« Une dette de stup’ », c’est à peu près la seule chose que l’homme assis dans le box du tribunal de Versailles ce vendredi 22 janvier, n’a pas réfuté. Accusé d’avoir, à Achères en mai 2020, grièvement blessé au cutter un homme qui avait acheté de la drogue à crédit, Sadio a été condamné à purger quatre ans de prison. Alors qu’il s’exprimait sur l’affaire pour la première fois, il a dépeint un scénario bien ­différent de celui de la victime.

Le 24 mai, un homme âgé d’une vingtaine d’années se présente au commissariat de Poissy, totalement ensanglanté. Il explique aux policiers que, quelques instants plus tôt, lorsqu’il s’est installé dans sa voiture garée sur les bords de Seine à Achères, son agresseur, qui était caché à l’arrière, a surgi et lui a placé un cutter sous la gorge. Ce dernier le menace alors de le tuer s’il ne rembourse pas les « 7 000 euros » qu’il devait à un trafiquant du secteur depuis plusieurs mois. « Il m’a dit de rouler, il voulait m’emmener à La Coudraie, j’ai eu peur pour ma vie », rapporte le juge, du témoignage de la victime qui aurait sauté de la voiture en apercevant la façade du ­commissariat.

Selon ce dernier, son agresseur lui aurait, au préalable, asséné plusieurs coups, lui occasionnant 15 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT). « Lors de son examen, [la victime] avait le lobe de l’oreille amputé, une plaie de trois centimètres à l’oreille ainsi qu’une autre plaie de 12 centimètres descendant sur la nuque », énumère notamment le juge, tout en distribuant des photos de son état, ­visiblement ­difficiles à regarder.

Âgé de 29 ans, Sadio a été interpellé par la police le lendemain. « L’ADN du suspect a été retrouvé sur la veste de la victime », ajoute le juge. Lors de son audition, le Pisciacais a gardé le silence, ce n’est que devant le tribunal qu’il a donné sa version des faits.

« C’est lui qui avait le cutter, j’ai réussi à le maîtriser, explique-t-il difficilement. Comme il était en mauvais état, je comptais le conduire vers l’hôpital, comme c’est à côté de La Coudraie, je pense qu’il a paniqué. » Visiblement angoissée à l’idée de subir des représailles, la victime n’était pas présente à l’audience. Si la procureure estime que Sadio « a eu tout le loisir de préparer ce fantasque scénario qui l’arrange bien », l’avocat de la défense, lui, pointe du doigt certaines « ­incohérences » dans le dossier.

« Pour rentrer dans une voiture, faut-il encore en avoir les clés, proteste-t-il pour donner du crédit à la version de son client. De plus, on a retrouvé du sang sur la poignée extérieure de la voiture et je ne pense pas que [la victime], aussi effrayée qu’il le dit, ait pris le soin de refermer la portière en sautant. » Malgré la plaidoirie de son avocat, Sadio a été condamné à quatre ans d’emprisonnement. Le Pisciacais devra également s’acquitter de 1 500 euros, en guise de provision pour couvrir l’évaluation des dommages et intérêts que demandera sa ­victime, en sa qualité de partie civile.