Elle était prévue pour les mois d’octobre-novembre, l’ouverture au public de la Maison Zola – Musée Dreyfus a finalement été repoussée au printemps prochain, ainsi que l’indique le répondeur téléphonique de l’association du même nom. Annoncé par le président de la République Emmanuel Macron, lors d’un discours devant le Conseil représentatif des institutions juives de France en mars 2018, le musée était alors décrit comme un « lieu de mémoire essentiel à notre compréhension de l’histoire ».

À cette époque-là, l’ouverture des deux établissements était prévue pour la fin de l’année 2019. Les travaux ont finalement commencé à cette période, afin de faire du Musée Dreyfus, un musée « à vocation pédagogique », insiste Martine Leblond-Zola, petite-fille d’Emile Zola et vice-présidente de l’association Maison Zola – Musée Dreyfus. Elle souligne également que l’établissement a vocation à faire passer un « message humaniste […] : la tolérance, le refus de toutes les formes de racisme et d’antisémitisme et promouvoir les valeurs de la République, la ­laïcité. »

Situé dans le pavillon Lazareth-Charpentier, annexe de la Maison-Zola, le musée Dreyfus s’étendra sur 300 m² et trois étages. Le coût total du chantier s’élève à deux millions d’euros. S’il permettra de mettre en résonance l’affaire Dreyfus avec l’engagement d’Emile Zola par la tribune J’accuse, publiée par le journal l’Aurore le 13 janvier 1898, il traitera également d’autres thèmes comme « l’engagement de Zola, l’erreur judiciaire, le rôle de la presse, le clivage pouvoir-opinion publique, énumère Martine Leblond-Zola. Ce sont des questions nécessaires à la démocratie et au débat citoyen. »

De l’organisation de l’espace au sein du musée, la vice-présidente précise : « Cela sera présenté de façon moderne, dans un espace de 300 m², […] quand c’est trop grand on se perd. C’est assez intimiste, confiné, on a beaucoup de fenêtres, on est obligés de les fermer sinon il y aura trop de lumière, et donc vous êtes dans un espace clos, vous êtes imprégné et le message passe d’autant mieux qu’on n’est pas distrait par l’extérieur. » La scénographie du lieu a été confiée à l’architecte Christophe Martin, déjà scénographe du Musée Yves Saint-Laurent à Marrakech (Maroc).

Situé dans le pavillon Lazareth-Charpentier, annexe de la Maison-Zola, le musée Dreyfus s’étendra sur 300 m² et trois étages.

En septembre 2018, à l’occasion de la signature d’une convention entre l’association et la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) pour la mise en place « d’outils didactiques et numériques » au sein du musée et d’un soutien de 150 000 euros sur deux ans, Le Parisien détaillait l’organisation future des différentes salles : « L’espace […] sera composé d’une grande salle relatant l’histoire d’Alfred Dreyfus, une deuxième avec des vidéos et documents d’archives ainsi qu’un troisième espace constitué d’écrans permettant aux scolaires de travailler avec les bases de données existantes sur le sujet. »

Portant le projet depuis 35 ans, Martine Leblond-Zola éprouve aujourd’hui un « immense soulagement », maintenant que la date d’ouverture a été définie. « À la mort de Pierre Bergé, on était un peu inquiets, rappelle-t-elle, l’ancien président de l’association, décédé en 2017, ayant donné cinq millions d’euros pour la restauration de la maison de l’écrivain et le lancement du projet de musée. Mais Louis Gauthier (le nouveau président, Ndlr) a réussi à reprendre et conduire le dossier avec efficacité et autorité. »

Car, outre l’ouverture du musée, c’est aussi l’occasion pour la Maison Zola de rouvrir ses portes. Elle avait été fermée au public en 2011 pour des travaux de rénovation, achevés en 2016. « Cela n’aurait presque pas pu se faire ailleurs, souligne Martine Leblond-Zola du choix du lieu. […] D’un côté vous avez la maison de Zola dans son décor d’origine, de l’autre un espace muséographique moderne, à vocation pédagogique, le musée Dreyfus. »

L’établissement culturel vise principalement un public scolaire. « Avant qu’on ne ferme on avait beaucoup de public scolaire parce que Zola était au programme, on avait entre 30 et 40 %, détaille Martine Leblond-Zola. Là avec le Musée Dreyfus, il y a l’éducation civique, de l’histoire, ça va drainer. C’est un lieu où s’impose l’acceptation de l’autre et sa différence, c’est important pour nous. »