Serait-ce le dernier rebondissement d’un dossier qui en a connu plusieurs en moins d’un an ? Mercredi dernier, lors d’un comité social et économique central extraordinaire, puis par communiqué de presse, le groupe HeidelbergCement, auquel appartient Ciments Calcia, a annoncé abandonner son souhait d’exploiter une nouvelle carrière de 105 ha à Brueil-en-Vexin, alors que la carrière actuelle de ­Guitrancourt arrive en fin de vie.

La dizaine de recours déposée par l’AVL3C, les communes de Brueil-en-Vexin, Sailly et Fontenay-Saint-Père, et le Parc naturel régional du Vexin français, étant toujours pendante devant les tribunaux, le cimentier estime donc qu’il ne pourra commencer l’exploitation dans un délai raisonnable. En conséquence, la cimenterie de Gargenville sera convertie « le plus tôt possible, en toute fin d’année prochaine, début d’année 2022 », espère la direction, en un centre de broyage, entraînant la suppression de 58 emplois sur les 87 (chiffre fourni par le cimentier au 30 septembre 2020, Ndlr) actuels du site.

Dans les rangs de l’AVL3C comme des communes concernées, cette décision sonne comme « une victoire d’étape ». Mais la vigilance reste de mise, la transformation en un centre de broyage maintenant les nuisances sonores. La prudence est également de mise chez les représentants du personnel de la cimenterie gargenvilloise, les négociations devant s’ouvrir au début du mois de décembre.

Si la direction du cimentier met en avant la fin des nuisances liées aux rejets de CO2, et une diminution du passage des camions car privilégiant l’apport de clinker par voie fluviale, l’AVL3C reste toutefois très mesurée, le centre de broyage étant source d’autres nuisances.

« Tout est venu leur faire obstacle, il n’y a jamais eu de dégagement positif pour eux », analyse la présidente de l’AVL3C, Dominique Pélegrin. En fin d’année dernière, le souhait du cimentier, de déménager son siège situé à Guerville dans les Hauts-de-Seine (voir encadré), avait fait bondir les soutiens politiques du projet de nouvelle carrière, le président du conseil départemental Pierre Bédier (LR) en tête.

La colère du président du Département s’est également fait sentir ce mercredi 18 novembre, via un communiqué de presse. « Cette entreprise a manifesté tant de mépris pour le territoire que nous ne pouvons être que méfiants quant aux engagements d’investissement qu’elle prend. La confiance a été rompue ; le Département fera preuve de la plus grande vigilance pour s’assurer que les engagements pris par Calcia soient bien respectés », assène ainsi Pierre Bédier.

En réponse à ce déménagement, il avait été demandé à l’État, lors du conseil communautaire du 16 janvier dernier, « d’examiner toutes les possibilités de revenir sur les autorisations délivrées à l’entreprise Calcia, tout en veillant particulièrement au respect des normes et contreparties environnementales ». En contrepartie, « les élus de la communauté urbaine pren[aient] l’engagement de modifier sans délai le document d’urbanisme de la communauté urbaine ».

Une démarche que va porter la maire de Brueil-en-Vexin, Martine Tellier (SE). « Dans un premier temps, on va porter une modification [du plan local d’urbanisme intercommunal] puisque le projet carrière n’existe plus, explique-t-elle. Dans un second temps, le retrait de la Zone 109, ça dépend de l’État, donc plutôt des ministères de la Transition écologique et de l’Economie (qui avaient donné leur feu vert en juin dernier, Ndlr). […] Il y a encore du travail à faire. »

Du côté de la cimenterie, on attend toutefois des clarifications sur la position du cimentier. « Moi, je le comprends comme ça, ils arrêtent l’exploitation de la carrière existante mais ça ne veut pas dire qu’ils renoncent à la demande d’exploitation de la carrière, une fois les recours purgés, note Pascal Petit, représentant CGT au sein de la cimenterie. […] Nous on se dit imaginez que les recours passent, qu’ils aient maintenu la demande d’exploitation et que dans cinq ans ils se disent on va peut-être faire un four neuf. On l’aurait un peu mauvaise pour le personnel qui a été écarté, mis à la porte. »

« Dans un premier temps, on va porter une modification [du plan local d’urbanisme intercommunal] puisque le projet carrière n’existe plus, explique Martine Tellier, maire de Brueil-en-Vexin. Dans un second temps, le retrait de la Zone 109, ça dépend de l’État, donc plutôt des ministères de la Transition écologique et de l’Economie (qui avaient donné leur feu vert en juin dernier, Ndlr). […] Il y a encore du travail à faire. »

Si le but du CSE du mercredi 18 novembre était de présenter un plan d’investissement de 400 millions d’euros, la direction de Ciments Calcia l’assure, la transformation de la cimenterie ne nécessitera pas d’investissement, le centre de broyage étant déjà existant. Les lignes de cuisson et le four seront ainsi arrêtés. « Si on n’investit pas dans le système de broyage, ça ne va pas durer des années, fait remarquer Pascal Petit. Ce n’est pas qu’il est obsolète, mais il est très vieillissant. »

Si la direction du cimentier met en avant la fin des nuisances liées aux rejets de CO2, et une diminution du passage des camions car privilégiant l’apport de clinker par voie fluviale, l’AVL3C reste toutefois très mesurée, le centre de broyage étant source d’autres nuisances. « À l’enquête publique on avait déposé une étude qu’on avait faite pour convertir la cimenterie en centre de broyage, rappelle Dominique Pélegrin. […] Il y avait eu des conflits au sein de l’association. […] Il y avait des [adhérents] qui habitent Gargenville qui avaient été furax en disant pour les riverains ce sera épouvantable parce qu’il y aura du bruit. »

Le maire de Gargenville, Yann Perron (SE), reconnaît, lui, être sur une « double problématique » entre le « souci du maintien de l’industrie sur le territoire » tout en étant « conscient des problèmes que pouvaient générer une nouvelle carrière » pour les communes du Vexin. Il considère que le centre de broyage « est un moindre mal […] mais je pense que c’est une solution provisoire, pour faire […] péricliter le site à moyen-terme ». Concernant les nuisances sonores, l’édile gargenvillois aurait eu l’assurance du cimentier qu’un dispositif « en autosurveillance des systèmes de surveillance du bruit » serait installé.

Cinquante-huit emplois sont concernés par cette transformation. « On va regarder aussi en interne comment reclasser ces personnes sur nos autres sites, dans d’autres activités du groupe où, comme on l’a toujours fait dans le passé, dans des reclassements externes », précise la direction du cimentier. « On va négocier pour ceux qui vont rester, ceux qui vont partir et essayer de gratter des emplois en plus parce que là ils ont mis la barre très basse », assure pour sa part Pascal Petit.

Le déménagement du siège « toujours suspendu »

En parallèle de la conversion de la cimenterie, une réorganisation est également à prévoir au sein du siège du cimentier, sur le site guervillois des Technodes, le déménagement prévu initialement à la fin juin et prévoyant le transfert de 250 postes n’ayant pas été effectué. « Le déménagement est toujours suspendu, toujours prévu mais toujours suspendu et donc il y aura une réorganisation […] qui va se faire dans le cadre de la transformation de l’entreprise », explique-t-on chez Ciments Calcia. Trente-huit postes seraient ainsi concernés pour « des réaffectations de missions fonctionnelles au plus près des activités, donc potentiellement en région ou dans les autres activités » poursuit-on.