« Impatience. » Dès lors qu’il s’agit d’évoquer la date du 16 février prochain, ce mot est prononcé unanimement tant par Grégoire Devoise, directeur du cinéma CGR, à Mantes-la-Jolie, que par différents restaurateurs interrogés par La Gazette en vallée de Seine. À compter de ce jour-là, dans le cadre de l’assouplissement des restrictions sanitaires qui avaient été prises pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, la consommation dans les cinémas mais aussi debout au comptoir des bars et restaurants sera à nouveau autorisée. Les professionnels des secteurs concernés espèrent donc que la clientèle sera au rendez-vous pour compenser les pertes de chiffres d’affaires qui avaient été engendrées suite à ces interdictions.

« Il faut que [le 16 février] arrive vite parce que là, cela commence à suffire », lâche Didier, un employé d’une brasserie pisciacaise, en précisant que la consommation au comptoir représente environ « 60 % » du total de sa clientèle. En attendant, l’établissement dans lequel il travaille a tenté de s’adapter en installant quelques chaises, à distance respectable les unes des autres, au niveau du comptoir.

« On a mis des chaises […] pour permettre aux gens qui veulent quand même rester au bar de pouvoir s’asseoir sans rester debout », précise-t-il en ajoutant néanmoins que cette mesure n’a pas empêché la diminution du chiffre d’affaires de l’établissement. « On est entre 40 et 50 % de moins de chiffres d’affaires par rapport aux autres années (avant le premier confinement en mars 2020, Ndlr). Ce n’est pas bon du tout, on est juste ric-rac », explique-t-il.

Ces baisses de chiffres d’affaires, Charlie, responsable de l’établissement Le d’Estrées, à Mantes-la-Jolie, les connaît aussi. Selon lui, environ « 40 % » de sa clientèle consomme au comptoir et principalement en soirée. « Là, depuis toutes ces mesures [et en particulier depuis la nouvelle fermeture administrative des discothèques en décembre dernier] c’est une catastrophe », se désole-t-il.

« Je sais que cette perspective de reprise ou d’allègement était attendue », déclarait, le 20 janvier, le premier ministre, Jean Castex (LREM), lors de l’annonce de l’assouplissement des restrictions sanitaires en précisant que le gouvernement maintiendra en attendant « tous les dispositifs de soutien économique ».

Ces aides économiques, Grégoire Devoise reconnaît y avoir recours. « La confiserie est une activité très importante pour notre exploitation […], affirme-t-il. Le fait qu’on ferme la confiserie c’était très embêtant [économiquement] pour nous. Après, on respecte les annonces du gouvernement et nous utilisons les aides qui nous sont octroyées pour faire face à cette crise mais nous sommes heureux que la réouverture se fasse le 16 février, juste avant les vacances scolaires. »

Outre l’espoir de voir une amélioration de son chiffre d’affaires, le directeur du cinéma CGR, qui comprend neuf salles, voit également dans la date du 16 février prochain la possibilité de réintégrer son équipe au complet. « On a plusieurs agents d’accueil qui sont au chômage partiel suite à la fermeture [de la confiserie] donc on a hâte de retrouver tout notre personnel et une activité pleine pour l’exploitation », confie-t-il en précisant que la fermeture de la confiserie impactait également d’autres professions affiliées au cinéma comme les sous-traitants chargés du ramassage des ordures ménagères. « Il n’y a plus d’alimentation [autorisée dans les salles] donc il y a moins d’ordures ménagères », détaillait-il.

Pour le responsable du bar Le d’Estrées, une autre annonce du discours du premier ministre l’a également marqué. Il s’agit de la réouverture administrative des discothèques ainsi que la possibilité de faire à nouveau des concerts debout à partir du 16 février. De ce fait, les événements festifs pourront reprendre au sein de l’établissement. « Je crois qu’on a décidé de faire trois grosses soirées pour ramener les gens », explique-t-il des événements prévus dans les jours suivants l’assouplissement des restrictions sanitaires.

Parmi eux, se trouve notamment l’événement de salsa qui était habituellement organisé tous les derniers dimanches du mois. « À 18, 19 [et] 20 heures, ce sont des cours de salsa. C’est pour initier les gens et après vous avez tous les professionnels qui arrivent et ça danse jusqu’à minuit, une heure du matin », explique-t-il en rappelant que les droits d’entrée sont au profit de l’association.

Qu’il s’agisse du pass sanitaire ou du pass vaccinal, toutes les personnes travaillant dans les bars et restaurants interrogées par La Gazette affirment que cela prend beaucoup de temps à contrôler.

