En vallée de Seine, la situation épidémiologique s’est très fortement dégradée au cours des dernières semaines. Les principaux acteurs de la santé ont relevé une importante accélération de l’épidémie de Covid-19 sur l’ensemble du territoire de Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) depuis la mi-octobre.

Ce dimanche 1er novembre, les chiffres communiqués par le gouvernement étaient encore préoccupants dans les Yvelines avec notamment un taux d’occupation des lits de réanimation de plus de 80 % alors que ce dernier n’était que de 58,6 % le 21 octobre. D’ailleurs dès le lendemain, le département avait franchi le seuil critique des 60 %. En ce qui concerne le taux de positivité, il était passé dans le rouge dès le 25 septembre avec 10,03 % : au début novembre, il a plus que doublé.

Et si au fil des semaines ces données paraissent de plus en plus sombres, elles sont également de plus en plus précises. Depuis le mercredi 21 octobre, l’Agence nationale de santé publique a étayé, avec Géo données en santé publique (GEODES), son observatoire cartographique qui permet de suivre l’évolution de la situation épidémiologique selon plusieurs indicateurs et à plusieurs échelles.

Pour expliquer sa méthode, Santé publique France détaille : « le taux de positivité sur sept jours glissants correspond, au jour J, au nombre total de personnes testées positives dans l’intervalle de temps J-9; J-3, divisé par le nombre de personnes testées. ».

Les taux exacts ne sont pas affichés afin d’éviter l’identification des personnes testées, notamment celles qui ont un test positif.

Cantonné jusque-là aux échelons nationaux, régionaux et départementaux, Santé publique France décline désormais les taux d’incidence, de positivité et de dépistage à l’échelle des intercommunalités et même des communes. Ce nouveau niveau de détail permet donc d’identifier les villes, dans leur ensemble jusqu’à leurs différents quartiers, les plus impactés par le virus.

« Le maillage géographique très fin permettra d’avoir une vision précise et à un instant donné de l’épidémie territoire par territoire et sera un point d’appui pour les acteurs concernés par la gestion de l’épidémie de Covid-19, explique de ces nouveautés l’Agence nationale de santé publique, sur son site internet. Par ailleurs, leur mise à disposition contribue à accroître la prise de conscience des enjeux liés à l’épidémie au niveau des citoyens. En rendant concret le niveau épidémique à l’échelle d’une ville ou d’un quartier, on facilite la compréhension et l’acceptation de la population à l’ensemble des mesures mises en place pour lutter contre l’épidémie. »

Et en effet, les chiffres de Santé publique France pour la vallée de Seine, qui a consécutivement été concernée par le couvre-feu, installé dès le vendredi 16 octobre, puis par le second confinement annoncé le mercredi 28 octobre (voir page 4), corroborent la dégradation éclair de la situation sanitaire, dépeinte par l’exécutif.

Ci dessus, le taux de positivités, des habitants de GPSEO au Covid-19, selon Santé Publique France. Ces cartes rapportent la situation du 9 au 15 octobre (a) et du 23 au 29 octobre (b) sachant que la couleur blanche indique un pourcentage compris entre 0 et 5 % tandis que les communes noires déplorent un taux de positivité des habitants de plus de 30 %.

En étudiant l’évolution du taux de positivité sur le territoire de GPSEO, un point de rupture semble se dégager au jeudi 15 octobre. En effet, à cette date, le taux de positivité moyen de population se situait entre 15 et 20 %. Mais, depuis, la quasi-totalité des communes ont basculé dans des teintes plus sombres, signifiant ainsi qu’elles ont atteint des seuils de ­contamination plus importants (voir ci-contre).

« Jusqu’à début octobre, le taux d’incidence en grande couronne présentait des dynamiques qui étaient moins préoccupantes qu’à Paris et en petite couronne, or depuis la fin de la première semaine d’octobre, on voit un rattrapage net, avec une dynamique d’augmentation de l’incidence qui est beaucoup plus prononcée dans les départements de grande couronne », indiquait d’ailleurs à ce moment-là, Marion Cinalli, la directrice départementale de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France.

