C’est un nouveau dossier qui vient s’ajouter à la longue liste des litiges entre les deux figures politiques que sont le maire, Eddie Aït (SE), et son prédécesseur Christophe Delrieu (DVD).

Dans un courrier adressé le 21 septembre dernier, au procureur de la République, Eddie Aït a signalé, au titre d’un article 40, « l’existence de faits qui seraient susceptibles de constituer un délit de favoritisme ». Selon lui, Christophe Delrieu aurait effectué, durant le mandat précédent, « un certain nombre d’achats et de commandes sans respecter la législation sur les marchés publics ». Maire de 2014 à 2020, ce dernier juge qu’il s’agit là d’un prétexte pour le discréditer et assure « avoir toujours respecté les procédures légales ».

Lors du dernier conseil municipal, mercredi 30 septembre, le nouveau maire a présenté aux élus carriérois les dossiers sur lesquels il émet un doute. « Il s’agit d’achats et commandes auprès de six entreprises, pour un montant total de 1 105 253,20 euros », indique Eddie Ait. Dans le courrier de la Ville que s’est procuré La Gazette il est précisé que ce montant est TTC.

Ce dernier détaille les différents chefs de dépenses pointés du doigt par l’édile carriérois à savoir : « La location d’ensembles modulables scolaires auprès du prestataire Algeco pour un montant de 224 421 euros TTC, l’achat d’enseignes pour 80 100 euros TTC, de parasols pour 60 569,80 euros TTC, de kits de fabrication de masques pour 48 000 euros TTC, ou encore un contrat de location sur sept ans du dispositif I-Girouette (panneaux directionnels numériques, Ndlr) pour 441 302,40 euros TTC et le contrat 3017 sur cinq ans (numéro court, Ndlr) pour 250 860 euros TTC. »

Initialement fixé à 15 000 euros en 2011, le seuil en dessous duquel la création d’un marché public n’est pas obligatoire a été relevé à 25 000 euros en 2015 puis à 40 000 euros en 2020.

De même, lors de la séance municipale, Eddie Aït a rappelé l’origine de cet article 40. « Reprenant les affaires courantes suite au changement de municipalité, les services de la commune ont constaté un certain nombre d’achats et de commandes qui ont été réalisés en méconnaissance flagrante des règles de la commande publique », affirme le premier magistrat de la commune.

Interrogé par Khadija Gamraoui (LREM), conseillère municipale d’opposition et ancienne adjointe dissidente de la majorité de Christophe Delrieu, sur l’ancienneté de ses « alertes », le maire indique que son élection « a suscité des remontées d’informations […] mais que oui, des alertes avaient été effectuées, et c’est une des raisons pour lesquelles nous avons été confrontés à des difficultés immédiates notamment sur la question des structures modulaires de l’annexe des bords de Seine ».

De son côté, Christophe Delrieu, aujourd’hui conseiller municipal d’opposition, affirme que certaines décisions étaient exonérées : « On essaye de faire croire que tout doit être soumis à la concurrence alors que le code des marchés publics prévoit qu’il n’y a pas de mise en concurrence par exemple pour l’innovation technologique, l’aspect artistique ou le principe d’urgence. »

Selon lui, son successeur essaye de « justifier ses décisions de ne pas faire l’école annexe des bords de Seine, de supprimer le 3017 ». À ce propos, il souligne d’ailleurs que le marché public pour l’installation des modulaires scolaires a été publié le 10 mai 2019 et que les numéros courts « font l’objet d’un tarif unique fixé par l’État » et ne nécessitent pas de mise en concurrence.

« Sur les faits qui sont signalés aucun n’est concerné par les mesures dérogatoires liées à la crise sanitaire de la commune, a toutefois appuyé Eddie Aït lors du conseil après les premières déclarations de Christophe Delrieu dans les colonnes du Parisien. Ce sont toutes des prestations qui auraient dû faire l’objet d’une ­commande publique en règle. »

La remarque de trop visiblement pour Christophe Delrieu qui ­estime « avoir mis en place toutes les procédures internes pour faire respecter le code des marchés publics ce qui n’était pas le cas de mon prédécesseur qui était justement Eddie Aït (maire de 2008 à 2014, Nldr ), s’indigne-t-il. Alors je trouve un peu fort de café d’aller me donner des leçons alors que ni les uns ni les autres ont les ­compétences pour ça. »

Il suggère par ailleurs que son adversaire tenterait « de racler tout ce qui est possible » pour arriver à un montant « un peu fort. Ça faisait de l’effet d’arriver à plus d’un million mais quand on commence à enlever les Algecos, le 3017, les girouettes, et qu’on regarde, en fait, on parle de quelques dizaines de milliers d’euros sur lesquels je n’aurai aucun ­problème à me justifier ».