C’est un nouveau projet de traitement des déchets qui devrait s’ajouter le long de la RD190. Bordée d’un côté, sur la commune de Carrières-sous-Poissy, de l’incinérateur d’Azalys, d’un projet de méthanisation (voir édition du 16 septembre 2020), puis de l’autre, à Triel-sur-Seine, par l’usine Seine Grésillons du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap), c’est sur cette dernière qu’une expérimentation doit voir le jour.

Avec le Syndicat parisien de traitement des déchets ménagers (Syctom), le Siaap souhaite installer sur son site, une unité « Cométha » qui doit permettre de traiter boues d’épuration et déchets organiques pour produire du gaz renouvelable. Un nouvel équipement clairement désapprouvé par les élus carriérois qui ont voté une motion contre le projet en mettant en avant « des risques sanitaires et environnementaux ». De son côté, le maire de Triel-sur-Seine, Cédric Aoun (SE), semble donner sa chance au produit et organise une séance questions-réponses en direct avec les syndicats parisiens.

Pour le Siaap et le Syctom, le projet Cométha est une expérimentation qui vise « à trouver les procédés optimums » de valorisation conjointe des boues, issues des eaux usées et des déchets organiques, par un procédé de méthanisation. L’unité pilote sera édifiée sous la forme d’un bâtiment de 700 m², le long du chemin de la Californie, sur une parcelle d’environ 2 200 m² sur l’emprise de l’usine Seine ­Grésillons.

Mais, lors du conseil municipal du mercredi 10 février, l’édile carriérois, Eddie Aït (SE), a lancé les hostilités. Une motion a été adoptée pour demander l’abandon du projet. Le maire déplore notamment un manque « de visibilité globale des évolutions possibles ».

« Évidemment, la municipalité est favorable aux projets visant à valoriser les déchets pour créer une énergie verte et durable. Mais pourquoi choisir ce site, au risque de cumuler et d’aggraver les nuisances pour les habitants de Carrières-sous-Poissy ?, fustige Eddie Aït dans un communiqué de presse. Nous manquons d’informations sur la quantité de déchets ménagers qui y seront traités, sur le stockage et le traitement du phosphore et de l’azote après la méthanisation, ou encore sur le trafic routier qui ne semble même pas avoir été quantifié. »

Les travaux d’installation du projet Cométha devraient commencer « au second trimestre 2021 », pour une durée de sept mois. S’en suivra la phase d’essais pendant environ trois ans. Si les résultats de celle-ci, qui seront comparés à ceux d’une autre unité installée sur l’usine Seine Valenton (Val-de-Marne), sont satisfaisants, les syndicats franciliens de traitement des eaux et des déchets pourraient construire « d’ici à 2026 », sur l’un des deux sites, une unité industrielle pérenne.

De son côté, le Siaap estime que les prises de position carriéroises sur son projet sont fondées « sur une interprétation erronée » des risques que l’unité pilote représente, en détaillant les mesures retenues pour maîtriser les nuisances : « Stockage des déchets dans un bâtiment fermé, biofiltre pour éliminer les odeurs résiduelles, équipements placés à l’intérieur des bâtiments pour éviter la propagation du bruit… »

L’unité pilote sera édifiée sous la forme d’un bâtiment de 700 m² sur l’emprise de l’usine Seine Grésillons du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap).

Concernant le stockage, l’unité prévoit de traiter environ « une tonne de déchets chaque jour ». Des boues d’épuration et des graisses issues des usines du Siaap, la fraction organique résiduelle des ordures ménagères d’une installation de Saône-et-Loire ainsi que du fumier issu des écuries de Maisons-Laffitte seront ici convertis en biogaz. « Le trafic pour les intrants représentera un à trois camions par semaine », souligne le Siaap.

« Ce qui me pose problème, c’est que ce projet a été dispensé d’évaluation environnementale par le préfet, alors que le projet se situe en Znieff (Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique, Ndlr) », déplore de son côté Anthony Effroy (SE), conseiller municipal d’opposition à Carrières-sous-Poissy, qui a également voté contre le projet. De ses études, le Siaap conclut, lui, à « un impact très faible, voire négligeable, de l’unité pilote sur ­l’environnement ».

Élue d’opposition dans la commune de Triel-sur-Seine, Sophie Kérignard (SE), rejoint le constat de son homologue carriérois. En séance municipale, elle a invité Cédric Aoun à émettre à son tour une opposition au projet Cométha. « Peu importe l’avis que j’émettrai, c’est le Département qui jugera si ce projet est viable ou pas », répond l’édile. En alternative, ce dernier invite les habitants à poser leurs questions directement aux représentants des deux syndicats qui seront présents, mercredi 10 mars, lors d’un live diffusé sur les réseaux sociaux de la Ville. « C’est une technologie qui va sur le développement écologique au final même si ça peut être une nuisance quand on habite à proximité, moi ce que je veux savoir c’est l’impact réel que ça a par rapport à la plus-value environnementale que ça peut avoir. […] », explique Cédric Aoun.