Jeudi 3 juin, à Follainville-Dennemont, de nombreuses voitures étaient stationnées au niveau de l’usine de gestion de l’eau courante implantée en ville au niveau de la rue de Guernes. Cette matinée-là, le traitement par décarbonatation de l’eau a été inauguré et mis en service par la société Veolia eau, en charge de la gestion du site qui approvisionne les communes de Follainville-Dennemont, Guernes, Limay, Porcheville, Issou, un quartier de Juziers et de Guitrancourt, la moitié de Gargenville et l’île de Mézy-sur-Seine soit environ 28 000 habitants. D’après le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) et maire de Mantes-la-Jolie, Raphaël Cognet (LR), ce traitement, visant à réduire la teneur en calcaire dans l’eau courante, était particulièrement attendu par les habitants mais également par les élus.

« Cela fait 30 ans que je me bats. L’eau qu’on boit est très calcaire », indiquait déjà le 16 septembre dernier, en marge de l’inauguration du marché, l’ancien édile de Follainville-Dennemont, Samuel Boureille (SE), de l’importance d’avoir un tel traitement de l’eau courante. Son avis est rejoint par son successeur, Sébastien Lavancier (SE) qui, le 3 juin, n’a pas manqué d’éloges pour décrire les avantages apportés aux habitants grâce à la mise en service de l’unité de décarbonatation. « Fini la corvée du détartrage au vinaigre blanc de nos robinetteries, de nos baignoires, de nos bacs à douches […], fini les produits anti-calcaires », se réjouit-il.

Selon le directeur de territoire chez Veolia eau, Éric de Saint-Martin, cette diminution de calcaire ne signifie néanmoins pas qu’il n’y aura absolument plus de calcaire dans l’eau courante. « Vous aurez toujours un peu de calcaire, prévient-il. Là on va avoir 15 degrés français (unité de mesure de la concentration en calcaire dans l’eau, Ndlr), c’est l’objectif sur le calcaire […]. On était à plus de 25, on perd plus de dix degrés dessus, on est presque à 15 degrés [de perdus]. »

Dans une note publiée sur le site internet de Follainville-Dennemont, la Ville indique qu’en raison du lancement de l’unité de décarbonatation, les habitants peuvent renoncer à l’achat d’un adoucisseur d’eau ou bien le conserver pour diminuer encore davantage la concentration de calcaire d’eau potable : « Dans ce cas, il sera indispensable de faire évoluer le réglage du matériel pour vous prémunir de tout risque de dégradation de la qualité (eau trop adoucie) et des appareils […]. Globalement, il est recommandé de ne pas régler vos équipements domestiques d’adoucissement de l’eau en-dessous de 10 [degrés français] de dureté calcique, une cible à 15 [degrés français] étant souvent recommandée. »

Quoi qu’il en soit, le directeur de territoire chez Veolia eau n’est pas étonné par les teneurs élevées en calcaire avant décarbonatation au niveau de l’usine de Follainville-Dennemont. Au contraire, il y voit une explication toute trouvée. « On pompe dans la craie du Vexin. La craie c’est du calcaire », explique-t-il des trois forages permettant de pomper, à une quarantaine de mètres de profondeur, « 500 m³ par heure » sur la commune de Guernes.

Après prélèvement par trois forages d’une quarantaine de mètres de profondeur sur la commune de Guernes, plusieurs traitements sont réalisés pour purifier l’eau à l’usine de Follainville-Dennemont.

Le traitement par décarbonatation n’est cependant pas le seul traitement auquel est soumise l’eau une fois pompée. « On a quatre traitements qui vont être faits, poursuit Éric de Saint-Martin. Un premier traitement qui est le traitement des nitrates, qui sont plutôt une pollution liée à l’agriculture. C’est, en gros, des engrais. Le deuxième traitement qui, historiquement était déjà en place avant la décarbonatation, c’est le traitement des pesticides. Là, c’est très simple, en fait, on va faire passer l’eau à travers du charbon et le charbon va servir d’éponge. »

En retenant les pesticides, le charbon va ainsi permettre de purifier l’eau. « Les pesticides, là aussi, ce sont des éléments [qui sont] beaucoup liés à l’agriculture. Cela permet de produire plus mais, l’inconvénient, c’est que cela peut laisser des traces dans les nappes phréatiques et donc c’est ce qu’on a retrouvé ici. C’est pour cela que ce traitement a été mis en place mais il a été mis en place depuis le milieu des années 80 (date de création de l’usine de Folainville-­Dennemont, Ndlr). »

Concernant les autres traitements, il s’agit dorénavant de la décarbonation. « On va retenir le calcaire sur des microsables. On va y mettre de la soude, le calcaire va précipiter sur ces petits grains et donc faire des petites billes de calcaire et c’est cela qu’on va extraire et en extrayant cela on va être capable de sortir une eau sur laquelle on aura beaucoup moins de calcaire », poursuit-il. D’après Veolia eau, « 650 tonnes de calcaire » seront extraites chaque année et vont permettre notamment de remblayer les carrières. Le dernier traitement, commun à toutes les usines, concerne, quant à lui, la désinfection de l’eau par les UV ainsi qu’une désinfection par chlore gazeux. « Parfois, vous avez l’impression d’avoir un peu le goût du chlore dans votre eau, c’est normal. C’est fait pour qu’il n’y ait pas de bactéries qui se développent le long du réseau », termine Éric de Saint-Martin.

Le traitement de la concentration en calcaire à Follainville-Dennemont, d’un coût de 2 041 503 euros financé par GPSEO à hauteur de 1 224 902 euros et 816 601 euros par Veolia, n’est cependant pas une nouveauté sur le territoire de la communauté urbaine. Un tel projet a effectivement été lancé par Suez en 2018 à l’usine de Flins-Aubergenville. Interrogé à ce sujet le 21 novembre dernier, à l’issue d’un conseil municipal, l’édile aubergenvillois et vice-président à l’eau et à l’assainissement à GPSEO, Gilles Lécole (LR), affirme que ce traitement a permis d’avoir « une qualité d’eau certaine » et constitue « un vrai plus » dans le confort de vie des habitants.

Deux autres unités de décarbonatation doivent également voir le jour prochainement. « On va inaugurer Buchelay pour toute la zone de Buchelay, affirme Raphaël Cognet. On a aussi un projet à Vernouillet en 2022 pour toute la zone de Vernouillet. » Dans un communiqué de presse du 27 mai, GPSEO indique que l’usine de Buchelay, qui ouvrira en « octobre 2021 » concernera 57 000 habitants répartis sur les communes de Mantes-la-Jolie, Buchelay, Magnanville, Soindres et Ronsy-sur-Seine. D’après GPSEO, son coût est de 3 000 323 euros hors taxe financé à hauteur de 2 183 722 euros hors taxe par la communauté urbaine et 816 601 euros hors taxe par Veolia.

La décarbonatation à Vernouillet, elle, sera mise en route soit « fin octobre 2022 soit fin d’année 2022 ». Son coût de 4 700 000 euros hors taxes est financé intégralement par GPSEO. Elle concernera, cette fois-ci, 27 000 habitants répartis sur les villes de Vernouillet, Verneuil-sur-Seine et Chapet. « On est en train de regarder sur l’Est du territoire parce que l’eau est moins calcaire sur l’Est et, du coup, on ne sait pas si on aura besoin [d’unités de décarbonatation] mais, à termes, l’idée, c’est de rendre ce service le plus possible », conclut Raphaël Cognet.