Le plan de licenciement de six salariés est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le 8 juin, une dizaine d’employés, sur les 27 que compte l’association La Pierre blanche dédiée à l’accueil, l’hébergement et l’accompagnement des personnes en situation de précarité et notamment des demandeurs d’asile, a fait grève devant le bateau « Je sers » dans lequel se déroulait, en parallèle, un conseil d’administration. Tous dénonçaient une mauvaise gestion de la comptabilité perturbant leurs missions et exigeaient le départ du président de l’association, Hubert Behaghel, et du trésorier. Ils ont obtenu gain de cause.

« L’association se trouve dans une situation très délicate au point que, dans notre fonctionnement de tous les jours, on en subit les conséquences puisqu’on nous dit « l’association n’a plus d’argent, il faut limiter les dépenses » […]. On est au point qu’on n’arrive même plus à payer nos fournisseurs », affirme le délégué suppléant du personnel et responsable de la banque alimentaire de l’association, Olivier Denis, qui craint pour le devenir de l’association. « Même si personne n’en parle dans la gouvernance, on a les yeux pour voir, les oreilles pour entendre. L’audit de la préfecture, s’ils découvrent des choses graves au niveau de la comptabilité, l’association ne va pas s’en remettre », se désole-t-il en reprochant la ­situation à la direction.

« Les difficultés sont réelles, il y a effectivement un problème de trésorerie. Cela s’explique en partie par [le fait] qu’on a eu un problème sur un bateau. On a dû racheter un bateau l’année dernière et, peut-être que l’erreur a été de ne pas trouver le financement donc on a tapé dans la trésorerie […]. On a [aussi] perdu une part de subvention sur l’hébergement sur le bateau […], en gros l’État a modifié légèrement ses règles », se défend de la gestion comptable de l’association le président au lendemain de sa démission, en expliquant que les comptes de La Pierre blanche sont vérifiés par un expert-comptable et un commissaire aux comptes.

Des représentants de la CGT de l’union locale de Poissy sont venus soutenir les salariés en grève durant leur mobilisation devant le bateau « Je sers » appartenant à La Pierre blanche.

D’après Hubert Behaghel, qui justifie sa démission par une « accumulation » de problèmes et de mésententes avec « un petit groupe dans l’association », le déficit de l’association en 2020 était de l’ordre de « 100 000 euros » et les prévisions pour cette année sont « un peu plus graves ». De ce fait, la passerelle santé de l’association pourrait fermer. « L’activité qui est menacée chez nous, c’est l’accueil santé, là, on ne va pas pouvoir maintenir. En tout cas, ils (les membres du conseil d’administration, Ndlr) réécriront la page mais, là, cela va être compliqué », affirme-t-il en ajoutant que la démission du trésorier était, elle, déjà prévue avant la grève.

D’après une secrétaire médicale membre de l’association et voulant rester anonyme, l’activité sur le pôle santé est pourtant essentielle. « Ceux qui viennent pour leur santé, ils sont contents parce que les médecins ne sont pas comme les médecins d’un cabinet standard, on prend le temps avec ces personnes, on a un suivi de ces personnes […]. Le seul bonheur qu’on peut avoir c’est de voir leur bonheur sur leur visage […] parce qu’ils se sont dits « ok, on m’a écouté, on a compris ce que j’avais et je vais être pris en charge », déclare-t-elle. Chaque semaine, environ « 30 à 40 ­personnes » consultent le pôle santé de l’association dont « 24 » en moyenne pour des consultations auprès des deux médecins.17

La présence de bénéficiaires de l’association au rassemblement des salariés a notamment fait réagir le président démissionnaire. « Ces gens-là sont dans la manipulation parce que, pour faire nombre, on en est arrivé à envoyer des gens hébergés », dénonce Hubert Behaghel des méthodes employées par les grévistes en regrettant également la présence devant le bateau de la CGT de l’union locale de Poissy pour des raisons qu’il juge ­équivalentes.

Outre l’apport de soutien aux salariés qu’elle considère comme « une famille », Koura, 33 ans, originaire de la Côte d’Ivoire et en France depuis maintenant trois ans, affirme être également là pour faire part de sa crainte concernant le maintien des activités de La Pierre blanche. « Depuis un certain temps, on nous a dit qu’il n’y a plus de sous dans la caisse concernant les activités, [qu’]on va un peu stopper. Quand c’est comme ça, nous cela pèse sur nous parce qu’on n’a pas d’activités, on est là, comme ça, on attend », explique-t-elle en précisant qu’elle est hébergée par La Pierre blanche depuis pratiquement deux ans.