« Ce sont des faits qui sentent bon les Mureaux, où il se passe des faits qui ne se passent pas ailleurs », lançait le président de la sixième chambre du tribunal correctionnel de Versailles à la lecture du dossier ce jeudi 4 novembre.

Un couple originaire des Mureaux comparaissait pour avoir, le 16 juin dernier, enlevé en pleine rue un adolescent âgé 15 ans, le petit ami de leur fille du même âge. Après l’avoir réprimandé sur sa « mauvaise influence » et menacé dans un champ situé à Ecquevilly, le couple avait finalement relâché le garçon, encore très perturbé par cet épisode.

Le jour des faits, R., l’adolescent victime, rentre du collège accompagné de l’une de ses amies lorsqu’un van surgit et s’arrête à leur hauteur. En sortent en trombe, J. et L., les parents de sa petite amie, également dans sa classe. Sans explication aucune, le couple de trentenaires le force à monter dans le véhicule. « Lui se montre menaçant : « Tu vas voir ce qu’on va te faire », et la mère tire la victime à l’intérieur et pince [l’amie du garçon] au visage », rapporte le juge des témoignages des deux ­adolescents.

Perplexe, le jeune Muriautin s’exécute sans résister et découvre que D., la fille du couple avec laquelle il entretient une relation amoureuse depuis quelques semaines, est assise à l’intérieur en silence. Selon le rapport de police, cette dernière aurait été contrainte par ses parents « à tendre un guet-apens » au collégien. « Ne sachant pas où il se trouvait, D. l’a appelé en masqué en prétextant une fugue pour lui demander sa localisation », rapporte la procureure de la République du déroulé des ­événements.

Après avoir embarqué R., le couple prend la route. À l’intérieur du van, le mari, qui reproche au garçon une récente escapade amoureuse nocturne ainsi que d’avoir influencé sa fille « habituellement studieuse » à sécher les cours, se montre très menaçant : « Tu vas voir on va venir s’occuper de ta sœur », assène-t-il à l’adolescent en précisant qu’il fera exécuter « le travail » par quelqu’un d’autre, ne voulant pas « se salir les mains ».

Après avoir déposé son mari devant un commerce, la prévenue confisque le téléphone du jeune garçon et se dirige vers la sortie de la ville. Elle s’arrête finalement loin de toute habitation, dans un champ situé à Ecquevilly. « Elle désigne alors un arbre et menace R. en disant : « Si j’avais eu la force je t’aurais ligoté et laissé là toute la nuit » », poursuit, du déroulé, le juge.

« Ce genre de méthodologie, on voit ça dans les dossiers de réglements de compte entre voyous », tonne de son côté la procureure de la République quand l’avocate de la partie civile, maître Elisabeth Desgrees du Lou, parle, elle, d’un « scénario d’un ­mauvais polar ».

Cette mère de famille, enceinte de son septième enfant, a fini par rebrousser chemin pour déposer le garçon aux Mureaux après un peu plus d’un quart d’heure. « R. pense que ce sont les appels incessants sur son téléphone qui lui ont permis d’être libéré aussi tôt », indique l’administrateur ad hoc désigné pour représenter R. dans le cadre de la procédure. La jeune fille qui l’accompagnait avait effectivement eu le bon réflexe de prévenir les parents de R. ainsi que la police.

Pour expliquer la séquestration de l’adolescent devant le tribunal, J. a assuré qu’il voulait simplement « marquer le coup », que la méthode employée était « juste du cinéma » et qu’il ne comptait pas lui faire de mal. Sa femme a également reconnu les faits et précise l’avoir regretté « le soir même ».

« Les conséquences ont été importantes pour R., signale cependant l’administrateur ad hoc. Il est resté quinze jours dans sa chambre complètement paniqué, il ne voulait pas aller au collège et vérifiait les portes de sa maison systématiquement. »

Si les parents de R. avaient d’abord porté plainte contre le couple, ces derniers se sont ravisés avant leur première audience au tribunal le 18 juin. Après deux renvois, depuis lesquels le mari a été incarcéré puis placé, comme son épouse, sous contrôle judiciaire, c’est finalement le ministère public qui a engagé des poursuites à leur encontre.

Le tribunal, en suivant ses réquisitions, a condamné les deux prévenus à une peine de dix mois de prison entièrement assortie d’un sursis probatoire. Ils devront également verser à R. la somme de 2 000 euros et 500 euros à son amie aux titres des dommages et intérêts et suivre un stage de citoyenneté.