« Il faut qu’on fasse la fête mais il faut qu’on la fasse dans des conditions raisonnables. » À la veille de la 21e et dernière étape du Tour de France 2020, organisée dimanche 20 septembre, l’édile Raphaël Cognet (LR) ne cachait pas son impatience à l’idée d’accueillir le départ des coureurs malgré le contexte sanitaire lié à l’épidémie de coronavirus.

Son enthousiasme était en revanche moins partagé par les commerçants et les personnes rencontrées en ville les 19 et 20 septembre. En cause notamment, l’interdiction pour le public d’accéder à la zone de départ du Tour de France. Malgré tout, la foule était nombreuse à s’être donné rendez-vous le long du parcours, pour observer le passage du peloton et le mythique maillot jaune.

L’annonce concernant l’interdiction d’accéder à la zone de départ avait notamment été partagée le 16 septembre sur le compte Facebook de la Ville. Pourtant, force est de constater que le 20 septembre, beaucoup de personnes venues spécialement assister au départ de la course semblaient particulièrement surprises de l’apprendre. « Si cela ne tenait qu’à moi, je serai déjà rentré, raconte d’ailleurs un spectateur venu de Guernes avec sa femme et ses enfants pour assister au départ de la course depuis les bords de Seine. Je trouve que c’est nul. La zone de départ permettait de voir plein de choses. Nous, on n’a pas l’occasion d’aller sur le Tour de France. Là, c’était donc l’occasion et on ne peut rien voir. On voit passer les coureurs une fois et puis c’est tout. On est déçu. »

« On voit passer les coureurs et puis c’est tout. On est déçus », lâche un spectateur venu de Guernes avec sa femme.

Cette interdiction va de pair avec l’annulation de l’ensemble des animations prévues près du stade nautique le 20 septembre. La décision est loin de ravir le président de la section cyclisme de l’association sportive mantaise, Guy Wattier. « Nous avions prévu trois animations différentes pour cette journée, déclare-t-il par téléphone le 16 septembre. Travailler pour rien, c’est toujours désagréable mais, sur le plan médical, sur le plan sanitaire, je n’ai pas d’opinions particulières parce que je n’ai pas les compétences à juger la nécessité de cette décision. »

Il précise toutefois que de nombreux adhérents de l’association sportive seront présents en tant que « signaleurs » bénévoles pour l’événement. « Le Tour de France a besoin de nous donc on sera sur le terrain », lance-t-il. Reconnaissant que l’interdiction pour le public d’approcher la zone de départ fait « perdre de l’intérêt » à la course, Guy Wattier espérait que le maintien des trois animations prévues par l’association lui permettrait de se faire connaître davantage. Elles concernaient un « mini-parcours » de vélo, un stand « d’initiation » pour les enfants et un autre qui, grâce à « deux timers », permettaient de mettre « deux personnes en compétition ».

Alors que trois jeunes parisiens venus spécialement en vélo de Paris pour espérer accéder à la zone de départ disent comprendre les annulations des animations, un père de famille résidant dans le quartier de Gassicourt, lui, ne cache pas son incompréhension. « C’est scandaleux, lâche-t-il. Cela gâche la fête. Je trouve qu’ils auraient pu faire une limitation du nombre de personnes, que ce soit bien bouclé. Cela aurait pu se faire. Hier, j’étais présent aux animations organisées en centre-ville et il n’y a pas eu de problèmes. Pourquoi donc les interdire dans la zone de départ ? »

Trois animations proposées par la section de cyclisme de l’association sportive mantaise ont été annulées dans la zone de départ du Tour de France.

