Selon un tweet du maire, Karl Olive (DVD), arrivé sur place dès 6 h du matin, cette attaque est « la réponse » des trafiquants de drogues, après l’installation d’une caméra de vidéo-surveillance sur la place Corneille. Cette dernière avait été installée au mois de septembre 2019, en face même du bâtiment visé, après l’incendie d’une boucherie sur la place une semaine plus tôt. Ibrahima Traoré espère d’ailleurs que les bandes vidéos pourront apporter des réponses « ne serait-ce que pour savoir si c’est [l’œuvre de] quelqu’un d’ici ou d’ailleurs ».

Par voie de communiqué de presse, l’édile pisciacais condamne fermement ce nouvel incident. « Cet incendie est intolérable, scandaleux, inadmissible et ne doit pas rester impuni, fustige Karl Olive. J’attends que l’État s’engage face à ce type d’actes. Il faut que la justice passe et qu’elle soit ferme avec ces criminels », a-t-il souligné, précisant que la Ville allait alerter le ministre de l’intérieur.

De son côté, Raphaël Sodini, le préfet délégué à l’égalité des chances, qui a également fait le déplacement, s’est adressé aux membres du collectif pisciacais : « Nous allons vous accompagner pour que vous continuiez vos activités dans de bonnes conditions, pour montrer que les bonnes ondes de ce quartier peuvent prendre le pas sur les mauvaises. »

Un message visiblement bien entendu puisque l’association LP Corneille devrait « tout faire pour maintenir » la fête de quartier prévue dimanche 30 août (elle a bien eu lieu, Ndlr). « Ce sera un symbole, lance Ibrahima. Si on peut faire quelque chose de plus grand, on fera quelque chose de plus grand, car ce ne sont pas ces gens-là qui vont nous faire baisser les bras ».