C’est un projet vieux de plusieurs années qui est à redéfinir. En juillet 2020, le devenir de la pointe de Verneuil, située au milieu des étangs de l’Île de loisirs Val de Seine, a pris un nouveau tournant avec la décision, de la société Bouygues immobilier, de renoncer au projet très contesté de quartier-marina sur cet espace naturel. Comme imaginée par la nouvelle municipalité, qui en a négocié l’abandon, une partie de la Pointe pourrait être aménagée pour accueillir une zone d’activités économiques. Quant aux logements, un nouveau quartier serait implanté en lieu et place de la zone industrielle située chemin du Rouillard, en face de la base de loisirs.

Porté par l’ancien maire, Philippe Tautou (LR), sous l’impulsion de la vente du terrain de l’Établissement public foncier d’Île-de-France (Epfif), à la société Bouygues immobilier, le projet de marina sur la Pointe de Verneuil avait pour objectif « de reconnecter la ville à la Seine en aménageant la rive du fleuve ». Il prévoyait notamment la construction, entre les étangs de la Grosse-Pierre et du Gallardon, de 600 logements, 3 600 m2 de commerces et d’un groupe scolaire autour d’un port de plaisance.

L’implantation d’un tel projet immobilier avait reçu un accueil pour le moins hostile de la part des habitants et de l’opposition de l’époque, occupant de fait une place toute particulière dans les élections municipales. De même, son emprise sur une partie de la pointe classée en Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (Znieff) avait fait bondir les associations environnementales.

C’est avec soulagement que ces derniers ont donc appris, en juillet, que le promoteur avait demandé l’annulation de l’enquête publique, prévue entre septembre et octobre 2020. « Nous souhaitons par la présente vous demander l’annulation de l’enquête publique afin de pouvoir faire évoluer le projet urbain, notamment en supprimant les constructions prévues au sein de la Znieff de type 1 présentes au nord du site », écrivait Yann Aubry le directeur général d’UrbanEra, la société du groupe Bouygues Immobilier, dans un courrier envoyé au préfet des Yvelines.

« Ça a été très soudain, note de cette décision Bernard Destombes, le président de l’association Adiv Environnement. On a toujours expliqué qu’on n’était pas contre une urbanisation raisonnable mais là, aller mettre des immeubles de cinq étages au milieu d’un site qui fait partie des ­principaux sites d’Île-de-France pour les oiseaux hivernaux, c’était une catastrophe. » En juin 2020, l’Adiv avait également lancé un recours auprès du tribunal administratif, après que la Znieff ait été rendue constructible par une modification du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). « Les modifications étaient calquées sur le projet de Bouygues pour qu’il puisse aboutir, estime-t-il. Je pense que notre action a influencé l’abandon du projet. »

Cela dit, même si UrbanEra a renoncé à l’idée de construire sur la Znieff, pour l’heure, la zone reste toujours « constructible » tant que les lignes du PLUI ne seront pas modifiées. C’est pourquoi, Ville et associations souhaitent désormais « sacraliser » cette partie nord de la Pointe de Verneuil.

La zone identifiée pour implanter le nouveau quartier est située chemin du Rouillard, où est installée notamment l’usine Val de Seine Enrobés.

« On travaille pour faire, ici, des aménagements pour que le public puisse observer les oiseaux », confie le président de l’Adiv. « On va essayer de la reclasser en Znieff puisqu’elle avait été déclassée par l’ancienne majorité en janvier (2020), précise de son côté le maire, Fabien Aufrechter (LREM). Et puis maintenant on est en train de travailler avec UrbanEra sur un contre-projet, c’est nous qui leur avons montré comment on voyait le territoire ».

En septembre 2020, l’édile nouvellement élu présentait, sur place à La Gazette, sa volonté de garder cette partie de la Pointe vierge. « C’est un endroit qui est vraiment extraordinaire, tous les week-ends il y a énormément de promeneurs qui viennent ici, on doit le valoriser », désigne-t-il en pleine déambulation sur les berges.

À l’entrée de la Pointe, le long du chemin de la Seine, un site industriel devrait, quant à lui, faire partie du nouveau projet, imaginé entre la Ville et le promoteur. « Ici le sol est pollué, la dalle est bétonnée, amiantée, c’est vraiment la zone à revitaliser et où tout le monde est d’accord, même les écolos, explique Fabien Aufrechter, qui souhaite y voir s’implanter une zone d’activités économiques. Il y a eu beaucoup de demandes d’implantation. Maintenant, il faut qu’on regarde si c’est vraiment rentable car on a un enjeu de dépollution des sols. »

Du côté de l’Adiv, on rejoint visiblement les ambitions municipales. « C’est sûr que pour l’instant ça ne fait pas rêver, l’entreprise qui est installée là fait du stockage de déchets, indique Bernard Destombes. S’il n’y a pas de logements, il y aura moins de monde donc pas énormément de ­perturbations ».

Concernant les logements prévus dans l’ancien projet, la Ville envisage désormais la création d’un nouveau quartier à proximité de la gare des Clairières. La zone identifiée est située chemin du Rouillard, où est installée notamment l’usine Val-de-Seine Enrobés. « Ce sont les dernières terres qui sont urbanisables sans empiéter sur la nature », estime le maire. C’est tout un quartier et son groupe scolaire qui pourraient ainsi voir le jour dans cette zone, où des travaux de dépollution devront également être menés. « C’est un projet qui a plus de sens », appuie le président de l’Adiv. Concernant le nombre de logements qui pourraient être construits, Fabien Aufrechter indique que celle-ci « n’est pas du tout fixée pour le moment. Une étude est lancée pour évaluer les possibles pour un rendu avant septembre [2021]. ».

Les élus Vernoliens se laissent effectivement le temps de la réflexion pour affiner ce nouveau projet puisqu’ils ont, lors du conseil municipal du 15 décembre 2020, voté à l’unanimité pour prolonger « jusqu’au 31 décembre 2021 », la convention d’action foncière passée avec la communauté urbaine, l’Epfif et l’Établissement public ­d’aménagement du Mantois Seine aval (Epamsa).