Les premières délibérations du conseil communautaire du jeudi 24 septembre ont concerné les travaux à venir et les financements de ces derniers autour de trois gares Eole, celles de Poissy, Mantes-la-Jolie et Aubergenville, pour un coût total de 110 millions d’euros, pris en charge par différents acteurs : Etat, Région et son organisme en charge des transports Île-de-France mobilités, Département et communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO). Ces travaux concerneront surtout les espaces publics et la réorganisation des flux de ­circulation autour de ces pôles gares (voir encadré).

Mais en parallèle, un autre débat s’est invité autour de l’arrivée d’Eole en 2024, initié par plusieurs élus de la rive droite. Leurs gares n’étant pas desservies par le prolongement du RER E, ils ont évoqué l’urgence de revoir les liens entre la rive gauche et la rive droite avant 2024, afin qu’elles ne soient pas délaissées.

« C’est donc un investissement considérable pour l’irrigation du territoire, souligne en préambule Pierre Bédier (LR), président du Département et vice-président délégué au projet Eole pour GPSEO. Pour que cette irrigation du territoire fonctionne, encore faut-il que Eole soit en lien avec le territoire et pas simplement une infrastructure posée sur le territoire. » Et s’il réaffirme la nécessité de revoir les liaisons entre les deux rives, ces discussions ne pourront avoir lieu selon lui que « beaucoup plus tard ».

Il ajoute toutefois : « Si Eole ne devait irriguer que la rive gauche ce sera un échec, parce que les phénomènes de pauvreté que l’on observe sur la rive gauche seront certes repoussés mais ils ne seront pas repoussés hors du territoire mais à l’intérieur du territoire et on passera à des problèmes qui sont aujourd’hui rive gauche et rive droite à des problèmes qui se concentreront exclusivement sur la rive droite. »

De quoi faire réagir notamment le nouveau maire d’Issou, Lionel Giraud (DVG) : « Différentes solutions ont été envisagées, de franchissement de la Seine, de semi-directs sur la ligne J6, que sais-je encore. Aujourd’hui, si ces pistes sont ­nombreuses, je ne sais pas lesquelles sont crédibles, réalisables, je ne sais pas si elles sont parfaites, mais ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui il n’y a rien de prévu, en tout cas de ­tangible. »

Il appuie sur l’urgence de réfléchir à ces solutions dès maintenant. « Eole ça arrive demain et le temps de développer ne serait-ce qu’une des solutions que j’ai évoquées, je pense qu’on sera, et je pense être optimiste, très largement en 2030, déplore-t-il. […] Est-ce que vous pouvez nous donner un calendrier, un rétroplanning pour qu’enfin nous puissions aborder ces questions très rapidement durant cette mandature ? »

« Ce n’est pas en opposition à Eole, le problème c’est que le rabattement n’est pas aisé, les citoyens rive droite sont pénalisés, explique le maire de Limay, Eric Roulot (PCF), de son envie de relancer une étude sur l’introduction de semi-directs sur la branche J6. Limay, c’est un peu le Transsibérien. »

Si obtenir un échéancier ne sera pas possible, Pierre Bédier rappelle toutefois que des actions ont été menées par la communauté urbaine durant ces dernières années. « On a enclenché […] une nouvelle politique de transports parce qu’on était bien conscients de ça et qu’il fallait de l’anticipation et que ces nouvelles lignes répondent à cette nécessité, souligne-t-il. […] Vous avez raison de nous mettre dans l’urgence, même si l’urgence c’est ­aussi et d’abord l’arrivée d’Eole. »

Vice-président aux transports et à la mobilité et maire de Rosny-sur-Seine, Pierre-Yves Dumoulin (LR), souligne toutefois que la question risque d’être prochainement à l’ordre du jour. « C’est un sujet qui tracasse le président [de GPSEO], confirme-t-il. […] On a convenu de faire une réunion un petit peu atypique, dont la date vous sera donnée dans les semaines à venir sur les problèmes de mobilités et en particulier pour que vous compreniez bien nos compétences, nos moyens et nos leviers. »

Il tient également à rassurer les élus de la rive droite et montrer que certaines hypothèses avancent : « Ce sujet de rabattement est un sujet où on travaille depuis longtemps, on a un projet de transport en site propre jusqu’à Limay, on a du lobbying auprès de la SNCF pour améliorer la ligne J6, bref on a tout un tas de choses à vous présenter, et ça fera l’objet d’une réunion avant le prochain conseil communautaire. »