Ces allègements des mesures sanitaires sont particulièrement appréciés par les Comédiens de la Tour au théâtre Octave Mirbeau, à Triel-sur-Seine. Ces derniers n’étaient pas concernés par la levée des jauges, dès le 2 février, dans les salles de spectacle pouvant accueillir plus de 2 000 personnes. « Pas de changements pour nous, indiquent les Comédiens de la Tour sur la possibilité de pouvoir accueillir à nouveau l’ensemble des spectateurs au théâtre Octave Mirbeau dont la capacité est de 157 places. En revanche, on ne peut que se réjouir de cette mesure qui va rassurer le monde du spectacle vivant et ses spectateurs. Certains étaient encore frileux à ­revenir et on les comprend. »

« Il faut que nous allions de l’avant et que nous puissions, petit à petit, vivre avec ce virus tout en étant vigilants et attentifs à l’évolution des mutations de ce virus », déclare l’édile DVD de Conflans-Sainte-Honorine, Laurent Brosse, au sujet des allègements des mesures sanitaires dans le milieu culturel et en particulier pour le théâtre Simone Signoret. Tout comme le théâtre Octave Mirbeau, le lieu culturel conflanais n’était pas concerné par la levée des jauges à compter du 2 février.

Selon Laurent Brosse, le théâtre Simone Signoret avait néanmoins su s’adapter au protocole sanitaire. « Nous respectons toujours les consignes sanitaires […], explique-t-il. Parfois nous passons en configuration assise, aucun spectateur debout, comme pour le dernier concert de Claudio Capéo (le 10 décembre dernier, Ndlr). »

Pourtant, d’après lui, un défi important persiste pour le théâtre Simone Signoret : celui de reconquérir la totalité de son public. « La pandémie en elle-même, les mois de fermeture des théâtres ont orienté les spectateurs vers de nouvelles pratiques culturelles, affirme le maire conflanais. Notre challenge est aujourd’hui de les encourager à revenir au théâtre. Beaucoup de gens ont découvert le confort de rester chez eux devant la télé. Cette partie du public, nous devons la ­reconquérir. Il faudra du temps. »

Pour le théâtre de Poissy, d’une capacité de 1 000 places, l’entrée en vigueur du pass vaccinal le 24 janvier dernier peut avoir rebuté certains spectateurs à venir. « Oui, le pass vaccinal a éloigné quelques personnes qui refusent encore de se faire vacciner mais ce n’est pas non plus un fort pourcentage », indique-t-on au théâtre de Poissy en insistant sur le fait que les taux de remplissage sont « excellents » depuis le début de la saison culturelle.

Qu’il s’agisse du pass sanitaire ou du pass vaccinal, toutes les personnes travaillant dans les bars et restaurants interrogées par La Gazette affirment que cela prend beaucoup de temps à contrôler. « Maintenant on est habitué mais plus il y a de monde plus c’est une galère à contrôler […], affirme le responsable du bar Le d’Estrées. Tu perds un temps pas possible à prendre les pass parce que les gens cherchent sur leurs téléphones […]. C’est pénible parce que nous aussi on perd du temps. »

« Cela prend beaucoup de temps à contrôler parce que les gens souvent abusent. Cela les ennuie mais ils font [semblants] de chercher, ils disent qu’ils ont des pannes de portable. C’est toujours les mêmes excuses », raconte le responsable d’un bar restaurant à Poissy. Quant à la possibilité de contrôler les identités de ses clients, Didier, l’employé d’une brasserie pisciacaise est catégorique. « On n’en veut pas, lâche-t-il. Il est hors de question de vérifier que c’est bien la bonne personne […]. On n’est pas des policiers. »

Alors que le 4 février dernier, 240 876 nouveaux cas positifs au covid-19 étaient recensés en France, soit une moyenne de 263 081 cas en une semaine, les professionnels de la culture et de la restauration s’interrogent toutefois sur les motifs des assouplissements des restrictions sanitaires. Tandis que ces premiers veulent rester optimistes, les professionnels de la restauration ne cachent pas leurs interrogations. « C’est incompréhensible mais bon on fait avec. Maintenant, on est habitué. Un coup c’est noir, un coup c’est gris, un coup c’est blanc », affirme le responsable d’un bar restaurant pisciacais.

« Nos autorités scientifiques ne savent pas nous dire si le variant Omicron marque une étape décisive sur la voie de la banalisation du virus ou bien si nous restons encore exposés aux risques qu’apparaissent de nouveaux variants problématiques », affirmait Jean Castex dans son discours du 20 janvier en invitant la population a respecter jusqu’à son terme le protocole d’assouplissement des restrictions sanitaires.