Le contrat territorial eau et climat (CTEC), signé le 17 mars dernier avec SUEZ et l’Agence de l’eau Seine-Normandie, s’inscrit pleinement dans les objectifs affichés par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPS&O) pour préserver la biodiversité et améliorer la qualité de l’eau. Il répond également aux exigences du Plan climat air énergie territorial adopté par GPS&O en décembre 2020 en accompagnant les agriculteurs vers des pratiques et des modes de production plus respectueux de l’environnement, et plus adaptés à la lutte contre le ­changement climatique.

Courant jusqu’en 2024, ce premier CTEC mobilise 1,4 million d’euros sur quatre ans en faveur de quatre aires d’alimentation de captage prioritaires (définies comme telles en fonction de leur teneur en nitrates et pesticides, Ndlr) : Rosny-Buchelay, Verneuil-Vernouillet, Saint-Martin-la-Garenne et Flins-Aubergenville. Elles représentent au total 20 000 ha, soit 40 % du territoire de la communauté urbaine. L’un des enjeux principaux consiste à favoriser la conversion à l’agriculture biologique, ou du moins à limiter l’usage de pesticides afin d’en diminuer leur concentration dans les nappes phréatiques.

Le constat de la communauté urbaine est sans appel. « Aujourd’hui, on trouve des traces de pesticides ou de nitrates liées à l’activité humaine au sens général, il ne s’agit pas de stigmatiser le monde agricole, relève Gilles Lécole, vice-président de GPS&O en charge du cycle de l’eau.

Pour faire évoluer ces pratiques, les principaux acteurs (GPS&O, Suez, Agence de l’eau Seine-Normandie, Chambre d’agriculture, associations et agriculteurs) organisent des actions d’information, des journées de formation « pour sensibiliser à la fragilité de la ressource en eau. On noue aussi des partenariats, […]pour accompagner techniquement les porteurs de projets » détaille Olivia Amozig-Bellot, directrice de la région Paris Seine-Ouest pour SUEZ Eau France. Depuis le lancement du projet, neuf agriculteurs ont été ­accompagnés individuellement.

Parmi les agriculteurs impliqués, se trouvent les exploitants de la Ferme des vallées, à Soindres, Didier et Marie-Claudine Raux. Depuis dix ans, le couple exploite 70 ha de cultures. « On avait beau remettre de plus en plus d’engrais minéraux et d’intervenir régulièrement avec soit des fongicides soit des insecticides, au final, on dépensait énormément et au niveau des rendements c’était de plus en plus catastrophique », explique Didier Raux.

Courant jusqu’en 2024, ce premier CTEC mobilise 1,4 million d’euros sur quatre ans autour de quatre aires d’alimentation de captage prioritaires (définis comme tel en fonction de leur teneur en nitrates et pesticides, Ndlr) Rosny-Buchelay, Verneuil-Vernouillet, Saint-Martin-la-Garenne et Flins-Aubergenville.

Le couple s’est alors tourné vers le principe de conversion des sols, en abandonnant le travail mécanique pour le remplacer par des pratiques plus naturelles en utilisant une couverture végétale permanente et en laissant les vers de terre labourer le sol.

D’autres actions se sont également développées depuis plusieurs années. « Depuis 2006 Suez a développé un procédé technique de réalimentation de la nappe phréatique sur ses différents sites et notamment sur le site de Flins-Aubergenville, souligne Olivia Amozig-Bellot. […] Notre démarche c’est aussi de protéger en amont la ressource en eau et de la mettre la plus possible à l’abri des pollutions anthropiques. »

« Si les exploitants, qui sont les premiers concernés, s’expriment et essaient de trouver des voies pour arriver à garantir ce niveau de protection de l’eau, ce sera gagnant-gagnant, à la fois pour les exploitants agricoles et les producteurs d’eau », poursuit Nathalie Evain-Bousquet, directrice des programmes et des interventions de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. D’autant plus que le programme d’actions vise à aider les agriculteurs à trouver des débouchés pour leur production, « ça peut être des circuits-courts, locaux, de la restauration collective et là bien sûr nous travaillons en très étroite collaboration avec les parties prenantes du territoire », complète Olivia Amozig-Bellot.

Outre les agriculteurs, les communes bénéficient également des retombées du Contrat territorial eau et climat. « C’est aussi un engagement pour accompagner les communes, les aider […], puisque nous souhaitons aussi, nous maires, œuvrer pour que nos enfants dans les cantines puissent avoir accès à une alimentation de qualité, détaille Gilles Lécole, également maire d’Aubergenville. Les parents nous le demandent […], notre responsabilité en tant que maire est d’éduquer les enfants vers une alimentation plus vertueuse. »

En parallèle, de nouvelles normes permettent d’améliorer la qualité de l’eau. « Au niveau des eaux usées il y a de nouvelles normes qui font qu’aujourd’hui, toutes les stations de plus de 10 000 équivalents habitants vont être équipées de systèmes qui réduit l’ammonium qui in fine se traduit en nitrates », précise Olivia Amozig-Bellot.

Trois questions à Raphaël Cognet

Le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise insiste sur la nécessaire action dans la durée pour améliorer la qualité de l’eau.

Quels sont les avantages de ce partenariat ?
Raphaël Cognet : En premier lieu, le fait de s’appuyer sur des partenaires investis dans la durée est un gage de réussite. Pour que l’eau soit de qualité, il faut agir sur le long terme, au-delà d’un mandat ou même deux mandats électoraux. On travaille sur le sujet depuis 2000 et on est en mesure aujourd’hui d’afficher des résultats et de prouver que ce travail à long terme paye.

Pourquoi est-ce si important ?
Raphaël Cognet : Notre devoir en tant qu’élu, c’est de faire coïncider le nécessaire développement économique et agricole de la vallée de Seine que nous défendons et en même temps le respect nécessaire de l’écologie. Les deux ne s’opposent pas.

Comment atteindre cet objectif ?
Raphaël Cognet : En priorité par la pédagogie et je salue le travail fait autour de cette question. L’organisation de journées ou d’ateliers de sensibilisation autour de la préservation de la ressource en eau et la ­coopération avec les différents acteurs sont indispensables pour y ­parvenir.

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Une : SACHA HERON
Carte article : COMMUNAUTE URBAINE GRAND PARIS SEINE ET OISE