Des banderoles et des tracts. Le 3 février, une dizaine de professeurs et de représentants de parents d’élèves, du collège mantevillois de la Vaucouleurs, ont réalisé une opération de tractage, après avoir appris que le nombre d’heures de cours alloué lors de la prochaine rentrée serait revu à la baisse. Le lendemain, au lycée mantais de Saint-Exupéry, ils étaient une vingtaine à dénoncer un problème similaire ainsi que la suppression de deux postes, l’un en français et l’autre en mathématiques. Dans les deux établissements scolaires, tous dénoncent une augmentation des effectifs par classe.

« Ce qu’il faut retenir c’est qu’on est amené à avoir de plus en plus d’élèves. Là, concrètement, c’est deux classes en plus l’année prochaine donc 70 élèves en plus et actuellement deux postes, en mathématiques et en français, [seront supprimés] », déclare l’enseignante en français au lycée Saint-Exupéry et déléguée syndicale au SNES-FSU, Marie Rouzin. De ce fait, selon François Hebert, professeur d’histoire-géographie dans ce lycée et délégué syndical au SNES-FSU, les classes déjà occupées par une trentaine d’élèves augmenteraient ainsi à « 35 élèves par classe ».

« Il y a beaucoup de nos élèves qui viennent de collèges qui sont classés en Rep + (Réseau d’éducation prioritaire, Ndlr), c’est-à-dire qu’ils viennent de collèges qui ont des effectifs à 23-24 élèves par classe […] et, en arrivant en seconde, ils passent d’une classe de 23-24 à 35, poursuit-il. Cela veut dire qu’un élève qui est en difficulté, on ne le voit pas. »

Non classé en Rep +, le collège de la Vaucouleurs serait lui aussi concerné par une future augmentation du nombre d’élèves par classe. Selon la FCPE, la baisse de 44 heures de cours, dans cet établissement scolaire lors de la prochaine rentrée, conduira à la suppression de trois des 24 classes actuelles. Pour les professeurs, les effectifs passeront donc de 25 à 29 élèves.

« On est un collège qui a la fierté d’accueillir des IP2A, des unités localisées pour l’inclusion scolaire (Ulis), des Segpa, et de pouvoir intégrer ces élèves dans des classes normales et de pouvoir s’en occuper décemment, souligne Anne Raphalen, professeure de SVT au collège mantevillois. Avec 30 élèves par classes ce sera ­impossible de le faire ­décemment. »

Selon la FCPE, trois classes du collège mantevillois de la Vaucouleurs seront supprimées l’année prochaine ce qui fera bondir le nombre d’élèves par classe.

Pour cette enseignante, la prise en charge des enfants en situation de handicap n’est cependant pas le seul problème. « On ne pourra plus faire de demi-groupe, on ne manipulera plus donc cela n’a aucun intérêt », déplore-t-elle. Ce constat est également présent au lycée Saint-Exupéry. « Cette année, par exemple, on a une petite marge qui nous permet de réduire les effectifs en anglais […], affirme François Hebert. C’est quand même mieux pour les langues. Mais, là, en l’état, si on a moins d’heures, cela veut dire concrètement que les groupes de langues vont monter à 29-30. Forcément, au bout d’un moment cela coince. »

Selon les dires d’une mère de famille, appartenant à la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), les demi-groupes et réductions d’effectifs dans les cours de langues, semblent appréciés par les élèves. « [Ma fille au lycée Saint-Exupéry] me dit : « en demi-groupe, on est bien. En demi-groupe, on arrive à poser des questions. » Cela la ­rassure. »

Ces inquiétudes ne semblent pas justifiées pour le rectorat de l’académie de Versailles. Contacté, ce dernier affirme notamment « qu’en lycée, l’académie mobilise [notamment] des moyens supplémentaires pour accompagner la démographie, à hauteur de 45 équivalents temps plein en moyens supplémentaires ». Pour les collèges, l’académie reconnaît une « forte hausse démographique pour la rentrée 2021 » et s’y prépare en leur attribuant « 100 équivalents temps plein en moyens supplémentaires ».

Les enseignants du lycée Saint-Exupéry ne semblent cependant pas y croire et dénoncent le décalage entre les discours officiels et la réalité. Selon eux, ce fossé serait même responsable de la démission de certains professeurs. « Je n’ai jamais entendu autant de personnes dire réfléchir à une voie ­alternative », déclare une ­enseignante de français.

Pourtant, le rectorat l’assure : « À la rentrée 2021, le collège La Vaucouleurs et le lycée Saint-Exupéry […] bénéficieront de moyens comparables à d’autres établissements présentant les mêmes caractéristiques sociales [et] une réévaluation des besoins de ces établissements sera effectuée, comme chaque année, sur la base des inscriptions d’élèves dans ­l’établissement, pour la rentrée ­prochaine. »