« Si vous m’aviez dit dès le départ proxénétisme hôtelier [comme chef d’accusation au lieu de proxénétisme aggravé], j’aurais plaidé coupable », justifie l’homme entendu mercredi 17 novembre par le tribunal correctionnel de Versailles. L’audience s’est attardée à faire la lumière sur son rôle et celui de son épouse dans cette affaire liée à la prostitution.

Les deux prévenus, originaires de Mantes-la-Ville, avaient été identifiés au mois d’avril à la suite d’une enquête menée par la police des Mureaux. Informés par une habitante de Meulan-en-Yvelines, les enquêteurs avaient découvert que plusieurs prostituées originaires d’Amérique du Sud enchaînaient les passes dans un appartement du quartier Paradis.

« Les annonces pour la prostitution étaient passées depuis [un site internet d’escorting] et étaient reliées à deux autres adresses dont l’une à Mantes-la-Ville », rapporte la juge des faits. En relevant l’adresse IP de l’utilisateur ayant publié ces annonces, les policiers remontent jusqu’au contrat internet de la prévenue, une femme âgée de 28 ans. Interpellée le 7 octobre, cette dernière reconnaîtra devant eux avoir sous-loué son appartement, situé rue Victor Schoelcher, « en connaissance de cause » avant finalement de revenir sur cette notion devant le tribunal.

« Au début, je ne savais pas que c’étaient des prostituées […]. La jeune fille m’a proposé 1 500 euros pour louer mon appartement […]. J’avais des dettes, c’était trop beau je ne pouvais refuser », avance-t-elle. La Mantevilloise peine pourtant à s’expliquer quand elle est confrontée à ses écoutes ­téléphoniques.

« Pourtant, le 19 mai 2021, vous avez au téléphone une femme qui se prostitue, vous demandez que tout l’argent soit prêt parce que « la dernière fois, les filles n’étaient pas sérieuses » […] et devant les policiers vous dites « ça se voyait que c’étaient des putes » », lui rappelle ainsi la juge. Pour récupérer ces loyers de 1 500 euros, la prévenue missionnait son mari, âgé de 32 ans, qui, lui, se gardait parfois une partie de la somme.

Si l’enquête de police supposait que la Mantevilloise créait les annonces et utilisait plusieurs lignes téléphoniques pour orienter les clients vers les logements, l’avocat de son mari a mis à mal cette théorie. « On a quand même une audition d’une des prostituées qui va expliquer qu’elle dépose [elle-même] des annonces […]. On va nous dire qu’on entend une voix [qui oriente les hommes vers les prostituées] qui serait [sa] voix mais dans le procès verbal d’une interception du « call-center » les policiers parlent d’une voix de femme à l’accent caractéristique d’Amérique du Sud », rapporte ­l’avocat des pièces du dossier.

Au vu de ces observations, le tribunal a condamné la vingtenaire à une peine d’un an sous bracelet électronique pour avoir « tiré profit de la prostitution d’autrui ». Son mari, qui possède lui un casier judiciaire beaucoup plus fourni, a écopé d’une peine de 18 mois de prison ferme. Son conseil devrait faire appel de la décision.