Que se passe-t-il à la mairie de Mantes-la-Jolie depuis quelques mois ?

A l’origine, nous, je parle là de 24 élus de la majorité, qui constitue d’ailleurs également la majorité municipale, avions décidé de démissionner, inquiets que nous étions de la gestion assez paralysante et aventureuse du maire. Étant des élus responsables et voulant éviter une période d’agitation à une ville qui n’en a pas besoin, nous nous sommes ravisés et rapprochés de lui pour entamer des négociations qui devaient conduire à son départ. Départ qu’il a accepté.

Nous pensions avoir trouvé une transition douce en lui laissant le temps de prévenir le préfet des Yvelines, ce qu’il a fait par courrier mi-novembre en actant sa démission au 31 décembre 2021, et aussi de se retourner professionnellement. De cette manière, nous préservions l’intérêt général qui nous guide.

À quoi vous attendiez vous lors du conseil municipal du 29 ­novembre ?

À tout sauf à ce qu’il s’est passé. Raphaël Cognet n’a pas tenu parole. Quinze jours avant, je l’avais vu en tête-à-tête, il m’avait reconfirmé qu’il allait annoncer sa démission, qu’il avait d’ailleurs confirmée au Préfet le 15 novembre. Il m’avait dit les yeux dans les yeux, « je partirai le 2 janvier », en ajoutant qu’il ferait faire un constat d’huissier pour prouver qu’il ne prenait rien dans son bureau en partant.

Le conseil du 29 novembre était initialement prévu pour le débat d’orientations budgétaires. Nous avions convenu que tenir ce type de débat aussi engageant pour l’avenir n’était pas raisonnable alors qu’à l’issue de ce conseil, il devait démissionner. Et tout le monde a pu le constater, il n’a pas démissionné. Il a même organisé un happening déplacé et bien peu républicain.

Rien ne s’est passé comme ­prévu. Pourquoi ?

Car il n’a pas tenu ses promesses. On s’est rapidement rendu compte qu’il avait fait venir ses amis pour faire la claque, une centaine de personnes. Alors que dans un souci d’apaisement, et que notre capacité de mobilisation est sans commune mesure avec la sienne, nous avions demandé à nos soutiens de rester chez eux pour que la réunion se tienne dans la ­sérénité.

Il ne nous a pas fallu beaucoup de temps pour nous apercevoir qu’il se servait de ce conseil et ne tiendrait pas sa parole. Puis après avoir pris soin de clôturer la séance, il a donné la parole au public. Du jamais vu depuis 25 ans à Mantes-la-Jolie malgré les demandes répétées de l’opposition de gauche à laquelle il n’avait jamais jugé bon de donner satisfaction. Pourquoi ce revirement soudain ?

Il fallait aussi voter le passage aux 35 h et le nouveau régime indemnitaire pour certains agents communaux, en grève depuis le 18 novembre et qui ­manifestaient ce soir-là ?

Une fois de plus, comme il ne se mouille pour rien, ne tranche aucune situation, il a fallu que Sidi El Haimer, adjoint aux affaires scolaires, Benjamin Vialay, adjoint aux finances, et moi-même rencontrions les syndicats le jeudi qui a suivi le conseil municipal pour obtenir la fin du mouvement en nouant un dialogue avec les agents qui n’avaient jamais été reçus par le Maire et ainsi leur permettre de faire à nouveau confiance à leurs élus, aux enfants de déjeuner et être gardés dans des conditions satisfaisantes.

Le maire a démenti plusieurs rumeurs le concernant, notamment la venue d’employés municipaux chez lui pour faire des travaux et l’achat d’un véhicule pour son épouse. Etiez-vous au courant ? À quoi peut-il faire allusion ?

J’espère que ce n’est pas le cas ! Je sais juste la volonté du maire de dépenser une somme non-négligeable pour se faire aménager une salle à manger et une salle de bain à l’hôtel de ville dans l’ancien appartement du gardien inutilisé depuis dix ans. Alors que les agents sont à l’étroit dans leurs bureaux et que le personnel de cantine demande à ce que son sort soit amélioré de quelques dizaines d’euros mensuels. On voit où vont les priorités dans une ville comme la nôtre. De telles dépenses ­somptuaires sont indécentes.

Quant à l’achat d’une voiture à sa femme : La réalité est autre. Outre la voiture avec chauffeur mise à sa disposition par la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) il a commandé l’été dernier une Peugeot 5008 payée par la ville de Mantes-la-Jolie pour plus de 40 000 euros. Ce véhicule étant doté de sept places, il semble être utilisé dans le cadre privé, ce qui est formellement interdit pas la loi. Mais ce n’est pas mon sujet, c’est à la ­justice d’en décider.

