Les 20 et 27 juin prochains se tiendront les élections régionales visant à renouveler les conseillers régionaux d’Île-de-France. Cette année, huit candidats sont en lice pour prendre ou reprendre la tête de la deuxième région la plus riche d’Europe. À presque un mois du premier tour, La Gazette s’est intéressée a détailler les grandes propositions de chaque liste avec leurs représentants dans les Yvelines.

Si les priorités sont évidemment divergentes, pour tous, les thèmes du transport et des mobilités sont indéniablement centrales dans cette campagne. La tarification du Pass Navigo, la rénovation et dessertes des lignes de trains, les mobilités douces : autant de spectres qui composent les programmes et qui pourraient être de véritables juges de paix dans les urnes.

Comme pressenti, Valérie Pécresse (Libres) sera bien candidate à sa succession. L’actuelle présidente de Région a officialisé la chose jeudi 6 mai en lançant sa campagne depuis une conférence en ligne aux côtés de son vice-président et élu d’opposition à Trappes, Othman Nasrou (Libres). Ils avaient été précédés deux jours plus tôt par l’ancienne maire d’Evecquemont, Ghislaine Senée (EELV), qui conduit la section yvelinoise de la liste ­écologique de Julien Bayou (EELV).

Pour sa seconde campagne Valérie Pécresse annonce désormais « l’acte II » de sa « révolution des transport» en priorisant l’investissement sur les RER B,C,D et E.

Toujours à gauche sur l’échiquier politique, l’adjointe PS à la ville de Paris, Audrey Pulvar, était l’une des premières à s’être déclarée candidate. Elle sera secondée dans les Yvelines par Dieynaba Diop (PS), adjointe aux Mureaux depuis 2008 et porte-parole du PS. Clémentine Autain (LFI) sera quant à elle la candidate de La France insoumise, dont les têtes de liste départementales seront l’ancienne maire de La Verrière, Nelly Dutu (PCF), et le conseiller municipal de ­Guyancourt, ­Sébastien Ramage (LFI).

Dans le cadre de cet article, Sébastien Ramage (LFI), candidat numéro 2 de l’échelon départemental s’est fait le porte voix de sa tête de liste, Nelly Dutu (PCF), souffrante.

Nathalie Arthaud sera également candidate pour Lutte ouvrière, avec Jean-Pierre Mercier (LO) en lice dans le département. De son côté, la majorité présidentielle serait représentée par Laurent Saint- Martin (LREM) et le député yvelinois, Jean-Noël Barrot (MoDem). Jordan Bardella (RN) se présente quant à lui pour le Rassemblement national. Dans les Yvelines, Olivier Gallant (DLF) sera le candidat de Debout la France dont Alexis Villepelet (DLF) est la tête de liste régionale.

Jean-Pierre Mercier (LO) mènera la liste Lutte Ouvrière dans les Yvelines dont la tête de liste régionale est Nathalie Arthaud(LO).

En 2015,Valérie Pecresse avait enlevé le scrutin régional en promettant « la révolution des transports ». Après plus de 24 milliards d’euros investis d’ici 2025 sur cette compétence durant son premier mandat, la présidente de la région Île-de-France s’enorgueillissait, jeudi dernier, d’un bilan qui a fait gagner « du temps, du confort et de la dignité aux ­territoires ».

« On a acheté 700 nouvelles rames, on a arrêté d’acheter des bus diesel et lancé un grand nombre de chantiers de tramway, de prolongations de métros et de modernisation de RER », détaille-t-elle à ce propos.

Pour sa seconde campagne elle annonce désormais « l’acte II » de cette révolution en priorisant l’investissement sur les RER B,C,D et E. « Cette révolution c’est d’abord doubler en nombre de kilomètres le réseau de transports d’ici la fin du prochain mandat », promet Valérie Pécresse qui souhaite également acquérir du nouveau matériel roulant et automatiser les RER B,C et D.

« A la fin du mandat, c’est la gratuité totale des transports en commun pour l’ensemble des Franciliennes et des Franciliens », assure Dieynaba Diop (PS).

Cela dit, en ce qui concerne cette « révolution », pour bon nombre de candidats « le compte n’y est pas  ». S’appuyant sur les inégalités sociales de la Région et du département des Yvelines, la liste de rassemblement de gauche, Île-de-France en commun, emmenée par Audrey Pulvar prône la gratuité, progressive, des transports. « Pour nous, c’est une des mesures phares, lance Dieynaba Diop le 6 mai. C’est à la fois une mesure de justice sociale et de pouvoir d’achat parce qu’on sait que le budget des transports c’est ce qui coûte le plus aux familles. »

Comme l’imagine la porte-parole du PS, cette gratuité concernerait en premier lieu les moins de 18 ans, les chômeurs puis les seniors. « On en rajoute tous les ans, par étapes successives, et à la fin du mandat, c’est la gratuité totale des transports en commun pour l’ensemble des Franciliennes et des Franciliens », assure la candidate yvelinoise.

Une proposition jugée « d’illusion anti-écologistes » par la présidente sortante objectant qu’il « faudrait trouver quatre milliards d’euros et on ne sait pas où les trouver ». Le budget transport étant l’un des premiers chefs de dépenses, mais aussi de recettes de la collectivité, un tel changement nécessiterait effectivement de compenser cette perte avec d’autres sources de revenus. Pour sa part, Dieynaba Diop estime à « 2,5 milliards d’euros le trou à combler » et propose ainsi de taxer les entreprises les plus polluantes grâce aux dispositions légales que permet la loi climat et résilience.

