Les points de dépistages se propagent en vallée de Seine. Pour aider les laboratoires, soumis à une forte affluence, un système de priorisation des tests PCR a été mis en place. En parallèle, le ministère de la santé a lancé le déploiement des tests antigéniques, quasiment aussi fiable mais beaucoup plus rapide. Pharmaciens, infirmiers et médecins, ils sont de plus en plus à pratiquer ces tests. De leur côté, les collectivités aussi s’organisent afin de répondre à la demande de la ­population.

« Je suis venu ici parce que ma femme a été testée positive, on l’a appris hier », explique Arthur, quelques instants après avoir réalisé un test antigénique à la salle Robespierre en face de la gare de Poissy, jeudi 26 novembre. C’est ici qu’a ouvert, deux jours plus tôt, un nouveau centre de dépistage, réalisant uniquement ces tests, dont le résultat s’obtient en seulement dix minutes. « C’est ­magique », s’étonne Arthur de ce délai.

Comme le test PCR, le test antigénique est également un dépistage rhinopharyngé. « C’est une autre forme de dépistage plus rapide, 30 minutes maximum, mais par contre la technique est moins fine que sur une PCR », explique Marion Cinalli, la directrice de la délégation départementale des Yvelines à l’Agence régionale de santé (ARS). Dans la pratique, ce dernier consiste à récupérer un prélèvement, à l’aide d’un goupillon, qui, une fois transféré sur une bandelette, permet de savoir très rapidement s’il y a présence ou pas du virus.

Porté par la région Île-de-France et piloté par la Croix-Rouge et l’entreprise de coordination d’infirmières Juste à temps, ce centre de dépistage est ouvert du lundi au vendredi, entre 13 h et 19 h.

« Aujourd’hui la bataille qu’il faut gagner, c’est la bataille des tests, assurait la présidente de région Valérie Pécresse (Libres) lors d’une conférence de presse le 6 novembre dernier. Si le virus a proliféré autant depuis le mois de septembre, c’est en partie parce qu’il y a eu une embolie dans la politique de test : il fallait deux trois jours pour trouver un laboratoire pour se faire tester ou alors il fallait faire des queues de plusieurs heures et après on avait encore deux ou trois jours avant d’avoir le résultat, ce qui n’est pas efficace pour isoler les personnes contaminées dès qu’elles montrent des symptômes. Pourtant c’est ça la bonne stratégie pour enrayer le virus. »

« Quand on a démarré, effectivement, il n’y avait pas suffisamment de personnels formés pour pouvoir techniquer, explique de ces problèmes d’efficacité, Marion Cinalli. Quand on a commencé à bien déconfiner pendant l’été, on a permis à tout le monde de venir se faire dépister ce qui fait que ça a engorgé les laboratoires c’est pour ça qu’à la rentrée on a dit qu’on allait prioriser sur les gens qui sont malades ou qui risquent de l’être et puis faire ceux qui viennent juste pour se ­rassurer après. »

Comme à Poissy, des points de test ont été montés à proximité d’une trentaine de gares franciliennes. La prise en charge se fait sans rendez-vous, une simple feuille d’information, qui sera ensuite transmise à l’ARS, est à remplir auprès de la Croix-Rouge avant d’être testé ­gratuitement.

« Au début je ne savais pas vraiment vers où me diriger », confie Gilles, un habitant de Carrières-sous-Poissy inquièt d’avoir côtoyé, la semaine dernière, l’un de ses proches testé positif au virus. « On m’a prévenu il y a seulement deux jours, naturellement je me suis tout de suite isolé, raconte le Carriérois. Maintenant pour se faire tester c’est quand même plus simple et plus rapide comparé à avant où c’était plutôt flou. » S’il est testé négatif, Gilles rentrera chez lui avec un document l’attestant, dans le cas contraire, il sera invité à réaliser un test PCR pour confirmer le résultat.

Depuis le 28 octobre, les tests antigéniques peuvent être réalisés, à l’extérieur des lieux habituels d’exercice des professionnels de santé habilités à les réaliser. C’est le cas, à Achères où la pharmacie Gozlan–Haziz, située avenue Maurice Thorez,propose des plages de rendez-vous entre 10 h et 11 h 30 le matin et entre 14 h 30 et 15 h 30 l’après-midi.

« Comme ça comporte quand même certains risques, c’est sur la base du volontariat », explique Katia Haziza-Belmus, la propriétaire de la pharmacie achéroise du déploiement des tests en officine. Cependant, même volontaires, toutes n’ont pas la possibilité de pratiquer, puisque la réglementation impose soit d’installer un barnum à l’extérieur, soit de disposer d’une pièce de confidentialité.

« Je trouve que c’est un service hyper important à rendre puisque ça permet effectivement d’être plus rapide dans l’isolement, confirme la pharmacienne le jeudi 26 novembre. Il y a eu une très forte demande au début puisqu’on était les seuls, maintenant il y a de plus en plus de pharmacies qui sont formées donc forcément ça se dilue sur toute la ville ». Si l’officine pouvait réaliser plus de 50 tests par jour il y a quelques semaines, elle reçoit aujourd’hui une vingtaine de patients de façon quotidienne. De même, elle peut désormais réaliser un test antigénique aux personnes de plus de 65 ans, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques jours.

