« Je ne suis pas dans le trafic », assure L., présenté devant le tribunal correctionnel de Versailles mercredi 14 avril pour « transport, détention et usage de stupéfiants ». Pas de son avis, « puisque sans transporteurs, les réseaux locaux ne seraient pas alimentés », les juges ont condamné l’implication du Mantais à travers une peine de trois ans de prison ferme, avec mandat de dépôt, assortie de six mois de sursis ­probatoire.

Âgé de 28 ans et originaire du quartier du Val Fourré, il avait été arrêté le 8 mars dernier au péage de Saint-Arnoult tandis qu’il revenait de la région toulousaine où il avait fait l’acquisition de 11 kilos de résine de cannabis. Présenté en comparution immédiate le lendemain, ce dernier avait demandé un délai pour préparer sa défense.

Cette dernière a consisté à reconnaître l’ensemble des faits qui lui étaient reprochés sans pour autant en dire davantage sur l’identité de ses éventuels complices. « Je vis dans un quartier sensible, pour moi et ma famille, c’est dangereux », explique l’homme qui habite chez sa mère. « Moi, je peux comprendre quand il vous dit qu’il assume les conséquences de ses méfaits, mais qu’il pourra se regarder dans la glace en se disant qu’il n’est pas une balance », abonde son avocat, maître Alexandre Simonin.

Selon lui, le prévenu aurait accepté d’assurer le transport de drogues pour éponger une partie d’une dette de 3 000 euros. « Là c’était pour 1 000 euros, mais si je savais que je transportais 11 kilos je n’aurais pas accepté », regrette-t-il finalement.

Le 7 mars, vers 12 h, le Mantais prend la route en direction de Toulouse (Haute-Garonne) à bord d’une Clio de location, empruntée au nom de l’un de ses amis. « Quand je suis arrivé au point de rendez-vous, je suis resté dans la voiture, il [le fournisseur] m’a mis le sac dans le coffre et je suis reparti », assure-t-il. Il sera finalement ­arrêté sur le trajet du retour, vers 2 h du matin, après un contrôle de douane au péage yvelinois. « Il s’est soumis au contrôle, et a indiqué aux agents qu’il transportait de la drogue », note la juge du rapport des gendarmes. En ouvrant le coffre de la Clio, les douaniers trouvent alors un sac contenant un peu plus de 11 kilos de résine de cannabis répartis en plusieurs ­paquets annotés « les bonnes Kush ».

En tout, près « de 40 000 euros à la revente du produit », estime le procureur. Au moment de contraindre le prévenu à une amende à la hauteur de valeur de la marchandise, le tribunal a fixé le montant à « 22 000 euros ».

L’avocat du prévenu a notamment insisté sur la collaboration de son client lors de son arrestation et de son rôle de « fantassin envoyé à l’abattoir », pour proposer une peine réduite aux trois années demandée par le ministère public. « Ce ne sont pas les têtes de réseaux qui prennent le risque de transporter les grandes quantités de drogue, proteste l’avocat. Si on pense que celui-ci est au centre d’un trafic, pourquoi il n’y a pas eu d’information judiciaire d’ouverte, comme c’est parfois le cas pour des quantités bien moindre ? On ne peut pas avoir une ­lecture à deux vitesses. »