Les rumeurs sur une éventuelle démission du maire de 64 ans, Éric Roulot (PCF), se sont confirmées. Dans une lettre adressée le 6 juillet au préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, l’édile limayen a annoncé sa démission à compter du 1er octobre prochain. Interrogé après le conseil municipal du 7 juillet, l’élu la démentait encore. Après que la nouvelle ait fuité dans les médias, le maire qui voulait initialement annoncer sa démission en septembre, l’a finalement confirmé à La Gazette en Yvelines le 8 juillet. Considérant que l’équipe de la majorité actuelle est apte à prendre le relais, Éric Roulot a annoncé que son état de fatigue ne lui permettait plus d’assurer sa fonction.

« Si vous voulez la raison principale c’est mon état de fatigue […]. Cela commence à peser lourd sur mon état de santé donc la raison veut qu’aujourd’hui, en concertation avec ma famille, je puisse démissionner de mes responsabilités politiques parce que j’ai eu quelques alertes sur mon état de santé qui me font réagir dans ce sens-là », confie-t-il. Deux autres causes, antérieures à ce début de mandat avaient également affecté le moral de l’élu : sa mise en cause pour violences après avoir frappé son voisin octogénaire à Fontenay-Saint-Père en décembre 2018, dans un conflit de voisinage latent, et une campagne municipale particulièrement agressive dans tous les camps en présence.

Quant à la décentralisation de certaines compétences communales à la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), l’édile affirme que cela rend la fonction de maire de plus en plus difficile. « Je pense qu’il y a du sens à créer cette structure pour gérer les problématiques de transport, de développement économique […], toutes ces questions-là qui nécessitent de dépasser le périmètre de la commune. Mais, pour tout ce qui est des compétences locales notamment la propreté, je pense que la propreté des communes est une compétence qui devrait rester dans la commune », détaille-t-il.

L’annonce de la démission d’ Éric Roulot ne surprend néanmoins pas l’opposition qui la considère toutefois comme une « duperie » pour les électeurs ayant voté en sa faveur lors des élections municipales de 2020. « Notre liste l’avait laissé entendre durant la campagne, on se doutait qu’il passerait la main à Djamel Nedjar, il s’en était défendu d’ailleurs, Nedjar aussi », affirme le 12 juillet le conseiller municipal d’opposition communiste, Mickaël Boutry du groupe Un nouveau souffle pour Limay.

Tout comme lui, la conseillère municipale d’opposition du groupe Limay Demain 2020, Cécile Dumoulin (LR), n’est pas étonnée de la démission de l’édile. « C’est un secret de polichinelle. Avant les élections municipales c’était déjà dans les tuyaux ! », s’exclame-t-elle en ajoutant qu’un tel fonctionnement est récurrent à Limay. « On n’est pas surpris par les manipulations, déclare-t-elle. Cela fait depuis Quettier (maire entre 1977 et 1995, Ndlr) qu’il n’y a pas un maire qui a été élu dans un premier temps en passant par suffrage universel direct. D’ailleurs, [Jacques] Saint-Amaux a pris la place de Quettier, Roulot a pris la place de Saint-Amaux en cours de mandat et Nedjar aussi. »

Bien que la décision de passer la main en cours de mandature avait effectivement été pensée par l’édile, Éric Roulot avoue cependant qu’il ne pensait pas que cela se ferait « aussi rapidement. » Quant au fait que les deux groupes d’opposition s’accordent à dire que Djamel Nedjar, l’actuel premier adjoint DVG en charge de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire, du patrimoine bâti et du transport, et élu de la majorité depuis 2001, soit pressenti pour succéder à Éric Roulot, rien n’est encore acté. Le nouveau maire sera élu lors d’un vote du conseil municipal le 2 octobre prochain. Contacté, Djamel Nedjar n’a pas répondu à nos sollicitations dans les délais impartis à publication. Quoi qu’il en soit, l’opposition a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne voterait pas en faveur du candidat proposé par la majorité.

Djamel Nedjar (à droite), le premier adjoint DVG en charge entre autres de l’urbanisme est pressenti pour succéder au maire Éric Roulot (PCF).

« Quelque soit le candidat, on sera forcément opposé », affirme Cécile Dumoulin en précisant que la ligne politique de l’équipe municipale actuelle ne lui convient pas. Quant à savoir si le groupe Limay 2020 proposera un candidat, la conseillère municipale d’opposition ne se prononce pas encore. « Je n’ai pas encore réfléchi, je n’ai pas encore parlé avec mon groupe », avoue-t-elle.

La possibilité de proposer un candidat issu de son groupe, Mickaël Boutry, y a déjà pensé. « Pour voter un candidat de la majorité, il faudrait que l’humain, le service public et l’intérêt collectif des Limayens et des Limayennes soient au centre de leurs projets. Notre liste, Un nouveau souffle pour Limay, a un projet en ce sens, un vrai projet de gauche, assure-t-il. Si nous voulons que cette ville retrouve ses valeurs et ses couleurs, nous serons dans l’obligation de présenter un candidat et nous inviterons les élus de la majorité à faire le bon choix. »

Alors que l’ambiance lors des séances du conseil municipal était tendue entre la majorité et les groupes d’opposition, ces derniers sont convaincus que la démission d’Éric Roulot n’y changera rien. Pour eux, cela est d’autant plus vrai qu’une délibération visant à instaurer un délai de 48 h pour envoyer les questions orales et de réduire le temps de parole des élus par délibération a été votée lors du dernier conseil municipal, le 7 juillet. Ce jour-là, après avoir exprimé leur mécontentement, tous les élus de l’opposition présents ont quitté la séance du conseil municipal.

« Soit le règlement intérieur est modifié pour revenir vers un exercice normal de la démocratie participative au conseil municipal, soit rien ne change et, dans ce cas, soyez certains [que] nous ne resterons pas muselés », précise Mickaël Boutry, d’un possible changement d’ambiance. « Le plus anormal c’est qu’on limite le temps de parole […]. Pour chaque délibération, il n’y a qu’une seule personne qui intervient du groupe et il n’intervient qu’une seule fois », déplore Cécile Dumoulin qui compte bien déposer un recours contre cette délibération. Une fois l’opposition partie, le maire a proposé de modifier la délibération en proposant « deux interventions par groupe et par délibération ne dépassant pas trois minutes chacune ». Selon lui, une telle délibération permet de « canaliser [le débat] pour éviter de se retrouver dans un conseil municipal qui commence à 7 h le soir et qui se termine à une heure du matin. Je pense que ce n’est pas productif ». En aparté, il a confié à La Gazette que l’ambiance parfois pesante au conseil municipal était « très fatiguant[e] ».