À l’écart du centre-ville, aux abords des départementales 1 et 187, s’étendent des montagnes de bois broyés sur un site d’environ six hectares. Elles correspondent aux tas formés par la société Inoe, spécialisée dans le broyage de bois pour en faire des combustibles, et qui est implantée dans la commune depuis 2016. Bien que les riverains saluent son objectif, plusieurs d’entre eux se plaignent des nuisances engendrées par la poussière de bois et qui, selon les habitants, se seraient accentuées ces « dernières semaines ». Rencontré le 18 septembre, l’un des deux dirigeants du site Éric Walme, se dit surpris des plaintes.

« On n’a pas eu de retour de plainte, personne n’est venu me voir, affirme-t-il. On a eu, une fois, un voisin qui est juste de l’autre côté et qui nous a dit « attention avec les vents » », affirme-t-il avant d’ajouter : « Ce n’est que du bois. Il n’y a pas d’amiante », contrairement à l’entreprise Éternit qui était implantée ­précédemment sur le site.

Cette remarque suscite la colère des riverains qui, outre les dépôts réguliers de poussière sur leurs véhicules, craignent surtout pour leur santé. « Aujourd’hui, j’ai décidé de ne plus respirer cela […], lance un voisin excédé. […] Si vous tapez « poussière de bois » sur Google, vous allez trouver des tonnes de paragraphes sur la ­dangerosité des ­poussières de bois. »

Pour le prouver, il se connecte alors au moteur de recherche. Le résultat du premier lien, issu de l’Institut national de recherche et de sécurité (Inrs, en collaboration avec le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Ndlr) lui donne raison. Selon cette source, la poussière de bois représente « une des trois causes les plus importantes de cancers reconnus d’origine professionnelle ». L’Inrs encourage ainsi à réduire au maximum la production de ­poussière de bois dans les ateliers et chantiers.

Outre les dépôts réguliers de poussière sur leurs véhicules, les riverains craignent surtout pour leur santé.

Alors qu’un riverain est convaincu que « les maires ne se rendent pas compte de ce que les gens respirent », les propos de l’édile Pascal Collado (SE), à l’issue d’une visite du site le 17 septembre, sont tout autres. « La priorité c’est de limiter les poussières […], déclare-t-il. Dans quelques semaines, je retournerai sur le site pour vérifier qu’ils ont bien pris des dispositions. » Bien que le dirigeant affirme avoir de bons rapports avec la mairie, l’élu, qui se veut optimiste quant à la diminution des nuisances, ajoute : « La confiance n’exclut pas le contrôle. »

Pour réduire le transport lointain des poussières de bois, l’arrosage est préconisé pour les alourdir. Tandis que les riverains sont convaincus que cela n’est pas respecté, Éric Walme se défend. « Tous nos broyeurs sont équipés d’eau, tous, insiste-t-il. J’ai même investi dans un camion de pompiers de première intervention. Ce camion me sert parfois à arroser la voirie parce que, quand les véhicules passent, cela s’envole. » Le 18 septembre, en visite avec l’entreprise, La Gazette a constaté que le sol était effectivement humidifié.

Or, les riverains ne semblent pas avoir remarqué une augmentation de la circulation automobile pour expliquer l’augmentation des poussières de bois constatées ces « dernières semaines » et notamment en matinée. Devant ce propos, la réponse d’Éric Walme est toute trouvée. « Les conditions de cette année sont plus que particulières. Pas de pluie, très sec donc on est obligé de redoubler de vigilance », explique-t-il en précisant que les broyages en matinée ont justement lieu pour limiter ­l’impact de la température.

Néanmoins, les conditions climatiques ne semblent pas être la seule cause permettant d’expliquer l’envol lointain des poussières de bois. La destruction « avant le mois de juillet » du hangar de l’ancienne entreprise Éternit serait également une cause possible. « Ce grand hangar pose peut-être un souci sur la gestion des vents, détaille Éric Walme. Aujourd’hui, vous n’avez plus ce hangar donc quand il y a des vents d’ouest, on a un risque de ­soulèvement de poussière sur le sol ».

Pascal Collado semble comprendre ces explications : « Compte-tenu de la sécheresse et de la démolition d’un bâtiment, cela génère de nouveaux mouvements d’air et donc ils ont besoin de se réorganiser et de générer de nouvelles dispositions. » D’ici « fin septembre », Inoe doit recevoir, selon Eric Walme, une turbine électrique de « 380 » volts au lieu des « 220 actuels » pour accroître encore davantage la brumisation. En attendant, il se dit prêt à rencontrer les riverains mécontents et à leur « faire visiter le site ».