À cette question, le maire ne tergiverse pas. « C’est Aso (l’organisateur du Tour de France, Ndlr) qui l’a décidé. Ils veulent protéger les coureurs et ils ont raison. Du coup, ils ont réduit le périmètre », affirme Raphaël Cognet avant d’ajouter : « C’est vrai qu’on est un peu déçu car on aurait aimé que ce soit [une programmation] complète mais, en même temps, on est dans une situation particulière et on est déjà tellement content que le Tour de France ait lieu qu’on prend ce qu’il y a à prendre. Il faut qu’on soit raisonnable. Il y a quand même une pandémie en cours. »

Alors que l’édile est convaincu que l’interdiction de la zone de départ au public ne nuira pas aux commerçants puisqu’ils sont habituellement fermés le dimanche après-midi, le président de l’association des commerçants Coeur de Mantes était moins enthousiaste la semaine précédent le départ et craignait que la foule soit moins nombreuse. Il faut dire que la plupart des commerçants interrogés ce week-end ne voient pas tous d’un bon œil la décision d’Aso. Le gérant de Chicken Corner, situé sur le tracé de la course aux bords de Seine espère que son emplacement idéal lui permettra de drainer quelques clients supplémentaires. La plupart des commerçants du centre-ville et du Val Fourré étaient, eux, sceptiques.

C’est le cas de Laurent, le gérant du bar Les coulisses en centre-ville. « J’avais beaucoup d’attentes au mois de juillet (la dernière étape devant initialement démarrer de Mantes-la-Jolie le 19 juillet, ndlr), j’en ai beaucoup moins aujourd’hui à cause du Covid-19. En plus, on n’est plus en période de vacances. On est ouvert parce qu’on est solidaires avec tout ce qui se passe à Mantes-la-Jolie […]. Mais l’ambiance générale aujourd’hui n’est pas propice à ce que ce soit une grosse fête. On l’espère malgré tout », déclare-t-il tout en espérant que l’interdiction du public en zone de départ permettra toutefois de « délocaliser les gens vers le centre-ville ».

« Moi, je vous le dis : ils viennent, ils partent de là, c’est déjà pas mal », conclut l’édile Raphaël Cognet (LR) en rappelant ainsi qu’au vu du contexte épidémique, l’événement sportif aurait très bien pu être annulé.

Bien que la foule se soit amassée tardivement, juste avant le départ de la caravane publicitaire à 14 h, le long de la course et tout particulièrement aux abords du pont de Limay, les spectateurs semblaient en tout cas avoir retrouvé le sourire. Beaucoup semblaient effectivement ravis d’avoir réussi à attraper bonbons et objets publicitaires lancés par les diverses caravanes. Cette satisfaction a ensuite laissé place à la joie d’observer le passage des coureurs et tout particulièrement du slovène de 21 ans, Tadej Pogacar qui, la veille, avait ravi le maillot jaune au terme d’un contre-la-montre à la Planche des Belles Filles (Bourgogne-Franche Comté). « On a vu le maillot jaune tout prêt ! », s’exclament quatre jeunes Mantais d’une vingtaine d’années sur les bords de Seine. Il faut dire qu’outre le maillot jaune, Tadej Pogacar a également remporté le maillot blanc de meilleur jeune et celui à pois rouges destiné au meilleur grimpeur ce qui est une première depuis 1972.

Malgré les restrictions sanitaires ayant notamment empêché la tenue d’une fresque humaine géante, l’édile était lui aussi satisfait de la tenue de l’événement. « Moi, je vous le dis : ils viennent, ils partent de là, c’est déjà pas mal », conclut Raphaël Cognet en rappelant ainsi qu’au vu du contexte épidémique, l’événement sportif qui avait été reporté une première fois, aurait très bien pu être annulé.

La pratique du vélo, axe de la cité éducative

Deux jours avant le départ du Tour de France, environ 200 élèves de quatre écoles mantaises ont pu s’initier à la pratique du vélo dans le cadre de la Semaine à vélo. « C’est un évènement important qui est complètement stimulé par le Tour de France ici à Mantes-la-Jolie, souligne Charline Avenel, rectrice de l’académie de Versailles. […] On est sur une période complètement cruciale pour eux, certains d’entre eux on l’a vu n’ont jamais mis les pieds sur des pédales de vélo, donc c’est le moment où on peut encore leur apprendre à faire du vélo, c’est le bon âge pour eux pour travailler sur ces savoirs fondamentaux. »

Une pratique qui pourrait s’inscrire dans le cadre de la future cité éducative. « Cet été il y a eu des actions ciblées sur le vélo, et nous étions en train de discuter avec les représentants de la Ville pour essayer de faire, pendant les vacances de la Toussaint, des activités qui seraient articulées avec le vélo d’une part et d’autre part de l’école ouverte », poursuit la rectrice.