Du Val-d’Oise jusqu’au quartier des Musiciens aux Mureaux en passant par des transactions sur le parking d’une ferme, le circuit de distribution de ce trio de trafiquants de drogue était bien rodé. Pris dans les filets de la police au mois de juin, Jo., D. et Ja. ont finalement été condamnés par le tribunal correctionnel de Versailles à purger des peines allant de deux à cinq ans de prison ferme.

Les enquêteurs étaient sur la piste des trois protagonistes depuis plusieurs mois. Au mois de novembre, le commissariat des Mureaux reçoit un signalement anonyme sur la plateforme moncommissariat.fr, laissant entendre que D., un homme de 38 ans originaire des Mureaux, se livrerait à la vente de produits stupéfiants dans la commune. Connu des services de police pour des faits similaires, qui lui avaient d’ailleurs valu un séjour en prison en 2014, le trentenaire a effectivement repris du service depuis plusieurs mois déjà.

Pour s’en assurer, les policiers placent le dealer et sa voiture sous surveillance rapprochée. Alors que la filature est en cours, deux autres signalements viennent à nouveau mettre en cause ce père de sept enfants. « Il y a eu une troisième dénonciation en avril 2021 selon laquelle vous vendez de la cocaïne et du cannabis dans le parking à côté de chez vous et [qui] précise que « vous n’étiez pas un petit dealer » », ­rapporte la juge.

Dans les jours qui suivent, plusieurs acheteurs sont interceptés par la police à la sortie du point de deal et confirment le business du trentenaire. Lors des surveillances, les enquêteurs interceptent même les conversations de D. avec son fournisseur surnommé « Chacal ».

« Il apparaît que le fournisseur s’apprêtait à partir en vacances au début du mois de juin et c’est ce qui a précipité une rencontre », explique la juge. Comme prévu D. rejoint ainsi Jo., un membre de sa famille âgé de 30 ans et originaire de Saint-Gratien (Val-d’Oise), sur le parking d’une ferme pour opérer la transaction puis rejoint Ja., un ancien collègue originaire, lui, de Verneuil-sur-Seine, pour le ­fournir à son tour.

Une fois les constatations faites, la police organise une importante opération le 1er juin pour appréhender les trois suspects. Les perquisitions menées à leurs domiciles respectifs permettent ensuite de dissiper tous les doutes. Au total, les policiers ont découvert 2,4 kg de résine de cannabis, 220 g de cocaïne, ainsi que de nombreux vêtements de luxe pour près de 40 000 euros et d’importantes sommes d’argent.

Lors de leurs auditions, une certaine hiérarchie commence à se dessiner entre les trois hommes bien que les faits ne soient pas reconnus par tous. Ja., désigné par son avocate comme « un toxico qui revend pour avoir sa consommation gratuite », reconnaît tout de suite les faits. Le Vernolien explique ainsi qu’il se fournissait depuis près de deux ans auprès de D., pour près de « 31 000 euros de cannabis ». Pour son avocate, plaidant un aménagement de peine, « il n’avait même pas conscience qu’il participait à un trafic de grande ampleur ».

Pour justifier la présence de stupéfiants chez lui, Jo. expliquera, lui, devant le tribunal qu’ « un grand de mon quartier m’a demandé de les garder chez moi pour lui rendre service ». Mais pour la juge, ce père de deux enfants vivant des aides sociales menait un train de vie « qui ne colle pas » avec sa situation. En plus de posséder deux voitures, près de « 32 000 euros de vêtements et chaussures de luxe » ont été retrouvés chez lui et alors même qu’il prévoyait de s’envoler pour des vacances à Dubaï.

Pour autant, selon son avocat, qui a demandé une relaxe partielle, en pointant l’absence de preuves permettant d’affirmer que celui-ci était effectivement le fournisseur du trio « on a mis dans le même sac tout ce qu’on pouvait trouver de ­valeur dans cette maison ».

Pour les trois trafiquants, le verdict prononcé par le tribunal a finalement été plus lourd que ce qui semblait se présager. En effet, pour chacun d’entre eux, les juges ont prononcé des peines supérieures aux réquisitions du ministère public. D.devra ainsi purger une peine de cinq ans de prison contre les quatre réclamés initialement par la procureure. Jo., lui a été condamné à quatre ans de prison dont douze mois avec sursis. En ce qui concerne Ja., le tribunal a prononcé à son encontre une peine de trois ans de prison dont 18 mois de sursis. À la sortie de l’audience, son avocate faisait savoir qu’il ferait appel de la ­décision.