Drôle d’ambiance devant les grilles de la cimenterie gargenvilloise ce jeudi 4 février. La CGT, syndicat majoritaire au niveau national, organisait une assemblée générale ouverte à tous, alors que la fin des négociations concernant les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) des sites de Gargenville, Cruas (Ardèche) et du siège des Technodes à Guerville approchent de la fin, les rapports devant être transmis à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) au 1er mars.

Pour la CGT, le but premier était d’exposer sa position et pourquoi elle n’avait pas signé l’accord de méthode proposé par la direction, en présence d’avocat et d’experts. Elle espérait aussi surtout pouvoir enclencher la solidarité des salariés des différents sites, puisque salariés de la cimenterie et des Technodes y assistaient. Mais pour l’heure, l’inquiétude prédomine chez ces derniers.

La venue d’une avocate et des experts « est une première » assure Pascal Petit, représentant syndical CGT à la cimenterie. « C’est un PSE assez particulier, à l’époque (2017, Ndlr) le PSE de Cruas ne concernait que Cruas, le PSE des Technodes ne concernait que les Technodes, là ça concerne trois sites, on n’a pas les mêmes timings », poursuit le syndicaliste. Une demande que ne comprend pas la direction du cimentier. « Le PSE se fait en même temps car il fait partie d’un tout, on ne va pas segmenter, pourquoi segmenter ? note la direction. C’est un ensemble de choses, une réorganisation, il n’y a pas de raison de mettre les usines d’un côté, le siège de l’autre, même si il y a une ­temporalité et des projets ­différents. »

Aux Technodes, les premiers départs sont prévus pour la fin du mois de juillet, sur une quarantaine de postes concernés, tandis qu’à Gargenville, 58 emplois seraient supprimés avec la conversion de la cimenterie en centre de broyage et l’arrêt du four prévu pour le quatrième trimestre 2021, selon le syndicaliste, tandis qu’en novembre, la direction espérait une conversion « le plus tôt possible, en toute fin d’année prochaine, début d’année 2022 », indiquait-elle alors à La Gazette. « Le projet de transformation de Gargenville en centre de broyage est un projet », réagit la direction à la situation actuelle.

Un accord de méthode a été proposé par la direction. La CFDT et la CGC l’ont signé, pas la CGT. « Ce qu’on voulait c’était surtout étaler le calendrier au moins un ou deux mois et ils appliquent simplement et strictement la loi, ça joue sur le moral des gens aussi », note Pascal Petit. « La CGT n’a pas voulu le signer, c’est le syndicat majoritaire, dont acte, on est resté dans le cadre d’une procédure classique, commente de son côté la direction. […] Nous aussi on a dès qu’il y a une réunion, il y a une communication de la direction qui est adressée à l’ensemble des salariés concernés. »

Son homologue de la CFDT lui défend sa position : « Nous notre crainte c’est que la position actuelle de la direction, qui est d’avancer, le rouleau compresseur est en marche, si les salariés n’ont rien […]. Au 1er mars il y aura au moins quelque chose de meilleur que ce qu’il y a actuellement. Ça ira, ça ira pas mais au moins on aura quelque chose à présenter aux salariés en disant ils ont des moyens […], ils avaient proposé ça, nous sommes arrivés là […], maintenant qu’est-ce qu’on fait ? »

Aux Technodes, une salariée depuis « plusieurs décennies », fait remarquer que la situation est « très anxiogène », depuis la fin de l’année 2019. « On s’est retrouvés, avec l’annonce d’un déménagement qui allait donner en moyenne deux heures de transport en plus aux personnes, souligne-t-elle. […] Depuis le 16 mars nous sommes en télétravail et on nous annonce au mois de novembre, un plan social sur le site des Technodes, on ne comprend pas très bien pourquoi. Ça a été un énorme choc. »

Dans les rangs des 70 personnes présentes, l’inquiétude se fait sentir. « Comment peut-on se mobiliser ? questionne une salariée des Technodes. Avec la cimenterie, vous arrêtez la production, ça se voit, mais nous au siège ? » Un salarié de la cimenterie lui répond : « Venez avec nous ! » Un ancien salarié, lui prévient : « Il faudra faire jouer la solidarité entre tous les sites. »