La piste d’une modernisation de la branche J6, reliant Mantes-la-Jolie à Paris Saint-Lazare en passant par la rive droite et le Val-d’Oise est, elle, soulevée par le premier adjoint juiziérois Cédric Guillaume (SE) : « On a la chance d’avoir des gares, on est à 45 km de Paris et on met 1 h 05. » Lui plaiderait dans un premier temps pour une réorganisation de la desserte des Transiliens. « Ce qu’il faudrait c’est moderniser la ligne, et essayer de trouver des dessertes plus raisonnées parce qu’on est quand même de Juziers, il y a 14 stations pour aller jusqu’à Saint-Lazare, précise-t-il. Plus le temps passe, plus nos trains desservent d’arrêts notamment entre Argenteuil et Paris. Il pourrait peut-être être intéressant de prévoir des directs après Conflans. »

Sur cette question, le maire de Limay et conseiller délégué à la prospective communautaire, Éric Roulot (PCF) rappelle qu’une étude en ce sens avait déjà été réalisée « il y a au moins cinq ans », à la demande d’élus de la rive droite. Cette étude devait « regarder la possibilité d’effectivement rajouter des semi-directs sans renvoyer plusieurs sillons, sans occuper d’autres sillons à Paris Saint-Lazare », ­complète Eric Roulot.

La conclusion étant qu’il était « possible de rajouter des semi-directs en lieu et place des omnibus mais il fallait des plateformes de retournement pour permettre ça ». Une solution qui a également un coût, chiffré à l’époque à « 100 millions d’euros » par la Région, « 80 millions d’euros pour la trame et 20 millions d’euros pour la station de retournement des trains », détaille l’édile limayen.

Lui se montre favorable à l’actualisation de cette étude. « Ce n’est pas en opposition à Eole, le problème c’est que le rabattement n’est pas aisé, les citoyens rive droite sont pénalisés, explique-t-il. Limay, c’est un peu le Transsibérien. » S’il n’est pas opposé au principe, Pierre Bédier rappelle que la décision in fine ne reviendra pas à la communauté urbaine : « Ça ne dépend vraiment pas de nous, c’est une décision SNCF donc on peut écrire à la SNCF. »

Cent-dix millions de travaux
autour de trois pôles gares

« Eole c’est notre projet de territoire majeur sur les dix prochaines années […] et qui, comme cela a été dit, nécessite des moyens financiers importants, il faut qu’on soit prêts le plus tôt possible pour ne pas rater l’effet Eole notamment en matière de développement économique. » Lors du conseil communautaire, le président de GPSEO et maire de Mantes-la-Jolie, Raphaël Cognet (LR), a insisté sur la nécessité de commencer les travaux autour des trois pôles gares d’Aubergenville, Mantes-la-Jolie et Poissy. Travaux d’aménagement d’espaces publics et de réorganisation des circulations qui représentent un coût total de 110 millions d’euros.

« Comment peut-on rejoindre les gares, comment peut-on revenir des gares le plus communément possible en essayant de mettre en œuvre des solutions de mobilités contemporaines, c’est-à-dire pas exclusivement tournées vers l’automobile, pas exclusivement tournées vers le transport collectif en bus, mais qui prennent aussi en compte les circulations douces, qu’elles soient à deux-roues ou piétonnes », souligne des enjeux Pierre Bédier (LR), vice-président ­délégué au projet Eole.

La gare de Poissy « est la plus compliquée en termes », selon ce dernier, évoquant notamment « l’arrivée du Tram 13 […] une infrastructure en site propre pour rejoindre Poissy […] et un franchissement de Seine ». Pour faciliter ces circulations, deux voies dédiées aux bus seront notamment créées rues Maurice Berteaux et du Pont ancien et un travail de réhabilitation sera également mené sur les parkings côté Nord et Sud. « La jonction entre la gare et les bureaux de PSA est absolument essentielle, il va donc falloir installer au-dessus de la RD une passerelle piétonne », insiste Pierre Bédier. Le coût total de ces opérations est estimé à 41,8 millions d’euros. Les travaux devraient commencer au début de l’année 2022.

À Mantes-la-Jolie, l’investissement sera plus important, environ 63 millions d’euros. « C’est une gare qui est aussi essentielle pour une opération d’urbanisme porté par ailleurs par l’État, qui est la Zac Mantes Université », précise Pierre Bédier. Le parvis Nord sera ainsi dédié aux mobilités douces et les deux parkings aériens, côté mantevillois et mantais seront requalifiés. Les chantiers devraient démarrer dans le courant de l’année 2022.

Enfin, à Aubergenville, les travaux devraient débuter dans le courant de l’année prochaine, pour un montant total de 5,1 millions d’euros. Ils concerneront notamment le passage à 30 km/h dans les rues adjacentes, la création d’une nouvelle place au lieu de l’actuel carrefour à feux et la création d’un quai de bus supplémentaire.