Au mois de décembre 2020, l’Agence des espaces verts de la région d’Ile-de-France (AEV) a acté son projet de vendre la ferme de la Haye à l’actuel exploitant agricole, comme le rapportaient les Echos à la fin du mois de janvier. Ce dernier, Fabien Frémin, ne cessait d’indiquer ses ambitions de rachat, depuis son arrivée aux Mureaux en 2008. Si jusque-là l’agriculteur a bien développé sa production biologique sur les 20 hectares de la ferme, le bail rural qu’il a signé avec la Région ne lui permettait pas d’investir pleinement les lieux. De son côté, l’AEV met en avant son désir de « rendre la terre aux agriculteurs ».

« Ici, le but c’est de lui céder les terres et de lui permettre de développer son exploitation en agriculture biologique, explique de cette cession Anne Cabrit (LR), la présidente de l’AEV et conseillère régionale. Elle est située en zone périurbaine et il s’agit d’une production locale, l’agriculteur cochait donc toutes les cases du pacte agricole qu’on a lancé au niveau de la Région. »

Dans les serres où il plante laitues et carottes, Fabien Frémin, peut désormais se projeter. Pour lui, qui exploite le site, situé entre la Seine et la rue de la Nouvelle France, comme locataire depuis maintenant plus de dix ans, cet accord est « un nouveau souffle ».

« Les premières années, 2009,2010, c’était un peu la misère », se souvient Fabien Frémin. À son arrivée dans la plaine des Mureaux en septembre 2008, l’agriculteur signe un bail précaire avec la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer). « C’était un truc où on pouvait nous dégager à tout moment, on n’avait pas l’irrigation, j’ai eu deux ans sans trop savoir où j’allais », raconte-t-il.

Ce n’est qu’à la fin de l’année 2010 que Fabien Frémin devient attributaire de 10 hectares de la ferme, pour une durée de 18 ans. En 2013, une extension de la station épuration des Mureaux vient finalement le ponctionner de 8 000 m². Pas de quoi pour autant démoraliser l’agriculteur, qui profite du départ de l’un de ses voisins pour signer un nouveau bail d’exploitation sur 10 hectares supplémentaires. En 2017, la famille Frémin monte également sur place une boutique, où elle vend ses fruits et légumes biologiques ainsi que d’autres produits, issus de producteurs locaux d’Île-de-France.

« J’ai toujours eu la volonté d’avoir un quelque chose à moi parce que rien que pour faire des travaux c’est compliqué quand on n’est pas chez soi », détaille Fabien Frémin, l’acquéreur de la ferme de la Haye.

Mais ces dernières années, les ambitions de l’agriculteur sont rattrapées par son statut de locataire, notamment pour obtenir des prêts bancaires. « J’ai toujours eu la volonté d’avoir un quelque chose à moi parce que rien que pour faire des travaux, c’est compliqué quand on n’est pas chez soi, détaille Fabien Frémin. Ne serait-ce que pour la boutique, c’est typiquement une grosse année de procédure, aussi, on a installé des serres supplémentaires mais les conditions du bail veulent qu’elles doivent être entièrement démontables et ça nous freine quand même pas mal. »

Une fois propriétaire, l’agriculteur compte investir notamment dans une station de lavage, ainsi que dans une nouvelle serre qui « apportera plus de confort de travail et permettra d’améliorer la qualité des produits ». Selon l’AEV, la vente du corps de ferme et de ses terres pour 740 000 euros pourrait être finalisée « dans le courant de l’année ou du moins au dernier trimestre 2021 ».

« Pendant plusieurs années, les agriculteurs mettent en place des outils et développent une production économiquement viable. Mais les banques ne suivent plus leurs investissements au motif qu’ils sont locataires. Il devient à ce moment-là important de leur permettre d’accéder au foncier et de jouir pleinement de leur outil de travail, la terre, avec notamment pour ambition une transmission aux générations suivantes », estime de son côté Anne Cabrit.

Du côté de la Ville des Mureaux, qui possède non loin de la ferme de la Haye, la Maison de la terre et quelques 5 hectares de terres (non compris dans cette cession), son maire, François Garay (DVG), assure qu’il « n’est pas hostile » à la vente. L’édile espère toutefois que la vocation agricole des terres sera préservée. « Je veux dire par là que si demain il veut s’en aller, il ne faut pas faire n’importe quoi », note François Garay, en rappelant le tournant qu’avait pris le site lorsque après une vente à la fin des années 2 000, il avait failli être transformé en circuit de ­Formule 1.

De cela, la présente de l’AEV précise que la vente est soumise à « un cahier des charges strict établi par la Safer d’Île-de-France » pour pérenniser l’exploitation agricole. « Il garantit pendant 30 ans la vocation agricole de ces terres. Concernant le modèle agricole, s’il y a repreneur, ce sera à l’agriculteur de décider de son type d’exploitation », rassure Anne Cabrit.