Depuis le 30 septembre, la ville de 6 100 habitants, située sur les hauteurs du Mantois est en ébullition. Ce jour-là, le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, vient d’annoncer, par communiqué de presse, que la commune a été retenue pour accueillir un centre pénitentiaire de 700 places. Ce centre pénitentiaire « vise à répondre au besoin accru de places nettes dans une région particulièrement touchée par la surpopulation carcérale à l’image des 161 % de surpopulation de Bois-d’Arcy », indique le ministère. Il sera situé sur un terrain agricole, en limite des communes de Soindres et Auffreville-Brasseuil, mais également à proximité du lycée Léopold Sédar-Senghor et d’un quartier pavillonnaire.

Remontés, les Magnanvillois ont lancé une pétition qui cumulait ce lundi plus de 1 700 signatures et se sont rassemblés une première fois devant la mairie ce vendredi 1er octobre, pour montrer leur désaccord, et avaient prévu de se retrouver avant le début du conseil municipal du 4 octobre (après l’envoi à l’impression de cette édition, Ndlr), regrettant un manque d’informations communiquées en amont par l’édile, Michel Lebouc (DVG). Par communiqué de presse, le maire a indiqué ne pas avoir pris position par ­rapport à ce projet.

« C’est un projet d’État dont la décision n’appartient pas aux élus de proximité, tient-il à rappeler. Toutefois, en tant que premiers concernés, je souhaite que nous ayons notre mot à dire. » L’édile était d’ailleurs reçu place Vendôme ce vendredi 1er octobre afin d’obtenir plus d’informations et voir comment la population pouvait être associée durant les trois ans de ­concertation ­prévus par le ministère.

Une bien maigre consolation pour la vingtaine de Magnanvillois rassemblée devant l’hôtel de ville, qui regrettent de n’avoir jamais entendu parler de ce projet. « Dire dans l’arrondissement il y aurait eu une prison là OK, mais là à fleur d’un lycée, c’est choquant », note Mickaël, Magnanvillois depuis 25 ans. Lydiane abonde, à propos de la dévaluation immobilière : « On n’a pas du tout été informé, j’ai peur pour moi, pour mes enfants et pour ma maison, pour la revente de ma maison, qui va perdre de sa valeur. […] C’est les va et vient des véhicules, le bruit, les travaux, et oui une population carcérale ce n’est pas une population qu’on a envie d’avoir près de chez soi c’est sûr. »

Ce vendredi 1er octobre, une vingtaine de Magnanvillois s’est rassemblée devant la mairie, déplorant ne pas avoir été informés en amont de l’annonce du ministre.

À l’initiative de la pétition, Carole ne décolère pas. « On ne veut pas que pour dépeupler les maisons d’arrêts du coin, alors que nous on a réussi à rester une ville calme, on soit obligés d’accepter d’accueillir ce genre de structures alors qu’on n’a plus de centre commercial à Magnanville, fulmine-t-elle. […] Ils arrivent à nous imposer un centre pénitentiaire juste à côté d’un lycée, devant des maisons individuelles, dont les propriétaires étaient ravis d’avoir des champs devant chez eux. Là ils vont se payer quoi, des hauts murs, des barbelés. »

Bien que la décision ait été prise par l’État, tous tiennent le maire pour « responsable ». Dans son communiqué de presse, le ministère indique en effet ­saluer le sens de l’intérêt général de la municipalité. « La tournure de leur communiqué de presse laissait entendre, à tort, que je portais ce projet de maison d’arrêt », déplore Michel Lebouc dans son communiqué de presse. En revanche, l’édile pointe le syndrome du « oui mais pas chez nous », exprimé par ses administrés : « Oui ces services publics sont nécessaires, nous avons besoin de prisons, d’hôpitaux, de commissariats, de casernes de pompiers… mais pas sur notre territoire. Je suis un républicain et à ce titre, j’entends les arguments avancés par l’État […]. Mais je comprends également les questionnements des Magnanvillois ­concernant ce ­projet de ­construction. »

Le 29 septembre, veille de l’annonce, un conseil municipal avait été organisé à huis-clos afin d’informer l’ensemble des élus. « Je trouve ça hallucinant qu’un projet, quel que puisse être le projet, soit imposé par le ministère ou le gouvernement sans consultation aucune des élus ou des habitants, souffle Dylan Guelton (EELV), conseiller d’opposition du groupe Collectif Magnanville. […] On n’a pas de raison qui a été donnée pour dire c’est à cet endroit-là et pas ailleurs parce que concrètement, des endroits comme ça il y en a plein dans les alentours, et dans les Yvelines aussi […]. Bétonner des terres agricoles ça paraît ­irraisonnable. »