Relancer les activités en gare. Tel est l’objectif de l’appel à projets Challenge Gares de demain proposé en région francilienne par SNCF Gares et Connexions et Île-de-France mobilités, dans le cadre du dispositif national 1001 Gares lancé en 2019. Le principe consiste à proposer aux porteurs de projets, des locaux disponibles dans les gares de grande couronne pour y développer une activité. Sur les 35 gares pilotes concernées, cinq sont en vallée de Seine. Il s’agit des gares de Chanteloup-les-Vignes, Vaux-sur-Seine, Triel-sur-Seine, Gargenville et Nézel. Elles ont notamment été retenues en raison du fait qu’elles accueillent moins de 1 500 passagers par jour. Contactés, la plupart des maires et élus semblent ravis de l’initiative qui permettrait d’apporter de nouvelles activités, voire de nouveaux services, en ville.

« Pour les Vauxois c’est une très belle occasion de voir arriver en gare un peu d’animation, de nouveaux services et des commerçants […]. Cela dynamise la Ville donc c’est une très bonne chose », affirme le conseiller municipal délégué aux commerces, aux entreprises et à l’artisanat à Vaux-sur-Seine, Arnaud Rousseau, en insistant sur la proximité de la gare et du centre-ville. Selon le site internet de l’appel à projets, garesdedemain.1001gares.fr, la gare de Vaux-sur-Seine accueille quotidiennement 584 voyageurs. La superficie totale disponible est, elle, de « 225 m² ».

Cet enthousiasme ne surprend pas SNCF Gares et Connexions qui insiste sur les difficultés de ces gares à développer des activités. « Dans les gares plus grandes, vous trouvez facilement des enseignes commerciales [comme] tout ce qui est presse ou petite restauration. Vous avez des chaînes qui peuvent s’intéresser à des locaux qui voient passer de nombreux voyageurs toute la journée. Là, on est sur des gares qui ne sont pas suffisamment grandes pour attirer les enseignes traditionnelles. C’est donc plutôt un dispositif qui vise justement à donner un coup de projecteur sur ces gares », prévient-elle en insistant sur le fait que la superficie par projet peut aller « jusqu’à 130 m² ».

Pas de quoi décourager pour autant les élus des communes concernées. « On souhaiterait autant que possible qu’il y ait un espace de coworking, des choses qui ont attrait à la mobilité, au vélo ou des services à la personne, de la conciergerie, de la cordonnerie, des choses comme cela », énumère Arnaud Rousseau des activités qu’il espère voir créer en gare.

Le conseiller municipal vauxois n’est cependant pas le seul à imaginer les projets qui pourraient se monter en gare. C’est également le cas de la conseillère municipale déléguée à la transition durable et solidaire à Triel-sur-Seine, Françoise Poirrier. Selon le site internet Gares de demain, la superficie totale disponible dans cette gare, comprenant un rez-de-chaussée et un étage, est de « 219 m² ». Le nombre quotidien de ­voyageurs est, lui, estimé à 917 passagers.

« Au-rez-de-chaussée, on aimerait installer ce qu’on va appeler une conciergerie et, en même temps, on pourrait faire café et croissant le matin pour les voyageurs […]. On avait pensé à faire un peu comme un market-place, c’est-à-dire par exemple vous arrivez le matin, vous leur donnez une liste de courses et le soir vous revenez et vous récupérez votre panier avec des choses qui ont été achetées à Triel, en local », déclare Françoise Poirrier en envisageant également un atelier de réparation de vélos, ou encore un stand ­d’exposition pour les artisans ­locaux.

« Cela c’était pour la partie rez-de-chaussée, vraiment quelque chose d’un peu marchand parce qu’il va y avoir beaucoup de transit, poursuit-elle. Au niveau du premier étage [dont les pièces sont en enfilade], on pensait, au fond, rassembler trois ou quatre pièces pour en faire un espace de coworking. Et, dans les pièces qui sont un peu plus près [de l’escalier], garder les espaces en petite pièces pour faire des salles de réunions disponibles pour les habitants, les T­riellois, la mairie, les associations, etc. »

De telles idées réjouissent en tout cas SNCF Gares et Connexions qui affirme travailler en étroite collaboration avec les municipalités concernées. « On rencontre régulièrement les maires », affirme la société de transports en précisant que, si dans certains cas SNCF Gares et Connexions et Île-de-France mobilités sont venues à leur rencontre pour leur parler de l’appel à projets, il est également arrivé que l’inverse se produise. « Dans certains cas, des contacts ­existaient [déjà] avec les maires qui nous ont dit, il y a plusieurs mois, qu’ils avaient des idées, des propositions à nous faire », ajoute SNCF Gares et Connexions.

« Pour les Vauxois c’est une très bonne occasion de voir arriver en gare un peu d’animation, de nouveaux services et des commerçants », affirme le conseiller municipal délégué aux commerces, aux entreprises et à l’artisanat à Vaux-sur-Seine, Arnaud Rousseau.

C’est le cas de l’édile nézellois, Dominique Turpin (SE), qui affirme avoir réfléchi dès 2001, alors qu’il était adjoint au maire, aux projets pouvant être abrités au sein de la gare de Nézel-Aulnay, qui voit quotidiennement 143 voyageurs par jour. Cela dit, sa porte est fermée depuis « des années ». Bien qu’il soit ouvert à toutes les propositions sur un espace disponible total de « 120 m² », l’édile avait notamment en tête, en se rapprochant de SNCF Gares et Connexions, l’idée de s’inspirer de l’histoire maraîchère de la commune pour en faire un lieu permettant de préparer des produits locaux pour la restauration scolaire.

