Depuis le mardi 2 novembre, les livraisons de l’usine Bonna Sabla, qui produit des voussoirs pour réaliser les tunnels du Grand Paris Express et d’Eole, sont à l’arrêt. Devant la grille du site, une cinquantaine d’intérimaires tiennent, depuis plusieurs jours, un blocus pour réclamer le versement d’une prime de 4 000 euros. La direction appelle à l’apaisement.

Sur les 80 intérimaires en mission, « 65 % sont en grève », rapporte vendredi 5 novembre un intérimaire. Répartis en trois équipes, ces derniers se relaient jour et nuit pour empêcher les camions de quitter l’usine. Tous réclament une prime de 4 000 euros qui a été versée aux employés en CDI pour la livraison de ­chantiers sur les lignes du métro parisien.

« En juin, nos responsables nous avaient dit qu’on aurait, nous aussi, le droit à cette prime et que le directeur avait prévu une enveloppe, souligne un intérimaire qui travaille sur le site depuis 2019. Maintenant, on arrive tous en fin de mission et il n’y a toujours rien donc on ne bougera pas. » Faute d’activité, l’entreprise prévoit effectivement d’arrêter la production de l’usine conflanaise d’ici la fin de l’année avant une fermeture l’année suivante.

« Les patrons se sont auto-démasqués en ne donnant rien, estime Galien Mauduit, élu CGT Adecco. Lorsque le Covid était au maximum, l’essentiel des personnels qui étaient encore présents c’était les intérimaires qui, avec les promesses d’avoir un peu plus, sont venus et ont permis le ­maintien de ­l’activité. »

« Il n’y a jamais eu de promesse, c’est faux », dément de son côté la direction de Bonna Sabla qui souligne que les intérimaires ne sont pas concernés par cette « prime de bonne fin de chantier » puisque leur statut prévoit déjà le versement de la prime de précarité en fin de mission. D’après l’entreprise, la manifestation aurait d’ailleurs d’importantes répercussions sur les chantiers du Grand Paris Express et du RER E d’Eole puisque deux tunneliers étaient visiblement « tout près de l’arrêt » en fin de semaine.

Si des premiers échanges entre grévistes et direction ont eu lieu dans la semaine, aucune issue n’est envisagée dans l’état actuel des choses. « Là c’est le degré 0 de la méthode de négociation, déplore l’entreprise. Il ne pourrait y avoir un début de dialogue qu’à partir d’une situation apaisée : on ne discute pas dans une situation de blocage. » Du côté des intérimaires, on estime cependant que le blocus reste « le seul moyen de pression ».