« Gigantesque » pour les uns, « exemplaire » pour les autres. Jeudi 2 septembre, jour de la rentrée scolaire, les commentaires sur le nouveau collège du Val Fourré, situé rue Marcel Doret, allaient bon train tant chez les élèves que chez les parents venus accompagner leurs enfants. Force est de constater que près d’une semaine plus tard, lors d’une visite des locaux organisée le 7 septembre, des divergences d’opinion existent toujours. Les sept élèves choisis pour réaliser la visite en raison du fait qu’ils ont participé à des ateliers de préparation de la rentrée en tant qu’anciens délégués de classes l’an dernier, semblaient ravis du nouvel établissement scolaire. Du côté de certains parents d’élèves et de quelques professeurs contactés en aparté de la visite, des inquiétudes persistaient toujours notamment sur le regroupement des deux collèges André Chénier et Paul Cézanne.

« Moi j’ai entendu des parents dire qu’ils avaient peur que les élèves de Chénier et de Cézanne soient mélangés, déclare le 7 septembre une parente d’élève à l’intention tant du président du Département, Pierre Bédier (LR), que de la rectrice de l’académie de Versailles, Charline Avenel, et du directeur d’académie au service de l’éducation nationale (Dasen), Luc Pham. Ils nous disent : « pourquoi ce regroupement là ? » Et du coup, on [en] vient à faire des ­dérogations. »

Comprenant l’inquiétude des parents d’élèves, Charline Avenel se veut néanmoins rassurante quant à la bonne cohabitation des élèves. « Dans les clubs de sport, les jeunes sont déjà ensemble », affirme-t-elle pour montrer que beaucoup d’enfants se connaissaient déjà. Son propos est en tout cas en accord avec celui de plusieurs élèves issus de Paul Cézanne qui assuraient, le 2 septembre, être heureux de retrouver certains de leurs « copains » d’André Chénier.

« Ils ne sont pas dans l’agressivité du tout », confie un ancien enseignant d’André Chénier exerçant à présent dans le nouveau collège du Val Fourré. Selon lui, les élèves sont au contraire « très observateurs et ils se demandent ce qu’il va arriver [quand les cours auront débuté] ». Pour faciliter l’intégration des élèves, la rentrée scolaire a été morcelée par niveaux mais également par maisons référentes. Ces dernières, au nombre de quatre, ont été créées pour faciliter la cohésion entre les élèves indépendamment de leurs niveaux avec notamment la possibilité de s’entraider pour les devoirs. Les enseignements ne débuteront, eux, qu’à partir du « 15 septembre ».

« On est divisé [sur le report du début des enseignements], déclare le professeur dans la soirée du 7 septembre. Il y a des collègues qui sont contents, ils pensent qu’on gagnera sur l’ambiance après. Moi, personnellement, et on est pas mal à le penser, j’aurai bien aimé faire des cours et commencer le plus rapidement possible. Il y a des élèves qui me disaient ce matin qu’ils aimeraient bien avoir des cours, qu’ils aimeraient bien commencer. »

Le début des enseignements, les parents d’élèves semblent aussi l’attendre de pied ferme. Outre la peur des rivalités entre les élèves issus des deux collèges du Val Fourré, beaucoup craignent aussi que le nouvel établissement n’offre pas un contenu pédagogique digne de ce nom du fait de la mauvaise réputation du quartier. « C’est la première fois que je visite [le nouveau collège] et, franchement, je n’ai rien à dire, affirme, tout en regardant autour de lui, Mohamed Fridja, un parent d’élève délégué depuis trois ans et dont son fils, anciennement au collège André Chénier, entre en 4ème.Tout y est : la technologie, tout. Maintenant, on va attendre la qualité, ce qu’ils vont proposer à nos enfants. »

S’inspirant du « modèle américain », le nouveau collège du Val-Fourré dispose d’une cafétéria pour permettre aux élèves de se retrouver autour d’un café.

Prenant l’exemple de sa fille qui l’an dernier avait des difficultés à définir des « droites sécantes » à une semaine du brevet et dont il ne sait pas s’il faut rejeter la faute sur elle, sur l’établissement ou sur le contexte sanitaire, il ajoute : « Je ne vais pas vous mentir, il y a des professeurs qui se disent « je vais faire quatre ans et je vais me barrer ». Il a son diplôme, il est ici […] et demain quand il voudra être muté […] là où c’est riche, il va dire « j’ai fait mes preuves, j’ai fait quatre ans au Val Fourré ». »

« Je ressens beaucoup d’excitation à l’idée de venir au nouveau collège, rétorque Medhi Bouhassoun, un enseignant d’anglais qui exerçait à André Chénier. C’était une des premières rentrées où j’avais hâte. J’ai même appelé mes collègues de vie scolaire pour avoir des informations parce que, eux, ils rentrent avant nous […]. Même si on est déjà en plein dedans, on a hâte que cela commence et qu’on puisse se lancer avec les élèves parce que ce sont eux qui sont au centre du projet. »

« Il y a [des professeurs] qui ont demandé leur mutation pour venir ici !, complète Luc Pham, sans en préciser le nombre. Les collègues qui entrent dans l’établissement sont des collègues qui ont de l’expérience, qui affichent une ancienneté pour certains d’entre eux et qui ont, en amont, pris connaissance du projet. » Cette demande de mutations de la part des enseignants réjouit le pédagogue Jérôme Saltet qui a accompagné le Département et l’académie de Versailles dans la création du nouveau collège. L’entreprise qu’il dirige, Playbac, et qui édite le journal Le petit quotidien, réalise également des actions « à but non lucratif » pour « aider l’éducation nationale à ­évoluer ».

