Eddie Aït (SE) a tranché, la Ville n’investira finalement pas dans un nouveau dojo. Lors du dernier conseil municipal, le maire carriérois a indiqué qu’il ne poursuivrait pas le travail engagé par son prédécesseur, Christophe Delrieu (DVD), qui souhaitait implanter un équipement flambant neuf pour pallier la vétusté du gymnase Provence, où loge actuellement le club de judo de la commune. Eddie Aït estime que le projet ne correspond pas à la santé financière de la collectivité et envisagerait plutôt de dédier des fonds au gymnase existant. Du côté des judokas, la décision, même si elle est « comprise », a un goût amer.

« Tous ces projets n’ont plus lieu puisqu’il n’y avait aucun argent pour permettre l’investissement nécessaire pour les mener », explique l’édile carriérois, au moment de faire un point comptable sur le règlement de différentes études commandées par Christophe Delrieu lors de son mandat. Parmi elles, une mission de maîtrise d’œuvre pour les travaux de construction d’un dojo au parc Provence.

Ce projet, l’ancien maire le porte depuis sa campagne aux élections municipales de 2014, à la suite de laquelle il avait remporté la mairie, déjà aux mains d’Eddie Aït. Il figurerait ainsi au dernier plan pluriannuel d’investissement de la commune qui prévoyait à l’époque « 40 millions d’euros de nouveaux projets ». Dans le document de présentation du complexe sportif, en date du mois de mars 2018, le projet se décline comme suit : la création d’un dojo de plus de 1 000 m², destiné à la pratique des arts martiaux, estimé à un ­montant de 2,42 millions ­d’euros.

Imaginé pour s’installer juste derrière le gymnase Provence, ce dojo devait offrir une nouvelle aire de combat au club de judo qui déplore, depuis plusieurs années déjà, d’importantes contraintes liées à l’utilisation de la structure existante. « Le gymnase Provence est comme dans certaines villes, c’est-à-dire qu’il date des années 1980 et qu’il n’a jamais été « entretenu » », assure Nicolas Serandrei, professeur du judo à l’Amicale culturelle et d’initiations sportives (ACIS) et vieux briscard des tatamis carriérois. « Moi, le dojo c’est le même que je connaissais que quand j’étais petit, ajoute-t-il. On est dans une structure où on est à 13 C° dans certains cours l’hiver, quand c’est le mois de mai, on a une salle à 30 C°, donc ce n’est pas ­praticable. »

Le club de judo carriérois déplore des problèmes d’isolation et de sécurité dans le gymnase Provence qu’il occupe.

En plus des problèmes d’isolation, ce dernier constate régulièrement des fuites lorsque que le temps est pluvieux. « Il y a aussi la démographie sur Carrières qui peut faire qu’il va y avoir de plus en plus de demandes dans une salle qui ne va plus du tout être adaptée aux besoins », déplore-t-il. Selon Philippe Baron, l’adjoint aux finances, les frais d’études engagées sous l’ancienne mandature, en vue de la réalisation du nouveau dojo, s’élèvent à 105 720 euros mais pourraient surtout l’être « en pure perte ». De plus, selon l’élu, la construction d’un nouveau dojo dans le parc Provence nécessitait une modification du plan urbanisme intercommunal (PLUI), « modification qui n’était pas ­engagée quand nous sommes arrivés ».

Des mots qui ont fait bondir, le désormais conseiller municipal d’opposition, Christophe Delrieu. « Cela (la nécessité de modifier le PLUI) est faux, nous sommes d’ailleurs très surpris de voir que vous abandonnez un projet qui ne demandait plus qu’à être livré, lance l’ancien maire en mettant l’accent sur la perte de recettes engendrée par la baisse des impôts communaux. Je pense que le club appréciera…d’autant plus que ses responsables ont beaucoup travaillé à la conception du projet. »

S’appuyant sur les premières conclusions de l’audit financier qu’il a commandé, Eddie Ait l’assure : « La prospective ne permet pas le rythme d’investissement qui avait été annoncé, tout cela n’est pas soutenable pour les finances de la commune. » Et alors qu’il indique avoir rencontré les responsables de l’ACIS à ce propos, l’édile envisagerait plutôt des rénovations dans le gymnase Provence.

« Le maire nous l’a expliqué clairement dès le confinement, […] maintenant je sais que la mairie doit nous voir pour un comité de pilotage parce qu’elle voulait changer les tatamis et essayer de faire des choses comme ça, mais ce n’est pas ce qu’on va appeler rénovation nous, explique Juliette Bonin, la présidente du club depuis deux ans. On comprend la raison financière, on sait qu’il y a d’autres chantiers plus importants comme l’école Giono mais on est un peu déçu, c’était un projet qui nous ­tenait à cœur. »