« Relation. » Ce mot est celui qui a été utilisé par le directeur de la société publique locale de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), Sylvain Facon, pour décrire l’événement du 9 novembre organisé au forum Armand Peugeot, à Poissy. Ce jour-là, la communauté urbaine a organisé la troisième édition de sa convention d’affaires qui a réuni une centaine d’entreprises. Outre des stands permettant aux sociétés de se faire connaître auprès des autres en mettant en avant leurs produits, des rendez-vous d’affaires étaient également proposés dans le but de permettre aux entreprises de nouer des contacts entre elles avant de collaborer, idéalement, ensemble.

« Je suis là pour avoir des nouveaux clients […]. Cet événement permet de rencontrer les bonnes personnes des entreprises, les dirigeants », déclare Nathalie Baudouin, gérante de la société de nettoyage épônoise La Flamboyante à destination des entreprises. Expliquant que le démarchage est difficile car il n’est pas forcément toujours aisé d’avoir les bons contacts, elle insiste également sur le fait que la situation sanitaire a aggravé cette problématique. « C’est plus compliqué parce que les gens hésitent à faire des rendez-vous physiques, il y a beaucoup de télétravail donc les gens ne sont pas forcément dans les bureaux », détaille-t-elle.

« Il est certain que la pandémie et les mesures sanitaires n’ont fait que rajouter une couche de difficultés supplémentaires et ont stoppé aussi beaucoup de choses […], affirme la vice-présidente de la communauté urbaine en charge du développement économique et maire DVD de Morainvilliers, Fabienne Deveze. Redonner l’occasion aux entreprises d’être à nouveau en relation, d’avoir à nouveau ce contact humain entre eux, c’est essentiel. » Selon elle, au moins « 200 » rendez-vous d’affaires étaient programmés le 9 novembre.

Le nombre de rendez-vous par entreprise semble néanmoins varier d’un secteur à l’autre. Nathalie Baudouin avait, par exemple, un unique rendez-vous fixé ce jour-là et espérait en obtenir d’autres au cours de la journée. Le directeur de la société de routage et gestion de fichiers (RGF), à Verneuil-sur-Seine, Antoine Albanese, n’en a, quant à lui, pas manqué puisqu’il en a eu « 13 ».

« C’est davantage une prise de contacts, nuance-t-il cependant. Lorsqu’il y a un besoin, on va plus loin dans le cahier des charges [mais] on n’est pas encore dans l’établissement d’une proposition et d’une négociation. C’est la toute première étape, celle d’identifier si on a affaire à un prospect ou une simple [demande] d’informations qui pourrait être utile ultérieurement », déclare-t-il en précisant qu’il est indispensable de conserver les contacts des personnes intéressées pour pouvoir nouer des relations professionnelles par la suite.

De nombreuses entreprises rencontrées ce jour-là insistent aussi sur le fait qu’en tant qu’entrepreneur, il est souvent difficile de gérer en même temps son activité et les démarches administratives. David, un entrepreneur travaillant dans les ressources humaines, tempère néanmoins ces propos en ajoutant qu’il peut s’appuyer sur la ­communauté urbaine pour ­l’épauler.

« On a [une adresse mail] qu’on a mis en place il y a quelques temps pour que, nous-même, à la communauté urbaine, on leur facilite la tâche, qu’ils puissent s’adresser à nous [et] qu’on les oriente vers la personne la plus à même de répondre à leurs besoins […]. C’est deveco@gpseo.fr », précise Fabienne Deveze.

La mise en relation passe également par le biais de l’incubateur Pi-cube situé à Mantes-la-Jolie et dédié aux porteurs de projets. « Un incubateur c’est un lieu où on peut être accompagné quand on a un projet, qu’on souhaite se développer, qu’on souhaite challenger son business modèle etc. On va être accompagné », résume la chargée de mission de Pi-cube, Salomé Grossaert, en précisant que l’événement du 9 novembre permet aux entreprises de se rencontrer et éventuellement de nouer des partenariats.

Cette volonté est justement l’une des attentes de Maxime Soulier, co-fondateur de l’entreprise culinaire Max de génie dont les pâtisseries possèdent un faible taux glycémique. Du fait de son incubation à Pi-cube, il a pu, ce jour-là, tenir un stand dans lequel il présentait ses produits aux côtés d’autres stands aussi diversifiés que celui du porteur de projets, Antar Cherrara, gérant de ­G-waves. Ce dernier est en cours de développement d’un projet pour faire des économies d’eau dans les toilettes en passant de « six à huit litres » dépensées en moyenne par chasse d’eau à « 33 centilitres », soit ­l’équivalent d’une canette.

