L’important dispositif policier, déployé sur les lieux du crime, a rappelé des souvenirs douloureux aux habitants du quartier des Bougimonts. Ce jeudi 25 mars, l’avenue Aristide Briand a été entièrement bouclée, pendant une bonne partie de la soirée, pour permettre la reconstitution du meurtre de Moustapha, ce père de famille de 44 ans, dont le corps avait été retrouvé le 23 décembre 2019 dans le Parc du Sautour. En présence des trois suspects mis en examen dans cette affaire, dont le tueur présumé, les enquêteurs ont retracé minute par minute, geste par geste, la chronologie du crime.

« Cette reconstitution a été ordonnée par la juge d’instruction », fait savoir une source policière. Jusque-là, les services de police s’étaient montrés plutôt discrets sur la tenue de l’évènement. Seuls les voisins proches de la scène de crime avaient été prévenus par une affiche. « On ne sait pas comment peut réagir la population locale, même s’il ne devrait pas y avoir de problème à priori », ­poursuit cette même source.

Jeudi, vers 18 h, la nouvelle semblait s’être tout de même bien répandue, en voyant la cinquantaine de personnes installée de l’autre côté de la rue, ou observant la scène depuis les fenêtres. Et pour cause, ici, personne n’a oublié.

Dans la soirée du dimanche 22 décembre 2019, la police avait été prévenue, par l’épouse de la victime, de la disparition inquiétante de son mari ainsi que des traces de sang retrouvées devant leur domicile. Interpellé dès le lendemain, l’un des voisins, à l’époque âgé de 23 ans, avait avoué avoir poignardé Moustapha. Son corps avait été retrouvé tardivement le lundi soir, après une battue ­citoyenne.

Ce jeudi 25 mars, l’avenue Aristide-Briand a été entièrement bouclée pendant une bonne partie de la soirée.

« Ils vont reprendre tout ce qui s’est passé ici et ils devraient aller au Sautour après », confie l’un des amis de la famille de la victime, à quelques mètres du portail où Moustapha a perdu la vie. Immobile, le regard fixe, depuis plus d’un an le souvenir de la découverte du corps de son ami ne le quitte pas. « On a cherché partout, de 8 h à 23 h, pour le retrouver: des gens nous avaient dit qu’ils avaient vu sa voiture [du suspect] dans ce coin-là donc on a suivi sa trace », raconte-t-il très ému.

Les témoignages recueillis par la police avaient permis d’établir qu’un conflit opposait les deux hommes. Le père de famille reprochait à son voisin de harceler sa fille, une adolescente. Lors de la reconstitution et sous les indications de la juge d’instruction, le meurtrier présumé reproduit ses gestes. Dans le rôle de sa victime, un homme lui fait barrage à l’entrée de son allée et montre les poings en position de défense. Derrière la bâche de confidentialité de la police, on distingue le suspect mimer des coups de poings avant de brandir un ­couteau sous la carotide de sa ­victime.

Une scène à laquelle n’ont pas assisté les riverains, sommés à 19 h de regagner leur domicile, sous peine d’être sanctionnés d’une amende pour non-respect du couvre-feu. « On ne bouge pas, pas aujourd’hui ! », répond-t-on de l’autre côté du trottoir. Quelques minutes plus tard, la rue était ­entièrement vidée dans le calme.