« On a nos enfants à l’école à qui on voudrait donner des bonnes choses à manger et donc on était plus [à se demander] : « est-ce-que [la gare] peut servir de relais pour les circuits courts, peut-être développer ces services au bénéfice des élèves ? » », s’était-il imaginé avant de conclure : « On a un peu approfondi le sujet et cela semble quand même être un peu hors de portée, ou alors il faudrait vraiment réussir à trouver d’autres communes pour partager cela à plusieurs, mais cela semble démesuré finalement. » En revanche, l’édile n’est pas contre le fait d’imaginer des animations ponctuelles avec les scolaires « pour [leur] faire goûter les fruits [locaux] ».

Pour renforcer ces idées, Dominique Turpin a donc lancé une consultation citoyenne dont les résultats sont en cours de dépouillement. Parmi les idées proposées, la proposition de création d’une maison médicale ou d’un espace de coworking a été soulevée. « On est sensible à tout ce qui est lien intergénérationnel », affirme l’édile en précisant qu’il serait envisageable de développer un espace de coworking mais dans lequel des « ateliers d’inclusion numérique » seraient possibles pour permettre aux personnes ayant des difficultés à se servir d’internet d’être « épaulées par des plus jeunes ».

« À Nézel, le maire a plein d’idées, fait un travail un peu collaboratif avec des gens autour de lui pour monter le projet. On compte ­beaucoup sur le dynamisme des acteurs locaux pour porter des projets qui ont un réel intérêt pour les habitants et les voyageurs », se réjouit SNCF Gares et Connexions de l’initiative citoyenne lancée à Nézel. Outre la volonté de relancer l’attractivité en gares, la société de transports ferroviaires espère effectivement ­attirer aussi de nouveaux clients.

« On a perdu, à peu près, la moitié des voyageurs avec la crise sanitaire, indique SNCF Gares et Connexions. Avec Île-de-France mobilités, nous partageons l’objectif de redonner envie de train après la crise sanitaire. Proposer de nouveaux services en gare, une nouvelle vie, un petit commerce de proximité, des choses qui favorisent la vie au quotidien, oui, on espère que cela fera venir plus de voyageurs, ça c’est sûr. »

La gare de Nézel-Aulnay accueille, chaque jour, 143 voyageurs.

Cette augmentation du nombre de voyageurs pourrait également être constatée à Chanteloup-les-Vignes qui est actuellement fréquentée par 1 322 passagers par jour. La superficie totale disponible dans cette gare est de « 304 m² ». Contactée à ce sujet, la Ville n’a pas répondu à nos sollicitations dans les délais impartis à publication. Quoi qu’il en soit, pour faciliter l’implantation des porteurs de projets, un communiqué de presse du 18 mars de SNCF Gares et Connexions et Île-de-France mobilités indique que « les travaux de mise à disposition des locaux seront financés à 100 % par Île-de-France mobilités ».

Les porteurs de projets ont jusqu’au 16 mai pour manifester leur intérêt via le site Challenges Gares de demain. La candidature complète est, elle, à adresser avant le 30 juin et doit notamment comprendre une proposition sur la ­durée du bail, comprise entre cinq et 20 ans. « La manifestation d’intérêt permet aux mairies et aux porteurs de projets de travailler avec nous le dossier de candidature, précise SNCF Gares et Connexions. S’il n’y a pas de manifestation d’intérêt avant le 15 mai, on peut toujours déposer un dossier de candidature mais l’accompagnement sera peut-être un peu moins fort pour des raisons de temps et d’organisation. »

Les locaux disponibles étant privés, le maire de Gargenville, Yann Perron (SE), insiste sur son rôle consultatif. « Je peux donner quelques éléments pour aider à la décision [mais] évidemment, je ne suis pas décisionnaire […]. Si on me demande de participer à la prise de décision, je donnerais un petit peu mon sentiment quant aux offres et ce sera avec plaisir », confie-t-il.

Affirmant ne pas encore savoir si des propositions ont d’ores et déjà été faites, concernant la gare située sur sa commune et qui accueille chaque jour 626 voyageurs, le maire gargenvillois se dit en tout cas « impatient » à l’idée de le savoir. « Je suis très curieux de savoir qui va postuler et pour quel type d’activités », affirme-t-il en précisant qu’ « en aucun cas la municipalité se voyait ouvrir un service dans cet emplacement » dont la superficie disponible dans le cadre de l’appel à projets est de « 195 m² ».

Dans le cas où l’appel à projets serait une réussite sur ces gares pilotes, SNCF Gares et Connexions envisage d’étendre le programme Challenge Gares de demain à d’autres gares. « C’est vrai que si cela fonctionne bien, on a une deuxième liste qu’on activera […], précise-t-elle en insistant sur le fait que, dans la région Île-de-France, une « centaine » de gares ont des locaux vacants. On préfère faire des vagues d’appels à projets pour […] bien accompagner ces projets. Mais, si cela marche bien, dans les prochaines années, on pourrait lancer une deuxième ou une troisième vague. Attendons de voir ce que donne la première vague mais, en effet, on pourrait aller encore plus loin. »