Jordan Bardella (RN) est la tête de liste régionale pour le Rassemblement national.

Confiant que la recherche de la gratuité est un objectif « sur le long terme », Sébastien Ramage détaille également la tarification du Pass Navigo proposée dans le programme de Clémentine Autain : « Nous, on commencerait par les deux publics les plus précaires qui sont les retraités en situation de précarité et les jeunes de moins de 25 ans. » Contrairement à la proposition d’Audrey Pulvar, la gratuité serait ici dépendante du seuil de revenu de ces publics.

Parmi les priorités de la liste de gauche, on retrouve également la rénovation des voies des RER B et D. « Ce sont ces deux lignes-là qui sont considérées comme des lignes malades par la SNCF, c’est-à-dire des lignes qui sont vraiment carencées en terme d’investissement, explique Sébastien Ramage. Il y a également la question du dédoublement des tunnels à l’intérieur de Paris sur ces mêmes lignes-là qui demanderaient un investissement colossal donc c’est sur cela qu’on va surtout se concentrer et mettre fin à d’autres investissements qui, pour le coup, n’ont pas forcément leur utilité comme le Charles-de-Gaulle Express. »

Du côté de la candidate écologiste et déjà conseillère régionale Ghislaine Senée, « il faut qu’on sorte de cette dépendance à la voiture ». Pour cela, elle propose notamment la création d’un abonnement spécifique qui permettrait d’emprunter l’ensemble des transports en commun avec un seul et unique ticket, de manière à faciliter et encourager ce mode de déplacement.

« Il faut absolument que nous arrivions à apporter une offre de transport public qu’elle soit atour du transport à la demande, autour de la location de véhicules électriques autour de la location de vélo », explique Ghislaine Senée.

« Il y a un vrai travail à avoir sur la desserte fine. Il faut absolument que nous arrivions à apporter une offre de transport public qu’elle soit autour du transport à la demande, autour de la location de véhicules électriques autour de la location de vélo », explique Ghislaine Senée dont le programme prévoit de travailler « sur une offre de ­transport à 15 min de chacun ».

De même, cette dernière s’oppose farouchement aux grands projets d’infrastructures routières prévus en vallée de Seine tels que le pont d’Achères, le viaduc de Gaillon-sur-Montcient, ou le prolongement de la RD190. « Si ce sont les écologistes qui arrivent à la tête de la Région, dans ce cadre-là, il est clair que nous reposerons sur la table la disparition de ces voies et de ces projets […] et nous supprimons les 250 millions qu’elle [Valérie Pécresse] porte aujourd’hui sur des nouvelles infrastructures routières parce que nous pensons aujourd’hui qu’il faut rénover l’existant puisque nous avons déjà un réseau suffisant », assure ­l’ancienne maire d’Evecquemont.

La liste LREM de Jean-Noël Barrot (MoDem ; à gauche ) propose une prime pour l’acquisition d’un véhicule propre.

Alors qu’au mois de juin prochain, les véhicules diesel immatriculés avant 2006 ne pourront plus circuler sur l’A86, la place de la voiture dans le paysage urbain est plus que jamais remise en question dans cette campagne. De son côté, Olivier Gallant répond lui « qu’il faut arrêter de culpabiliser les automobilistes. On n’est pas pour la voiture en disant la voiture c’est bien, on dit simplement qu’il y a des gens en Île-de-France, qui habitent au fin fond des Yvelines où il y a beaucoup de villages, si on va vers Rambouillet ou Epône, où il n’y pas de gares à cinq ou dix kilomètres et pour aller travailler sur Paris ou en proche banlieue, ces gens-là sont obligés de prendre la voiture. Ce n’est pas par plaisir c’est une obligation donc il faut leur faciliter la vie. »

Pour ce faire, la liste emmenée par Alexis Villepelet propose « de faire sauter les dix principaux bouchons de Paris et de la région parisienne » en rajoutant des voies sur certains points noirs. Sur le sujet de la voiture, la liste LREM pense plutôt à la reconversion des véhicules qui circuleront en Île-de-France en proposant une prime à l’acquisition d’un véhicule propre. « Ça réduira de deux tiers le prix de l’acquisition d’un véhicule propre pour un particulier et de moitié pour un professionnel, détaille de cette proposition, Jean-Noël Barrot. C’est une décision qui me semble très importante pour nous autres Yvelinois et singulièrement pour les habitants de la vallée de la Seine puisque cette prime à l’acquisition, elle va pouvoir bénéficier à l’industrie qui ­produit dans les Yvelines. »

Contacté, le candidat départemental de la liste Lutte Ouvrière, Jean-Pierre Mercier, n’a pas répondu à nos sollicitations dans les délais impartis à notre publication. De plus, également contacté, le Rassemblement national n’a pas souhaité nous communiquer le nom du candidat qui conduira la liste dans le ­département des ­Yvelines.

Crédits photo Valérie Pécresse : CAPTURE D’ECRAN LANCEMENT CAMAPGNE VALERIE PECRESSE

Crédits photo Jordan Bardella : CAPTURE D’ECRAN BFM TV