Alors que la semaine qui vient de s’écouler a été jonchée de violences urbaines à travers tout le département, les policiers expriment une certaine résignation devant ces coups d’éclat quasi-quotidiens. Ils pointent du doigt des faits « de plus en plus violents » orchestrés par une population juvénile « en recherche de buzz ». Pour les acteurs locaux, le phénomène s’explique aussi par une forte rupture sociale et un ­mal-être des restrictions sanitaires.

« Moi je ne suis pas tombé à la renverse quand j’ai vu les images, ce sont des choses qu’on voit de temps à autre », souffle Karl Olive (DVD), le maire de Poissy ce 16 février, trois jours après l’attaque très médiatique de jeunes à l’encontre des forces de l’ordre, dans le quartier de Beauregard.

Samedi 13 février, vers 17 h 50, plusieurs policiers, appelés pour disperser un attroupement « armé de bâtons », ont été pris à partie au niveau de la rue de Villiers. « Une trentaine d’individus », selon la police, ont visé les fonctionnaires avec des feux d’artifice. Publiée sur les réseaux sociaux par les émeutiers, une vidéo de la scène a suscité l’indignation, dont celle du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin (LREM), qui s’est rendu lundi 15 février au commissariat de Poissy. « On ne peut pas banaliser ces faits », a-t-il ponctué de sa visite, au micro de LCI.

Cela dit, pour les policiers en patrouille, ces attaques sont devenues monnaie courante. « Sans minimiser la gravité des faits, pour nous ce qui s’est passé samedi à Poissy est un non-événement, dans la mesure où ce genre de choses est devenu tristement banal », déplore la commissaire divisionnaire de l’agglomération de Conflans-Sainte-Honorine. Pour preuve, quelques heures après la tenue, à Poissy mardi matin, d’une réunion du comité de veille urbaine, une patrouille de policiers a été la cible de cocktails Molotov au ­niveau de la rue Saint-Exupéry.

Selon les syndicats policiers, si le phénomène n’est pas nouveau, il évolue. « On ne l’explique pas, s’inquiète Julien Le Cam, délégué départemental du syndicat de la police nationale Alliance. Avant, c’étaient des caillassages et puis ils ont vu que l’usage des mortiers (feux d’artifices, Ndlr) c’était très spectaculaire et que ça pouvait faire autant voire plus de dégâts qu’une pierre. » L’utilisation de ce matériel pyrotechnique, à l’encontre de policiers, était d’ailleurs une première dans le quartier Beauregard le 13 février.

Samedi 13 février, « une trentaine d’individus », selon la police, ont visé les fonctionnaires avec des feux d’artifice au niveau de la rue de Villiers.

À Poissy, ou ailleurs dans les Yvelines, ces instants de chaos sont souvent filmés puis partagés sur les réseaux sociaux. « C’est presque un jeu pour eux et c’est sans fin, s’indigne Julien Le Cam. Je ne sais même pas s’ils ont conscience de la gravité des faits : ce sont des meurtriers en puissance. » Et ce qui inquiète aussi bien les policiers, les élus que les professionnels de l’éducation, c’est que ce sont souvent des jeunes adolescents, « âgés de dix à 16 ans », qui sont à l’origine de ces violences urbaines.

« On a des gens qui sont en rupture complète, analyse de son côté le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, Jehan-Eric Wincler. Ils sont en rupture avec leur propre structure familiale, avec le monde de l’éducation, quand ils sont encore scolarisés, ils sont en rébellion contre la société. »

Après avoir échangé avec les services de médiation et prévention qui travaillent dans ses quartiers, Karl Olive suggère que ces actes sont « une réponse au confinement et au couvre-feu, qui sont particulièrement compliqués dans les quartiers populaires ». Les services de police de la circonscription ont effectivement enregistré une forte augmentation des violences urbaines sur Chanteloup-les-Vignes et le quartier de Beauregard, durant les périodes de confinement.

Condamnant fermement les coups de violence, l’édile pisciacais a émis le souhait de rencontrer prochainement les jeunes émeutiers. De même, la commissaire divisionnaire de l’agglomération de Conflans-Sainte-Honorine a émis l’hypothèse d’organiser un moment d’échange avec les policiers visés par les attaques. « Rien n’est encore acté, c’est quelque chose qui est à l’étude, prévient-elle. Surtout qu’il faut que j’arrive à convaincre mes effectifs, ce qui n’est pas gagné au vu des nouveaux événements dans le quartier Saint-Exupéry. » Et effectivement, à entendre le syndicat Alliance, « il n’y a plus de dialogue possible, la seule réponse qu’il peut y avoir c’est une réponse pénale ».