Présentée par la majorité lors du conseil municipal du 27 mai dernier, la réorganisation des services de la mairie n’avait alors pas convaincu l’opposition. Elle ne semble pas davantage avoir convaincu les agents puisqu’ils étaient environ 150, sur 450, à débrayer ce jeudi 17 juin, entre 10 et 11 h. Si ces derniers sont conscients de la nécessité de cette réorganisation, ils pointent néanmoins ses conditions de mise en place et demandent à être plus informés de leurs nouvelles missions et affectations, craignant la suppression d’emplois. Le maire a justifié cette réorganisation comme faisant partie de son projet politique et la nécessité ­d’éviter la mise sous tutelle.

« Les agents sont au bout du rouleau ! » Lancé à plusieurs reprises, à destination du maire PCF, Eric Roulot, les agents municipaux rassemblés, originaires de divers services, en ont profité pour exprimer leur ressenti. « On a tous le sens du service public, on est tous capables de comprendre le sens d’une réorganisation si nous ne sommes pas pris comme de simples pions et si elle se traduit comme une méthode où l’humain a toute sa place », insiste Joël Jégouzo, ­délégué ­syndical CGT.

Etre des pions, c’est le sentiment que répéteront plusieurs d’entre eux. « On a eu des réductions d’effectifs et à ce jour on bricole, on nous met un agent à droite à gauche, c’est du bricolage, sachant qu’on travaille du lundi au dimanche, pointe un agent du service des sports. Là on a eu trois agents qui sont partis et en fait on a un agent non-titulaire, il fait des heures, un coup il est là, […] il n’arrive pas à combler les heures des agents qui ne sont pas là. » Une autre agente regrette un changement des méthodes de management : « Ça fait 30 ans que je suis là, j’ai vu la mairie changer, énormément, et au niveau de la direction des ressources humaines je peux dire qu’il y avait quelque chose de plus familial qu’on n’a plus maintenant. On n’est pas aidés, on est laissés complètement. »

Une position qui sera répétée au 3e étage de la mairie, face à Eric Roulot. « Notre priorité c’est de répondre au service public », justifie-t-il de cette réorganisation qui sera divisée en quatre pôles, présentés en conseil municipal, sous les noms de « valorisation des ressources » humaines et financières, « cadre de vie et aménagement du territoire », qui concernera l’urbanisme et le patrimoine, « relation citoyenne et accueil du public » et enfin « parcours de vie et ­solidarité ». L’édile évoque également une surcharge de personnel, pesant sur les finances communales : « Il faut savoir qu’à Limay on est à 73 % des charges de personnel dans le budget de fonctionnement , la moyenne des villes de même nombre d’habitants c’est 60 %. Donc on est à 13 % au-dessus et si on n’y prend pas garde on peut être mis sous tutelle. […] Moi ça me fait mal, en tant qu’ancien ­syndicaliste de supprimer des ­emplois. »

« Notre priorité c’est de répondre au service public », justifie le maire Eric Roulot (PCF) de cette réorganisation face aux agents ayant investi le 3e étage.

Il tient à rappeler que les représentants du personnel CGT ont validé, à l’issue d’un deuxième comité technique (CT) paritaire cette réorganisation, le 26 mai dernier. Avant de se faire reprendre par l’une des représentantes, présente aux deux comités. « Au premier CT on a voté contre, lorsqu’on a voté contre on vous a exprimé le mécontentement des agents, insiste-t-elle. Vous nous avez dit que vous alliez vous engager, on vous a donné une liste, ensuite on a voté pour car on a eu confiance en vous. Par la suite, après qu’on a voté pour, qu’est-ce qui se passe ? C’est les méthodes de travail que [le directeur général des services] met sur l’hôtel de ville avec tous les agents qu’on découvre. Si aujourd’hui vous avez tous ces agents là, c’est pas parce qu’on a voté pour. C’est parce qu’on est contre les méthodes de travail. »

Ce deuxième accord n’avait pas échappé à la conseillère municipale d’opposition d’Un nouveau souffle pour Limay, Servane Saint-Amaux, le 27 mai dernier. Estimant qu’il existait une souffrance au travail au sein de la collectivité, elle avait relevé la création d’un demi-poste d’un médecin du travail, embauché par la mairie. « Les personnels sont déjà en grande souffrance, je ne pense pas qu’ils aillent se confier à un médecin qui a le même employeur, constate-t-elle.[…] Il me semble quand même qu’il y a la possibilité de passer une convention avec le centre de gestion. » Sébastien Duprat (LREM), conseiller municipal d’opposition pour Limay demain, abonde : « Le bilan social que vous avez bien voulu nous communiquer qui date de 2019, fait apparaître un nombre de jours d’arrêts de travail moyen par agent de 35 jours/an ce qui est énorme et est assez révélateur pour une majorité qui donne le slogan L’humain d’abord. »

Une souffrance au travail qu’a confirmé Claudine Hoc-Sing, responsable départementale CGT, lors de la grève du 17 juin : « Je suis amenée à défendre des collègues de votre collectivité pour souffrance au travail. […] Si vous avez besoin de faire reconnaître votre souffrance au travail, je peux vous accompagner là-dessus. […] Il faut rester, tenir debout, continuer la bataille. » « Malheureusement, le [centre de gestion] est dans l’incapacité de nous faire une proposition pour qu’un médecin du travail vienne officier ici à Limay, déplore en réponse Eric Roulot. […] La solution qu’on a trouvée c’est de créer un demi-poste et de rechercher pourquoi pas avec la maison médicalisée les moyens de faire en sorte que les agents puissent en proximité avoir la possibilité de consulter la médecine du travail quand ils le jugent nécessaire. »