Deux semaines plus tard, le taux de positivité est estimé entre 25 et 30 %, ce qui est, selon l’ARS, supérieur aux taux départemental et régional respectivement relevés à « 21,7% et 21,4% le 29 octobre ». À noter qu’en isolant la population âgée de 65 et plus, le pourcentage de positivité sur le territoire de GPSEO dépasse de près de dix points la moyenne nationale.

De prime abord cet écart aurait pu s’expliquer par un maillage de dépistage plus performant, mais il semblerait qu’il n’en soit rien. Selon l’Agence nationale de santé publique, « entre 1 500 et 2 000 » habitants de GPSEO ont été testés entre le 23 et le 29 octobre contre plutôt « 2 000 à 2 500 » pour les communautés d’agglomérations Saint Germain Boucles de Seine, et Versailles Grand Parc, dont le taux de positivité est plus faible.

Parmi les communes les plus peuplées de GPSEO, les villes de Limay et des Mureaux sont, elles, passées au noir, suggérant un taux de positivité au Covid-19 « de 30 % et plus » entre le 23 et le 29 octobre. À ces dates, 14 autres communes de vallée de Seine, dont celle de Vernouillet, figuraient également dans ce palier. Cela dit, la plupart d’entre elles sont beaucoup moins peuplées comme Saint-Martin-la-Garenne, 943 habitants, Breuil-Bois-Robert, 717 habitants ou encore Médan et les Alluets-le-Roi, respectivement peuplés de 1 417 et 1 218 âmes.

« Il est nécessaire d’interpréter et d’utiliser avec prudence ces indicateurs, notamment lorsque la taille de la population est petite, nuance Santé publique France sur son site internet. Ils peuvent en effet être sensibles à la présence de clusters localisés et varier fortement d’une semaine à l’autre ».

Les communes de Mantes-la-Jolie, d’Epône ou encore de Conflans-Sainte-Honorine, elles, présentaient au 29 octobre un taux de positivité estimé entre 25 et 30 %. Seule la première en était déjà à ce stade la semaine précédente. Les communes de Poissy, Rosny-sur-Seine et d’Andrésy font en revanche figurent d’exception avec des pourcentages à la baisse sur la dernière semaine.

Pour autant, ces quelques diminutions, en terme de patients testés positifs, ne trouvent pas forcement un écho dans les hôpitaux du secteur où les lits disponibles se font de plus en plus rares. « Aujourd’hui 41 personnes sont hospitalisées pour Covid dont 11 en réanimation, indique Karl Olive (DVD), le maire de Poissy et président du conseil de surveillance du centre hospitalier intercommunal Poissy-Saint-Germain-en-Laye, dans un live diffusé sur les réseaux sociaux le vendredi 30 octobre. Ce sont 15 à 30 passages par jour aux urgences, soit 30 % [du nombre enregistré] par rapport au pic de la première vague. » L’édile pisciacais souligne : « La semaine dernière on était à 20 % ».

Mantes-la-Jolie, impactée quartier après quartier

En étudiant les chiffres publiés par Santé publique France sur GEODES, on note également des disparités à l’intérieur même de certaines villes. À Mantes-la-Jolie, par exemple, on remarque que la situation épidémiologique dans les différents quartiers a beaucoup évolué au cours des dernières semaines, avec tout de même une tendance à la hausse.

Au 29 octobre ce sont essentiellement les quartiers Jules Guesde, du Val Fourré et de la zone d’activités Henry IV à Gassicourt qui semblent les plus impactés, ce qui n’était pas exactement le cas une semaine auparavant. Tout le secteur des Hautes Garennes, où le taux de positivité était estimé le 22 octobre à « 30% et plus », est donc redescendu d’un palier au cours de la semaine dernière. Également, à titre d’exemple, le taux de positivité dans le quartier Chopin au Val Fourré, a doublé entre le 15 et le 29 octobre, quand celui de la Collégiale a quasiment réduit de moitié.