« Les citoyens qui ouvrent leur robinet ne mesurent peut-être pas le chemin qui a été fait sur cette question depuis une vingtaine d’années. » Ce jeudi mercredi 17 mars, à l’occasion de la signature du contrat territorial eau et climat (CTEC) 2019-2024 entre Suez, l’agence de l’eau Seine-Normandie et la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, le président de cette dernière, Raphaël Cognet (LR), ne cachait pas sa satisfaction quant aux actions menées pour améliorer la qualité de l’eau autour du champ captant de Flins-­Aubergenville.

Ainsi, les trois signataires encouragent notamment les agriculteurs des parcelles situées à proximité, à se convertir à l’agriculture biologique, afin de diminuer la teneur en pesticides et nitrates. Un dispositif qu’ils souhaiteraient étendre aux trois autres aires d’alimentation de captages prioritaires : Rosny-Buchelay, Verneuil-Vernouillet et Saint-Martin-la-Garenne.

Le champ captant de Flins-Aubergenville « compte 35 forages, […] produit aux alentours de 25 millions de m³ d’eau et il alimente plus de 500 000 habitants de tout l’Ouest-parisien, des Yvelines, mais aussi des Hauts-de-Seine », souligne Olivia Amozig-Bellot, directrice de la région Paris Seine Ouest pour Suez, ce qui représente une superficie d’environ « 10 000 ha ».

Maire d’Aubergenville et également vice-président à GPSEO chargé de l’assainissement et du cycle de l’eau, Gilles Lécole (LR), précise des problématiques rencontrées : « Aujourd’hui on retrouve des traces de pesticides, de nitrates liés à l’activité humaine au sens général, il ne s’agit pas de stigmatiser le monde agricole. […] On retrouve encore aujourd’hui dans les sources, les nappes [phréatiques] des produits qui sont interdits depuis 2004. »

Les actions menées sont principalement « accompagner tout le monde agricole dans des démarches vertueuses, les accompagner par des actions de formation, par des actions de soutien économique, […] et puis c’est aussi un engagement pris pour porter les communes, aider les communes à destination des cantines puisque nous souhaitons aussi, nous maires, œuvrer pour que nos enfants dans les cantines puissent avoir ­accès à une alimentation de qualité », poursuit l’élu.

« Il faut savoir qu’en agriculture on fait une production par an, donc par rapport à d’autres secteurs ça peut expliquer une certaine inertie », explique le Guervillois Marc Barrier des changements dans le monde agricole.

Le montant de ces actions est estimé à 1,4 million sur quatre ans « destiné plutôt à de l’animation territoriale et une bonne connaissance des enjeux, pour que chacun puisse en prendre connaissance, mais il porte en germe éventuellement des aides directes aux exploitants agricoles », détaille Nathalie Evain-Bousquet, directrice des programmes et interventions de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. Pour les cinq dernières années, l’Agence de l’eau Seine-Normandie a investi « de l’ordre de 140 000 euros » pour des mesures de protection de la ressource. Elle envisage également de débloquer trois millions d’euros d’aides aux agriculteurs pour « la conversion et le maintien en agriculture biologique », mais aussi « le paiement rendu pour services ­environnementaux ».

Car depuis 2019, un groupe de travail réunit les signataires ainsi que des agriculteurs pour réfléchir à un moyen de baisser la teneur en nitrates et micropolluants. Sur les 10 000 ha d’aire du champ captant de Flins-Aubergenville, la surface agricole utile représente 1 500 ha. «  Grâce à ce contrat on a pu accompagner plusieurs agriculteurs vers une conversion à l’agriculture biologique, note Olivia Amozig-Bello. Ça représente, en 2019, 137 ha, soit 9 % de la surface agricole utile et 27 % de cette surface fait aussi l’objet d’études actuellement sur de la conversion au bio. »

Parmi les agriculteurs faisant partie du groupe de travail, le Guervillois Marc Barrier fait savoir que cette condition a été déterminante pour son passage en agriculture biologique. « Il faut savoir qu’en agriculture on fait une production par an, donc par rapport à d’autres secteurs ça peut expliquer une certaine inertie, explique-t-il des changements dans le monde agricole. […] Si on a une contrainte technique, qui nous amène à faire quelque chose qui n’est pas valorisable dont la société ne veut pas particulièrement […], il faut se rendre compte qu’on a une perte de rentabilité sur une année complète. »

Le contrat Eau et climat a permis d’identifier sur chaque aire d’alimentation de captage les teneurs en nitrates et pesticides. À titre d’exemple, les concentrations actuelles sur Flins-Aubergenville sont comprises entre 25 et 40 mg/L d’eau brute (non traitée, Ndlr) pour les nitrates et est inférieure à 0,5 µg/L pour les pesticides. L’objectif affiché par le CTEC est de passer à une teneur inférieure à 25 mg/L pour les nitrates et de 0,25 µg/L pour les pesticides. « Pour chacune on adapte l’action et les ambitions du territoire », complète Nathalie Evain-Bousquet. Elle insiste toutefois sur un point : « Ce qu’on vise ce n’est pas forcément le zéro mais une teneur qui est compatible avec la production d’eau potable. »

« Neuf agriculteurs ont été accompagnés par Suez, dont plus de trois en conversion bio », assure Olivia Amozi-Bellot. « Il faut voir les choses un peu différemment, indique pour sa part Marc Barrier. […] Le fait que certains y passent, […] ça permet aux autres d’observer la méthode et ça permet aussi d’observer chacune des composantes de la méthode. Aujourd’hui j’ai des agriculteurs qui sont en conventionnels qui ne sont pas encore ou ne passeront peut-être pas au bio, mais qui viennent voir quelles méthodes de désherbage j’utilise pour limiter l’utilisation d’herbicides sur leurs terres en conventionnel. »