« De voir parmi vous, certains sans solutions comme ça, c’est terrible et ça ne nous satisfait pas du tout dans notre action », s’alarme Nadia Hai (LREM), la ministre déléguée chargée à la Ville, le jeudi 27 janvier dernier face à une dizaine de jeunes Carriérois. Installée dans la maison de la jeunesse et de la réussite, la structure municipale dédiée à l’insertion, la ministre écoute avec attention les projets professionnels de Loïc, Soumaré ou Mohamed et constate les difficultés que rencontrent certains à trouver un emploi malgré les ­démarches engagées.

Venue délivrer à la Ville le label, « Cité de la jeunesse », permettant notamment à la commune de bénéficier des crédits de l’État pour mener une politique en faveur des jeunes, Nadia Hai a profité de ce temps pour sensibiliser les acteurs locaux aux discriminations à l’embauche. Car comme dans beaucoup de villes qui abritent un quartier prioritaire, ici, encore trop de jeunes sont confrontés à ce fléau. À cause de leurs noms, de leurs adresses, leurs candidatures resteront plus souvent sans réponse que celles d’autres candidats.

« Ici sur les moins 25 ans on a un taux de chômage de 19 %, qui en plus, est concentré sur les secteurs prioritaires de la ville », s’irrite la ministre déléguée. Lors d’un tour de table avec la ministre, les représentants de l’État et les différents acteurs de l’emploi local, le maire carriérois, Eddie Aït (SE) confirme le malaise : « Je n’ose même pas leur demander de faire un faux CV parce que je suis sûr qu’ils recevraient des invitations aux entretiens, ça serait terrible. »

« Moi je l’ai ressenti », confirme Lucas, l’un des jeunes présents pour rencontrer Nadia Hai. Âgé de 19 ans et originaire du quartier des Fleurs, le jeune homme a cherché un job alimentaire pendant un an sans succès. Ce dernier devait lui permettre de financer son diplôme. « On voit qu’on n’a quasiment jamais de réponses aux candidatures, ou même c’est triste, mais par rapport aux origines, on sent que lorsqu’on est issu d’une mixité par exemple il y a plus de mal à trouver un travail », souffle celui qui a finalement recouru au service civique pour mener à bien son projet d’avenir.

Installée dans la maison de la jeunesse et de la réussite, Nadia Hai constate les difficultés que rencontrent certains jeunes à trouver un emploi malgré les démarches engagées.

Le constat est également partagé par les professionnels de l’insertion comme le confirme Rachid Medouni, directeur de la mission locale intercommunale Poissy-Conflans. « C’est sur les retours des candidatures qu’on le voit en général, indique ce dernier. Après, c’est toujours pareil, le fait établi c’est compliqué à prouver mais le ressenti des jeunes en revanche est fort, le fait d’être estampillé « jeunes de cité ». Nous on essaye de ne pas trop envenimer les choses, de nuancer, mais beaucoup sont convaincus que c’est à cause de ça qu’ils n’avancent pas et on ne peut pas le nier. »

Quelles solutions peuvent alors être appliquées localement pour lutter contre ces discriminations à l’embauche ? Selon Nadia Hai, les plans déployés à l’échelle nationale sont arrivés au bout d’eux mêmes et doivent désormais laisser place à des actions ciblées sur les territoires : « Il faut attaquer le mal à la racine et c’est dans et sur le territoire, en mobilisant tous les acteurs, qu’on pourra y arriver. » Elle poursuit : « Je suis persuadée qu’aujourd’hui il y a des entreprises qui recrutent dans le bassin d’emplois qui est proche de Carrières mais qui ne vont pas chercher ces jeunes-là. Donc c’est peut-être avec ces entreprises aujourd’hui qu’il faut mener ce travail et faire rencontrer ces deux mondes. »

Ces rencontres directes sont en tout cas la solution que privilégie le pôle emploi de Poissy pour favoriser l’insertion des jeunes. « C’est vrai qu’aujourd’hui la barrière c’est au-delà du CV et de la lettre de motivation : c’est faire que les gens se rencontrent », estime son directeur Eric Haddad. Ce dernier vante également le dispositif MRS (Méthode de recrutement par simulation) qui permet de tester l’habileté des candidats sur un poste bien précis et présente à l’employeur comme CV une évaluation de compétence anonyme. « Ça exclut tous les autres critères [pour ne garder] que ceux qui doivent compter », assure-t-il.

Tous s’accordent également sur l’attention à accorder à l’accompagnement de ces jeunes. La structure carriéroise est en cela un outil structurant pour Eddie Aït. « L’idée c’est de ne pas nier une réalité mais une fois qu’on a dit ça, soit on dit au jeune « intègre-le et puis démerde-toi comme tu peux avec tes réseaux », soit on lui dit que la promesse républicaine ça le concerne aussi et qu’ici on se mobilise particulièrement. »