« Dix millions de tonnes de produits », c’est ce que représentent les pertes alimentaires chaque année en France, selon un diagnostic du ministère de la transition écologique. Aujourd’hui, la lutte contre le gaspillage alimentaire s’inscrit également au menu des collectivités locales. Que ce soit par les pertes enregistrées par leurs habitants et commerçants ou par les quantités jetées dans leurs cantines scolaires, ces dernières sont aussi concernées à leur niveau.

En vallée de Seine, les villes de Poissy et Carrières-sous-Poissy mettent en œuvre diverses actions en ce sens. Pour la première, la municipalité a présenté, lors du conseil municipal du 15 novembre, une charte contre le gaspillage alimentaire qu’elle compte proposer à ses commerçants pour les inciter à réduire les quantités de ­produits jetés.

L’idée principale est calquée sur la loi votée en 2018 qui oblige les supermarchés de plus de 400 m² à faire don des invendus au profit des associations caritatives. Une démarche inspirée de l’action de la commune de Courbevoie (Hauts-de-Seine), où la même charte a été mise en place en décembre 2020 pour intégrer les enseignes de plus petites tailles à la démarche.

« Diverses études démontrent que, parvenir à réorienter seulement un tiers des volumes gaspillés de nourriture permettrait de résoudre 100 % des problèmes d’insécurité alimentaire dans notre pays, note le maire de Courbevoie, Jacques Kossowski (LR), venu témoigner, devant le conseil municipal pisciacais, des bienfaits de cette initiative dans sa commune. Elle a permis de sauver de 5 000 à 10 000 repas chaque mois. Ça représente 50 000 repas pour les plus démunis, étudiants et retraités et c’est zéro pour le contribuable. »

Avant de présenter sa charte anti-gaspillage alimentaire, la Ville de Poissy avait convié, le 18 octobre dernier, l’ensemble des acteurs locaux pour une réunion publique.

Telle qu’elle a été rédigée à Poissy, elle propose notamment à la quinzaine de commerces alimentaires qui seront sollicités « de favoriser le don aux associations pisciacaises […] faire des promotions anti-gaspillage alimentaire, notamment sur les produits proches de la date limite de consommation […] proposer de la vente en vrac ou à l’unité afin d’adapter les quantités achetées et réduire les emballages ».

Lydie Grimaud, l’adjointe déléguée au développement durable, précise par ailleurs que « la commune n’interviendra pas dans le mode de gestion des commerçants mais pour accompagner ceux qui le souhaitent pour la mise en relation soit avec les associations pisciacaises soit avec les professionnels de l’anti-gaspi pour la redistribution des invendus ».

Car, à en croire Nicolas Giner, le gérant du nouveau Super U qui doit ouvrir à Poissy en début d’année prochaine, cela n’est pas forcément chose aisée. « On a besoin de facilitateurs au niveau des associations, souligne le chef d’entreprise lors d’une réunion publique organisée sur ce même thème par la Ville le 18 octobre dernier. Sur la problématique en effet c’est la taille des associations [car] elles [ne] sont pas toujours à taille critique les jours de passages, donc avoir un passage régulier c’est très compliqué. »

« Je suis assez étonnée parce que je ne savais pas qu’on pouvait éventuellement récupérer des paniers au Carrefour Market de Beauregard (dont la superficie est de 700 m², Ndlr), se réjouit quant à elle, Christiane, membre de l’antenne pisciacaise du Secours populaire. Dans la commune voisine, pour réduire le gâchis, la Ville de Carrières-sous-Poissy mise sur la sensibilisation et l’éducation des écoliers. En s’intéressant aux pertes dans ses cantines en 2019, la Ville a fait un constat : en moyenne 125 grammes de nourriture sont jetés par plateau.

En avril dernier, La Ville a donc rejoint le réseau anti-gaspillage de la société To Good To Go afin d’organiser des ateliers de sensibilisation auprès de ses élèves. À l’école Champfleury, le premier s’est déroulé le 19 novembre. L’exercice du jour consiste à réaliser, à la façon du peintre Giuseppe Arcimboldo, un portrait à l’aide de fruits et légumes dits « moches », dans le but de détacher la dizaine de participants des critères de calibrage de la grande distribution.

Sur la pause méridienne, des animateurs éduquent les élèves carriérois au gaspillage en les encourageant à ne prendre que ce qu’ils comptent manger.

« S’il est moche, on peut faire de la soupe et ça ne se verra pas », remarque très justement Leila après un débat sur le goût de la banane lorsque celle-ci est tachetée de noir. Depuis la rentrée, la Ville a également installé des tables de tri dans les cantines des écoles Champfleury, Bords-de-Seine et Provence afin de « responsabiliser » les enfants et mesurer plus précisément les pertes. Sur la pause méridienne, des animateurs éduquent les élèves sur le gaspillage en les encourageant à ne prendre que ce qu’ils comptent manger.

« L’objectif, c’est d’apprendre à l’enfant à être un vrai consommateur responsable, explique Pierre Rabette-Gache, responsable du service de la ­restauration municipale. En amont, il y a aussi eu tout un travail sur les menus végétariens par exemple : l’année dernière, on a fait valider par les enfants les plats avec des ateliers cuisine, parce qu’on a vu qu’il y avait un fort ­gaspillage sur les menus ­végétariens. »

Il précise : « Il y a tout un travail psychologique par rapport au visuel surtout parce qu’on s’aperçoit que les produits qui ont été créés par l’agroalimentaire pour les enfants dans ce cadre-là ne correspondent pas forcément à ce qu’ils apprécient. » Et selon Olivia Jones, la directrice de l’école Champfleury, les nouvelles directives semblent porter leurs fruits. « Avant, on jetait l’équivalent de deux à trois sacs-poubelles de 200 litres, depuis septembre, on est passé à un seul », ­rapporte-t-elle.

Contrairement à la Ville de Poissy, qui avec Elior, le prestataire de ses cantines, redistribue une fois par mois les denrées non consommées aux locataires de la résidence étudiante Geneviève Brousset, la commune de Carrières-sous-Poissy ne génère pas, elle, assez de volumes pour ce genre de dispositif. Cette dernière envisage plutôt d’investir à terme dans un composteur pour valoriser les déchets alimentaires.