La délibération, présentée lors du conseil municipal du 30 novembre dernier et portant sur la création d’une zone d’aménagement différé (Zad) dans le quartier gare mantais, pour une durée de six ans, a donné lieu à des échanges de mots très vifs entre le conseiller municipal et président du Département Pierre Bédier (LR) et le conseiller municipal d’opposition communiste Marc Jammet. Si le premier a justifié la création de la Zad par la volonté de la collectivité d’avoir une certaine maîtrise du foncier, le deuxième craint, lui, une expropriation pour les propriétaires et que le prix du foncier ne soit pas accessible à tous.

« Avoir la main, qu’est-ce que ça signifie ? Pour les promoteurs qui nous écouteraient ce soir, cela voudrait dire que nous pouvons contester les projets d’aménagements qui ne nous conviendraient pas, explique de la position de la Ville, Pierre Bédier. Pour les propriétaires qui souhaitent céder leurs biens à des promoteurs, naturellement ça veut dire que nous pouvons accepter sans envolée du foncier, le risque étant dans ce périmètre, nous savons bien maintenant, que des prix absolument considérables soient proposés aux propriétaires qui naturellement les incitent à vendre, mais au détriment de la qualité des projets proposés, avec le risque qu’arrive dans le secteur des projets beaucoup trop chers, puisque le prix du foncier est un déterminant très important du prix final de l’habitat. »

Marc Jammet a regretté pour sa part un « coup d’épée dans l’eau » dans cette lutte contre l’inflation des prix du foncier, précisant qu’un taux de 20 % « de taxe d’aménagement à taux majoré » avait été voté, lors du conseil communautaire du 19 novembre. « C’est surtout ce qui va se construire qui va jouer, quels immeubles on va construire et c’est là que l’inflation va jouer. Quels prix de vente, quels loyers, accessibles à qui, aux Mantais qui ont besoin de se loger mieux, plus près de la gare pour aller travailler ou à de nouveaux arrivants beaucoup plus fortunés ? questionne-t-il […] Vous croyez vraiment qu’ils vont payer une taxe de 20 % sans augmenter les prix de vente ? »

« Avoir la main, qu’est-ce que ça signifie ? Pour les promoteurs qui nous écouteraient ce soir, cela voudrait dire que nous pouvons contester les projets d’aménagements qui ne nous conviendraient pas », explique de la position de la Ville le conseiller municipal, Pierre Bédier (LR).

Quant au droit de préemption, il estime que cela pénalisera « les propriétaires actuels [qui] ont consenti d’énormes sacrifices pour rester dans le secteur que vous visez et qui auront du mal à vendre aujourd’hui ». Des propos qui entraînent une réplique plus qu’agacée de Pierre Bédier : « N’inquiétez pas les gens Monsieur Jammet. L’expropriation à bas prix elle est impossible, on n’est pas en Union soviétique […]. Toute expropriation, et c’est ce que vous dit la délibération mais vous la lisez à l’envers, peut-être parce qu’elle n’est pas en caractères cyrilliques, que tout État de droit passe par un juge et que si quelqu’un n’est pas content de l’évaluation du prix, il a la possibilité d’aller devant le juge de ­l’expropriation. »

« Ce n’est pas comme ça qu’on mène un débat », répond Marc Jammet, tandis que Pierre Bédier hausse le ton : « Je vous empêcherai de parler monsieur Jammet, je ne vous laisserai pas parler, chaque fois que vous tiendrez des propos diffamatoires. […] Vous êtes un désinformateur, votre style Jammet, c’est le KGB en pire ! » Marc Jammet concluera cet échange tendu : « Et vous c’est monsieur Pinochet ! »