S’il est testé négatif au test antigénique, Gilles rentrera chez lui avec un document l’attestant, dans le cas contraire, il sera invité à réaliser un test PCR pour confirmer le résultat.

« Les cas contacts identifiés, c’est-à-dire les gens qui dorment ou qui mangent ensemble, doivent eux se faire dépister en laboratoire », prévient Katia Haziza-Belmus. Ces personnes considérées comme prioritaires peuvent par exemple se rendre dans les centres de dépistage et de diagnostic Covid-19 (CDDC) ouverts par l’ARS à Mantes-la-Jolie, à l’espace des Eglantines, 1 rue Georges Braque, ou à Poissy, au centre de diffusion artistique et ex-Covidrome.

Depuis le lundi 23 novembre, le site pisciacais a repris du service sous une autre forme. Le laboratoire Eurofins assure ici et jusqu’au 30 décembre, des tests PCR, sans rendez-vous et sur prescription, pour le public prioritaire. « C’est-à-dire, les personnes contacts mais aussi le personnel de l’éducation nationale ainsi que les personnels soignants qui ne sont pas rattachés à une structure hospitalière », explique Aurélie Le Marcis, cheffe de projet développement chez Eurofins. Les sessions de dépistages se tiennent du lundi au samedi, de 8 h à 14 h avec un retour des résultats entre « 24 à 48 h maximum ».

Le centre dispose d’une capacité de 200 tests par jour « et l’objectif, si la population vient, c’est de monter jusqu’à 500 », assure la directrice départementale de l’ARS. La matinée est réservée aux personnes prioritaires et l’après-midi aux personnes qui viennent juste pour se faire dépister, se rassurer ou qui ont un voyage de prévu par exemple.

« Nous avons ouvert des centres de dépistage départementaux à Trappes et Mantes mais rapidement la population nous a fait remonter un besoin sur l’Est du département, rapporte Marion Cinalli, lors de l’inauguration du centre pisciacais. D’où le montage de ce CDDC avec la ville de Poissy et le laboratoire Eurofins qui vient compléter l’offre qui existe sur tout le département à la fois par les laboratoires de ville mais aussi avec les centres de dépistage qui sont montés par les autres communes. »

Effectivement, certaines municipalités ont lancé leur propre dispositif comme Fontenay-Mauvoisin. La commune organise, au moins jusqu’au 11 décembre, une campagne de dépistage collectif conjointe avec celles de Perdreauville et de Jouy-Mauvoisin et Favrieux, en partenariat avec le cabinet d’infirmières de Rosny-sur-Seine.

« On voulait faire quelque chose parce que c’est vrai que dans les campagnes, on est toujours un petit peu oubliés, note le maire Dominique Josseaume (SE). J’ai proposé ce dépistage à mes voisins puisque que pour cette population, le plus proche c’est Mantes. Dans nos petits villages il faut aussi qu’on réfléchisse et qu’on avance par nous-mêmes. » Des tests antigéniques seront ainsi réalisés sous un barnum installé dans la cours de la mairie de Fontenay-Mauvoisin.

À Triel-sur-Seine, vendredi 27 novembre, les patients se succèdent à la maison de santé pluridisciplinaire, située au 171 rue Paul Doumer. Ici des tests ont lieu les mercredis et vendredis de 14 h à 17 h, depuis le 18 novembre et jusqu’au 15 décembre. Un barnum installé sur le parvis de l’hôtel de ville, en partenariat avec le laboratoire Biofutur, reçoit également les habitants les mercredis et vendredis de 9 h 30 à 12 h 30.

« On faisait déjà, à la demande des infirmiers, des tests PCR avec le laboratoire depuis le 20 septembre, explique le docteur Joly. On en faisait trois demi-journées par semaine, là on est passé à cinq avec les tests antigéniques. » Les patients sont généralement orientés par leur médecin lorsqu’ils ont des symptômes de moins de quatre jours. « Il y a eu trois cas positifs pour 50 personnes testées », précise-t-il.

Dans le cadre d’une campagne globale, la Ville a fait l’acquisition de 20 000 tests antigéniques et a distribué une boîte de 25 tests aux médecins, infirmiers et pharmacies installés à Triel. Cependant le médecin triellois regrette qu’ « en ville, les tests antigéniques so[ient] venus trop tard. Par exemple, la mairie a pu obtenir des tests bien avant que les professionnels de santé, qui avaient commandé chez les pharmaciens, les obtiennent ».

Selon la directrice départementale de l’ARS, les règles de priorisations installées et l’apparition des tests antigéniques, ont largement permis de désengorger les laboratoires mais aussi d’entrevoir l’amorce d’une ­régression dans les entrées en ­hôpital.

« La demande est en baisse vu que l’épidémie est en recul, confirme Frédéric Genoni, l’un des infirmiers installés à la maison de santé trielloise. Cependant, il va falloir soulager les libéraux, il y a une lassitude physique et morale qui s’installe d’autant plus qu’on n’est pas à l’abri d’une ­troisième vague. »