« [Avec tous les acteurs] on a écrit une structure du projet pédagogique avant de commencer à travailler sur le bâtiment, explique-t-il. Comme cela, l’architecte a pu s’inspirer de ce projet naissant, pédagogique, pour que son bâtiment soit au service du projet alors que très souvent c’est le contraire qui se passe c’est-à-dire qu’on fait un bâtiment et ensuite les professeurs arrivent dans le bâtiment et se disent « qu’est-ce-qu’on peut faire avec ce bâtiment ? ». Là c’est le contraire […], le bâtiment est au service du projet. »

S’inspirant du « modèle américain », le nouveau collège dispose d’une cafétéria permettant aux élèves de se retrouver autour d’un café. Il a aussi un amphithéâtre avec un mur d’escalade et propose des ateliers de bricolage et de jardinage pour les élèves qui le souhaitent. « Quand on voit le collège, on voit qu’on a mis tous les moyens pour nous donner une meilleure éducation », se réjouit le 2 septembre Jassim, un élève en classe de cinquième et ancien élève à André Chénier, en désignant du doigt les immenses baies vitrées.

Son avis n’est en revanche pas partagé par un professeur qui exerçait dans le même collège. « Beaucoup des maisons référentes seront utilisées comme salles de cours parce qu’il n’y a pas assez de salles de classes. Il y a déjà des collègues d’anglais, de français et d’histoire-géographie qui travailleront dans les maisons référentes qui étaient normalement dédiées à autre chose. Ils vont essayer d’en faire des salles de classes parce qu’il n’y en a pas assez », déplore l’enseignant qui compare l’établissement à « une belle Ferrari » mais dont il y aurait la volonté d’y « emmener les familles nombreuses en vacances ».

La rentrée scolaire a été morcelée par niveaux mais aussi par maisons référentes pour faciliter la cohésion des élèves entre eux. Les enseignements ne débuteront qu’à partir du 15 septembre.

Il est vrai qu’en regroupant André Chénier et Paul Cézanne, la fréquentation du nouveau collège augmente et atteint environ 600 élèves. « [Mes parents] s’étaient dit que ça va être un grand collège, qu’il va y avoir beaucoup de monde. Je leur ai dit de ne pas s’inquiéter », confie Ikram, une élève en classe de 3ème à ­l’intérieur d’une des ­maisons ­référentes.

« Je vous rassure, on ne va pas faire un collège où il y aura 1 000 enfants », assure Pierre Bédier à l’intention des parents d’élèves tout en précisant vouloir faire de cet établissement scolaire un « collège d’excellence » qu’il souhaite dupliquer à l’avenir dans les projets de construction ou de rénovation d’autres collèges.

« Vos enfants partent avec un handicap, ajoute-t-il. On ne va pas se mentir : parents issus de l’immigration qui ne connaissent pas toujours bien la langue [et] les codes, premier handicap ; deuxième handicap, le Val Fourré [et le fait de se dire] « ouh là là, ils viennent du Val Fourré ». Ce qu’on essaye de faire c’est de faire que ces gosses on les mettent au-dessus avec plus de moyens que les autres pour pouvoir les mettre à égalité. C’est cela l’objectif et donc, bien entendu, on ne va pas y mettre 1 000 gosses. »

« Au départ, j’ai assisté à une de vos réunions et le projet c’était la mixité, c’est-à-dire de faire venir des gosses de Magnanville, de Mantes-centre, fait remarquer Mohamed Fridja. C’était le but et là on nous laisse toujours [à part en regroupant deux collèges du Val Fourré]. C’est cela qui me gêne un petit peu. »

« Ce qu’on veut arriver à faire c’est que ce collège devienne tellement exemplaire qu’il y ait des demandes très fortes [d’inscriptions] », lui répond le président du Département tout en précisant que cela demandera du temps. La construction d’un second collège identique n’est cependant pas à exclure. « Plutôt que d’avoir un collège Ferry, en centre-ville, où il faudrait pousser les murs tous les matins et où tous les parents du Val Fourré cherchent à domicilier, on va créer la dynamique inverse […]. Si dans deux ans ou trois ans il faut construire un deuxième collège au Val Fourré on construira un deuxième collège au Val Fourré et, comme cela, on fera venir des gosses de l’extérieur. Il y aura une envie de venir ici, c’est l’objectif. » Le nouveau collège du Val Fourré a, lui, coûté « 31,9 millions d’euros TTC ».

Le séjour au Groenland toujours d’actualité

Le 7 septembre, lors de la visite des locaux du nouveau collège du Val Fourré, plusieurs parents d’élèves se sont interrogés sur le devenir du projet mené par l’équipe enseignante et notamment le professeur pluridisciplinaire Yvan Dromard qui consistait, en 2020, à emmener 12 élèves de quatrième d’André Chénier au Groenland. Comme le relayait La Gazette dans son édition du 27 mai 2020, le séjour avait dû être reporté en raison de l’épidémie de Covid-19. Selon l’académie de Versailles, le projet est toujours d’actualité pour ces élèves.

« C’est toujours d’actualité […], déclare le directeur d’académie au service de l’éducation nationale (DASEN), Luc Pham. Il sera reporté jusqu’à ce qu’il puisse avoir lieu puisque les moyens sont maintenus, le projet est maintenu mais maintenant il faut pouvoir avoir les autorisations sanitaires, c’est cela la difficulté aujourd’hui. »