Ils ne veulent pas être les oubliés du plan de relance. Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, Emmanuel Macron (LREM), 150 maires et présidents d’agglomérations ont demandé, ce samedi 14 novembre, à ce qu’1 % de ce plan de relance de cent milliards d’euros soit consacré à des actions en faveur des quartiers populaires, qui, après deux confinements voient, exploser leurs difficultés et la précarité. Fonds d’urgence pour les associations, créations de postes dans la médiation, mobilisation des acteurs de l’emploi, font partie des axes souhaités.

Parmi les premiers signataires de cette lettre se trouvent trois maires de vallée de Seine, Catherine Arenou (DVD) pour Chanteloup-les-Vignes, Raphaël Cognet (LR) pour Mantes-la-Jolie et François Garay (DVG) pour Les Mureaux. Ils demandent à ce qu’un Conseil national des solutions soit créé, afin d’être associés aux décisions et de généraliser les dispositifs, lancés par les collectivités elles-mêmes, ayant fait leurs preuves.

Trois ans après le discours d’Emmanuel Macron dans le Nord, concernant la concrétisation d’un plan banlieue, cette lettre ouverte a tout d’un symbole pour la maire chantelouvaise, qui en est à l’origine : « Beaucoup de mesures ont été mises en place par les collectivités elles-mêmes, l’État n’a pas pris de décision avec une volonté majeure de changer les choses rapidement. »

Car dans leurs quartiers en politique de la ville, les effets des deux confinements commencent à se faire ressentir. Pour le premier semestre 2020 « on a une augmentation du chômage sur la ville elle-même qui est a priori de 13 %, c’est un bond », souffle Catherine Arenou. À Mantes-la-Jolie, « j’ai réuni la semaine dernière les associations caritatives de Mantes pour préparer la campagne d’hiver et beaucoup d’entre elles me disent qu’elles font face à des inscriptions en très forte hausse, certaines à 50 % et certaines à plus de 250 % », souligne pour sa part Raphaël Cognet.

Son homologue chantelouvaise se souvient, elle, de la distribution de colis alimentaires lors du premier confinement : « Nous on avait commencé par 25 colis par semaine, on a fini le confinement à 145 colis par semaine. » Elle aussi met en avant le besoin financier futur important des associations caritatives, au vu de la hausse des inscriptions pour leur campagne d’hiver. Dans le département, en un an, « on a une augmentation majeure de demandes pour bénéficier du RSA dans le département de 17 % », poursuit celle qui est également vice-présidente au conseil départemental en charge de la politique de la ville.

Aux Mureaux, François Garay, pointe du doigt la situation des associations sportives et culturelles dont les activités sont à l’arrêt. « Il faudra faire attention aux problèmes des associations sportives et culturelles, ce ne sera pas une reprise facile, il y a moins d’adhérents, les charges sont toujours là, pointe-t-il. Déjà il y avait des baisses d’effectifs à la rentrée de septembre, c’est évident que les gens se sont posé des questions, est-ce que je le réinscris ou pas ? »

Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, se souvient de la distribution de colis alimentaires lors du premier confinement : « Nous on avait commencé par 25 colis par semaine, on a fini le confinement à 145 colis par semaine. »

Catherine Arenou a, elle, recensé une baisse d’inscriptions « de 25 % » auprès des associations sportives et culturelles. « Les parents ont priorisé leurs dépenses d’une part, d’autre part ils étaient tellement inquiets de l’année à venir qu’ils ont beaucoup moins inscrit leurs enfants dans les associations sportives et culturelles, analyse-t-elle. […] Or, il y a une importance du sport et de la culture pour ouvrir son esprit, rencontrer les autres, apprendre ensemble, vivre ensemble. » Des initiatives portées par les communes ont elles aussi été annulées, contexte sanitaire oblige. « On avait un projet école et cinéma, on nous l’a fait supprimer, déplore François Garay. […] Mais à côté de ça, ils ont le droit d’aller au gymnase faire du sport [avec l’école]. »

Dans cette lettre ouverte, les signataires demandent ainsi que 100 millions d’euros soit destinés à un fonds d’urgence pour les associations « œuvrant pour la jeunesse et les publics en difficulté » et copiloté par les villes. Deux-cents millions d’euros seraient quant à eux alloués à la création de « comités locaux de solidarités », consacrés à l’aide d’urgence.

