Alors que la ministre chargée de la Ville, Nadia Hai (LREM), a signé une convention le 10 mai dernier pour démocratiser des « ateliers à visée philosophique » dans le cadre des Cités éducatives, Fany Ea, membre de la fondation Savoir être et vivre-ensemble (Seve), intervient depuis janvier 2020 à Poissy, Chanteloup-les-Vignes, Carrières-sous-Poissy et Ecquevilly. À raison de trois ateliers par classe, elle et les enseignants espèrent pouvoir développer le sens critique et la capacité ­d’argumenter des enfants.

«  Je vais distribuer pour chaque table une petite histoire, elle est différente et vous allez discuter entre vous puisqu’en fait on vous demande de réfléchir à une réponse, explique Fany Ea aux élèves de CE1 de l’école Victor Hugo de Poissy en ce début avril. Et comme d’habitude, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, il y en a plein [de] différentes. »

Répartis en petits groupes, les enfants doivent plancher entre eux sur des situations et exprimer leur ressenti, ce qui leur paraît la meilleure option. Par exemple, Sandra fait la queue à la caisse d’un supermarché, mais elle est très pressée car elle doit rejoindre son club de football. Une vieille dame arrive. Que doit faire Sandra, laisser passer la vieille dame et arriver en retard ou tout faire pour ­arriver à l’heure ?

« Il faut laisser la place à la dame parce qu’elle a un gros sac, pour elle c’est difficile de tout porter », commence une élève. « Le match de foot c’est moins grave », abonde un second. Si la plupart des élèves semblent opter pour laisser passer la vieille dame, un garçon pointe une difficulté : « Elle risque de se faire enlever de son équipe si elle arrive en retard ? »

« Je vais distribuer pour chaque table une petite histoire, elle est différente et vous allez discuter entre vous puisqu’en fait on vous demande de réfléchir à une réponse, explique Fany Ea aux élèves de CE1 de l’école Victor Hugo de Poissy en ce début avril. Et comme d’habitude, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, il y en a plein différentes. »

L’occasion pour Fany Ea de rebondir et amener les élèves à développer leurs positions : « Qu’est-ce que vous pensez de ça, que le coach ne va pas être content ? » La réponse ne se fait pas attendre. « Son coach pourra la [lui] remettre s’il souhaite une deuxième chance, sinon elle pourra aller chercher une autre équipe », tranche une élève.

Il s’agissait du deuxième atelier auquel assistait la classe. Et pour Coraline Machurat, enseignante, l’intérêt est bien là : « C’est une approche complètement différente avec les enfants, ils sont beaucoup plus libres en fait. […] C’est vrai que c’est très intéressant de les voir […] et ça permet de faire évoluer les mentalités dès le plus jeune âge, c’est ça qui m’a intéressé. »

Dans ces interventions, l’enseignante y voit surtout un « éveil à la citoyenneté » qui permet de montrer « qu’une action n’est pas bonne ou mauvaise en soi ». Et pointe aussi les bénéfices pour certains élèves : « C’est intéressant de voir que même les élèves en difficulté prennent la parole et se disent j’ai un avis qui compte. C’est vachement valorisant ce genre d’ateliers, tout le monde peut avoir une bonne réponse en fait et c’est génial. »

Les petits « philosophes » du jour, sont aussi ravis. « On cherche des idées, on est un peu des inspecteurs », récapitule de la séance une enfant. « C’était bien et dur parce que parfois je n’arrivais pas à répondre, souligne un autre. Mais j’ai bien aimé parce qu’on a appris des choses et on a bien parlé. »