Alors que le premier tir d’Ariane 6 n’aura lieu qu’en 2022, soit deux ans après la date initialement prévue, la fusée européenne d’Ariane Group est d’ores et déjà concurrencée par son homologue américain SpaceX. Pour gagner en compétitivité, ArianeGroup envisagerait donc de réduire ses effectifs. Selon le journal Les Echos, le 23 septembre, le constructeur de la fusée européenne a ainsi annoncé « un plan de départ de 600 départs volontaires » sur l’année 2022. Les syndicats centraux sont convaincus que cela aura des répercussions sur le site muriautin qui, fin 2020, employait 1 900 personnes à temps plein sur les 7 547 ­employés à temps plein du groupe.

« Oui, les Mureaux vont être touchés […], déplore Bruno Dubearn, délégué syndical central Force Ouvrière (FO) chez ArianeGroup et travaillant sur le site de Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, en rappelant que le site de vallée de Seine est spécialisé dans la maîtrise d’œuvre et la conduite des grands programmes spatiaux civils et militaires. Les programmes de défense sont plutôt stables et pérennes […]. Tout ce qui est défense, aux Mureaux, cela ne bougera pas, peut-être même que cela progressera un petit peu. Par contre, il y a des programmes civils aux Mureaux [et] ils vont être ­touchés là-dessus. »

Bien qu’il soit lui aussi convaincu que « l’établissement des Mureaux est concerné au même titre que les autres établissements » par la réduction des postes de travail, le délégué syndical central CFE-CGC, Philippe Gery, travaillant en Gironde, ne partage pas exactement le même avis sur les postes concernés par le plan de départ. « La réduction des postes de travail n’est pas limitée aux fonctions supports, déclare Philippe Gery. Cela concerne en fait 100 % des postes de travail sauf les postes de travail qui, comme on dit, touchent la matière, c’est-à-dire les postes de travail qui sont directement en lien avec les produits que nous fabriquons, que cela soit sur le civil ou le stratégique. Le ­stratégique c’est le militaire. »

Contacté, ArianeGroup reconnaît la nécessité de diminuer ses effectifs mais assure ne pas connaître les répercussions exactes de ce plan de départ volontaire sur le site des Mureaux. « Les Mureaux, c’est un site important, rétorque le constructeur de fusées européennes. On ne peut pas parler de diminution d’effectifs aux Mureaux tant que les discussions n’ont pas encore commencé avec les syndicats […]. Quand les discussions auront commencé, on en saura plus. » Le 8 octobre, un Comité social et économique central de la société (CCSE) est justement prévu.

Cette date est confirmée par les syndicats centraux. « Il n’y aura pas de licenciements secs, il va y avoir beaucoup de mobilités professionnelles à priori et cela va se négocier à partir du moment où le CCSE en aura été informé le 8 octobre », explique Philippe Gery en précisant que « sur une année normale, il y a grosso modo 300-350 salariés qui partent à la retraite en France chez ArianeGroup ».

Outre ce plan de départ, selon nos informations, « une réduction des effectifs de l’ordre de 25 % [serait néanmoins attendue] aux Mureaux » à l’horizon 2025. Ce propos est cependant démenti par ArianeGroup. « Le 20-25 % en moins, ce n’est pas 20-25 % de gens en moins. C’est qu’en 2025, il va y avoir une baisse de charge de travail si on n’a pas gagné de nouvelles choses. On anticipe une baisse de charge de travail d’ici 2025 qui pourra porter jusqu’à 30 % mais, une baisse de charge, cela ne veut pas dire une baisse de 30 % des effectifs », se défend le constructeur de fusées européen avant d’ajouter : « Oui, il y aura moins de gens si cela continue comme ça mais ce n’est pas un chiffre qui est validé. »

Pour Philippe Gery, cette prévision correspond à l’un des pires scénarios envisagés. Affirmant que son entreprise « a très peu de visibilités sur son activité au-delà de 2022 », le syndicaliste précise néanmoins que la prévision d’ArianeGroup sur la baisse de charge de travail dépendra néanmoins essentiellement de la réussite du lancement d’Ariane 6 et de la capacité de son employeur à décrocher des contrats ­commerciaux.