« À l’heure où nos villes sont sous pression, où nos habitants se précarisent, où nos associations s’éteignent, où les idéologies mortifères se développent, où les difficultés débordent, faisons ensemble le pari d’une nouvelle confiance dans nos territoires pour faire gagner la République », constatent les signataires de cette lettre ouverte.

Un constat que Catherine Arenou et Raphaël Cognet ont déjà esquissé lors de l’inauguration de l’espace Borloo, le 1er octobre dernier (voir notre édition du 7 octobre). Ils avaient alors déjà appelé l’État à s’engager plus directement dans les projets de renouvellements urbains. « Il y a aussi la question de l’avenir à long-terme des quartiers qui est posée depuis longtemps, assène ce lundi 16 novembre Raphaël Cognet. On est en train de discuter avec l’État, avec l’Agence nationale de renouvellement urbain, clairement là ce qu’on demande c’est une accélération des moyens et du calendrier, parce que la crise nous touche beaucoup plus fortement qu’ailleurs du fait qu’on a déjà une population qui est en grande difficulté. »

Il poursuit des enjeux de l’urgence sanitaire et sociale : « Vous savez, nous, à Mantes-la-Jolie, dans le quartier du Val Fourré, il y a beaucoup de gens qui ont le Covid, c’est des situations qui sont déjà précaires en termes de santé, on a des gens qui ont des pathologies particulières, je pense au diabète, il y a des états de vie avec du vieillissement et tout ça fait qu’on est encore plus vulnérable qu’avant. » La lettre ouverte recommande que 200 millions d’euros soient alloués à la création de maisons médicales et de centres de santé.

Selon François Garay, le plan de relance ne sera réussi qu’avec de l’anticipation. « La vraie réussite c’est si on est capable d’anticiper et préparer la sortie, insiste-t-il. Dès à présent, il y a des actions concrètes qu’on peut mettre en place même si on est confinés. » L’édile muriautin évoque notamment le lancement « d’une grande école du bâtiment, mix entre lycée professionnel et chambre de commerce », à l’image de l’école des éco-activités d’Aubergenville car « on sait qu’il va y avoir des besoins très conséquents en termes d’environnement, d’isolation et de [rénovation de] ­bâtiments ».

Concernant l’emploi, Catherine Arenou se montre elle ­catégorique : « Il faut généraliser les clauses d’insertions qui existent dans tous les projets de renouvellement urbain, il faudrait qu’elles existent dans tous les marchés publics, y compris les chantiers privés qui reçoivent des fonds publics. » Raphaël Cognet abonde : « La question de l’emploi va être une question stratégique puisqu’on sait très bien que les intérimaires, les professions les plus précaires habitent nos quartiers. Tout ça est une question de décrochage qui est en très nette accélération depuis deux-trois mois. »

Les trois élus insistent cependant sur un point, les collectivités doivent être concertées pour l’utilisation de ces fonds. « Ce qu’on demande […] c’est un conseil national des solutions qui étudie les solutions localement, rapidement et qui les valide, ça on peut le faire très vite, et qui permette de les faire ­remonter au niveau national, de donner une ambition au niveau national et d’obtenir des financements au niveau ­national », ­détaille ainsi ­Catherine Arenou.

« Aujourd’hui les gens de terrain, on n’est pas associés, à rien du tout, regrette François Garay. Un ministre ça dure moins qu’un maire aujourd’hui. […] Les ministres essaient de nous interroger, mais d’un autre côté il y a l’application par les administrations de ce qu’on dit et le pouvoir de l’administration a pris le pas sur les élus de ­terrain. »

Ce samedi 14 novembre, l’Elysée a fait savoir que le président de la république avait demandé au gouvernement de recevoir les élus inquiets, rapporte BFMTV. « Le Président a bien reçu la lettre. Il partage les inquiétudes et les objectifs des signataires », détaille la chaîne d’informations en continu. Ce dimanche 15 novembre, Catherine Arenou n’avait pas encore de retour.