Y-a-t-il d’autres dépenses qui vous semblent inconsidérées ?

Ça arrive, notamment avec les sujets qui lui sont chers, sans mauvais jeu de mots. Il a signé un contrat compris entre 500 000 et 600 000 euros pour permettre à 15 classes de s’initier et de pratiquer les échecs pendant 4 ans. Je ne remets pas en cause l’intérêt des échecs qui est une activité très intéressante pour les enfants. Je dis juste que c’est quand même beaucoup d’argent pour une activité facturée à ce prix par le prestataire même s’il adore les échecs et qu’il joue en ligne avec quelques jeunes mantais…  Tout de même !

On évoque des tensions depuis plus d’un an. Concrètement, quelles sont les conséquences ?

Deux opérations déterminantes pour l’avenir de Mantes, au Val Fourré et au Centre-ville se profilent à l’horizon. Sauf que la ville n’a pas l’argent pour conduire seule ces projets et qu’il est impératif de mettre à contribution l’Agence Nationale de Renouvellement Urbain pour le Val Fourré et Cœur de Ville pour le Centre-ville. Donc nous ne pouvons compter que sur le Département et la Région. Comme le dit le proverbe : « Quand c’est flou, il y a un loup. »

La ville est pauvre, c’est une réalité ! Quant à la communauté urbaine GPSEO, elle est sans le sou. Elle va sans doute être contrainte d’augmenter la taxe foncière de six points qui correspond en moyenne à une augmentation d’environ 30 % de cette taxe pour les propriétaires. Seuls le Département et la Région peuvent financer les deux grandes opérations du mandat : le Centre-Ville et le Val Fourré pour lequel l’ANRU et l’État vont contribuer. Vouloir les conduire à la hussarde, sans prendre soin d’un accord précis avec Valérie Pécresse et Pierre Bédier pour que, projets après projets, le consensus se fasse, c’est la garantie de l’échec.

A-t-il fait avancer certains ­sujets depuis qu’il est élu ?

Le bilan est famélique. Pour l’instant, il se fait mousser avec des projets datant de la période où Michel Vialay conduisait aux destinées de la ville : le square Brieussel et le Belvédère. Ce n’est pas un maire de projets et de réalisations, c’est un maire coupeur de rubans.

Pourquoi suscite-t-il chez une majorité d’élus autant de ­déception ?

Peut-être car nous avions placé beaucoup d’espoirs en lui. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. C’est un garçon très sympathique. Dans mon esprit, c’était le maire de Mantes-la-Jolie pour les deux prochaines décennies, il lui suffisait d’emprunter les pas de ses prédécesseurs pour continuer de faire de cette sous-préfecture une ville agréable à vivre disposant d’une chance historique avec l’arrivée du RER Éole en 2025 qui va permettre à l’économie locale de se développer et rendre plus facile l’accès à l’emploi.

Pour gérer le quotidien, pour expédier les affaires courantes, il s’en sort. Mais dès que les dossiers sont plus consistants, que les enjeux prennent de l’ampleur, son action s’étiole, il se met aux abonnés absents. C’est sa marque de fabrique. Un jour c’est oui, le lendemain c’est non. Et parfois il n’attend même pas le lendemain. On le voit avec cette valse-hésitation concernant sa démission. Un jour je m’en vais, le lendemain je reste. Comment peut-on compter sur un garçon aussi inconsistant pour faire avancer une ville de 45 000 habitants ?

Que ferez-vous en cas de nouvelle élection ?

Si le maire démissionne en même temps que ses soutiens, de nouvelles élections municipales devront avoir lieu car le conseil ne sera pas complet. L’inconvénient majeur résidera dans la paralysie de la ville pendant trois mois. Mais aussi des 72 autres communes qui constituent la communauté urbaine GPS&0 forte de 400 000 habitants dont notre maire assure la présidence.

Pour corser le tout, les électeurs mantais risquent d’être appelés aux urnes pour deux scrutins différents à quelques semaines d’intervalle. Pour les municipales puis les présidentielles. Sans compter que l’organisation de nouvelles élections municipales coûterait de l’argent aux contribuables. Il faut mobiliser pour ça des agents municipaux qui sont légitimement rémunérés pour travailler ces jours-là. A-t-on vraiment besoin de ça ? Ma réponse est contenue dans ma question.