« J’ai toujours été frappé quand je visite des entreprises […] du fait qu’on part du principe, nous les élus, qu’évidemment, les chefs d’entreprises se connaissent entre eux. C’est faux. C’est un peu contre-intuitif de dire cela mais c’est le cas », déclare le président de la communauté urbaine et maire mantais, Raphaël Cognet (LR).

Selon lui, permettre aux entreprises de se connaître entre elles est pourtant indispensable pour assurer leur bon fonctionnement en vallée de Seine. « C’est quand même plus intuitif d’aller faire du business avec son voisin s’il est gentil, compétitif et qu’il respecte les délais, évidemment, plutôt qu’avec des entreprises à l’autre bout de la France », ajoute-t-il.

Il est rejoint par Erika Rassouw, directrice des opérations d’Akinea Internet, un opérateur télécoms dédié aux professionnels et dont l’activité commerciale est basée à Buchelay. « C’est local, c’est le secteur, cela me permet de vraiment tisser des liens locaux et ne pas se dire d’aller chercher à 500 [kilomètres] quelqu’un alors qu’on a ce qu’il faut sur le ­territoire », se réjouit-elle de sa venue.

La volonté de nouer des partenariats est l’une des attentes de Maxime Soulier, co-fondateur de l’entreprise culinaire Max de génie dont les pâtisseries possèdent un faible taux glycémique.

Offrir la possibilité aux entreprises de se rencontrer et pouvoir, par la suite, travailler ensemble, est également un atout pour leur permettre de se développer et ainsi embaucher. Alors qu’une table ronde sur la thématique du recrutement était organisée, cela ne semble cependant pas une priorité pour toutes les entreprises présentes.

« On a des besoins dans l’entreprise mais comme on sort d’une période de Covid, notre objectif premier c’est de trouver des partenaires financiers pour nous accompagner mais les besoins sont là », affirme Pascal Lazerand, dirigeant de l’entreprise épônoise I2Form spécialisée dans l’ingénierie éducative avec notamment la fabrication de robots. Ses besoins de recrutement concernent notamment des postes dans le domaine administratif, en gestion des ventes et en marketing-commercial. Si embaucher du personnel n’est pas encore une priorité pour l’entreprise I2Form, beaucoup de sociétés, elles, semblent avoir du mal à trouver des employés et notamment des salariés qualifiés.

« Nous on ne parle pas de manque de compétences, on parle d’une inéquation entre les compétences des personnes qui sont sur le marché du travail et le besoin des entreprises. Cette inadéquation était déjà présente avant la crise, ce n’est pas nouveau, les difficultés de recrutement étaient déjà présentes avant », déplore l’économiste et cheffe de projet senior en charge des projets sur la transition écologique et la compétitivité des entreprises de La fabrique de l’industrie, Caroline Mini.

Une centaine d’entreprises était rassemblée au forum Armand Peugeot, à Poissy, pour la troisième édition de la convention d’affaires organisée par la communauté urbaine.

Elle rappelle également que « 48 % des projets de recrutement dans l’industrie sont jugés difficiles » et qu’il s’agit du « premier frein à l’activité industrielle ». Or, sur le territoire de GPSEO, « 20 % de l’emploi est industriel et c’est plus que le niveau national qui est autour de 12 % ». Le taux de chômage sur le territoire de la communauté urbaine était, lui de « 13,3 % en 2018 ». Selon l’INSEE, fin 2018, le taux de chômage sur le territoire national était de « 8,8 % de la population active ».

Le président de la délégation CPME des Yvelines et agent d’assurance exerçant en profession libérale, Thomas Godefroy-Scola, indique que le département est composé à « 99 % d’entreprises sur les 100 000 des Yvelines de TPE et PME ». Or ces dernières n’ont « pour l’immense majorité [pas] de services de ressources humaines et professionnelles du recrutement et du management » ce qui, selon lui, est également un frein au recrutement.

« Je pense qu’à un moment donné, il faudra faire des formations extrêmement ciblées par métier précis, voire même par entreprise », déclare-t-il avant d’ajouter : « J’ai une salariée qui est en congé maternité, qui va accoucher en janvier. J’ai encore quelques mois devant moi à avoir un poste à pourvoir, je ne prends personne parce que je sais très bien qu’il va me falloir cinq-six mois pour que la personne maîtrise mes logiciels et puisse être efficace. Le temps que cette personne soit efficace [mon employée] aura déjà repris ».