Un programme adressé par courrier, un flyer joint par mail, une rencontre avec le maire, depuis plusieurs semaines la course aux parrainages fait rage dans les Yvelines et en vallée de Seine. Parmi la vingtaine de candidats en course pour les prochaines élections présidentielles, beaucoup ont sollicité le soutien des élus locaux pour atteindre les fameuses 500 signatures nécessaires pour se présenter sur la ligne de départ du premier tour qui aura lieu le 10 avril 2022.

En attendant le casting définitif qui sera dévoilé le 7 mars, les premiers parrainages donnés par les maires, conseillers départementaux et régionaux et parlementaires ont été publiés par le conseil constitutionnel. Outre les figures politiques locales, dont les formulaires prennent la couleur d’une étiquette déjà connue, de nombreux maires restent indécis ou refusent tout simplement de signer en faveur d’un candidat.

Valérie Pécresse (Libres), a validé sans surprise son quota dès le mardi 8 février, bien aidée par son vivier politique local. Parmi ses 1 249 parrainages validés par le conseil constitutionnel au 14 février, la présidente de Région compte 74 formulaires d’origine yvelinoise. Cela fait d’elle la candidate la plus soutenue par les élus locaux devant le président sortant (pressenti mais pas encore candidat), Emmanuel Macron (LREM).

La candidate des Républicains, profite effectivement du grand chelem de son parti aux dernières élections départementales et de l’appui des poids-lourds politiques locaux. À commencer par sa propre équipe dans laquelle figurent la sénatrice des Yvelines Sophie Primas (LR), le président du Sénat Gérard Larcher (LR) ainsi que Patrick Stefanini (LR), conseiller départemental du canton de Bonnières-sur-Seine et directeur de campagne. Dans les rangs, on compte également les maires de Conflans-Sainte-Honorine et Chanteloup-les-Vignes, Laurent Brosse (DVD) et ­Catherine Arenou (DVD).

« Je fais partie, peut-être, des quelques déçus du mandat présidentiel, j’ose le dire, je pense que l’esprit réformateur annoncé en 2017 ne s’est pas vérifié », explique Laurent Brosse de son choix de soutenir Valérie Pécresse bien qu’il se considère encore comme « un Philippiste » (soutien de l’ex-premier ministre Édouard Philippe entre mai 2017 et juillet 2020, Ndlr). Une décision que le maire conflanais attribue également à « la loyauté et la fidélité » envers celle qui l’avait soutenu lors de sa candidature à la mairie en 2014. « J’avais 28 ans et elle a fait partie des rares [personnes] qui ont cru en moi donc je pense que c’est un juste retour des choses », insiste-t-il. À la liste des soutiens de Valérie Pecresse figurent également les maires sans étiquette de Vernouillet, Jumeauville et Mantes-la-Ville.

S’il n’est pas encore officiellement candidat, Emmanuel Macron a tout de même été le premier à atteindre les 500 parrainages dès le 3 février. Outre les pensionnaires locaux de l’Assemblée nationale que sont les députés Bruno Milienne (MoDem), Nathalia Pouzyreff (LREM) ou Michèle de Vaucouleurs (LREM) et Florence Granjus (LREM), le président de la République peut également compter sur deux maires pour défendre son bilan sur le terrain. D’un côté le très médiatique maire de Poissy, Karl Olive (DVD), et de l’autre, le maire investi En Marche de Verneuil-sur-Seine lors des précédentes municipales Fabien Aufrechter.

« Je suis l’un des fidèles des premiers jours, je m’étais engagé durant la campagne à donner mon parrainage à Macron », rappelle l’édile vernolien tout en soulignant que malgré la transparence de son bulletin de vote, il a tout de même été sollicité par « tous les candidats qui font l’actualité ». Car pour d’autres, être présent au premier tour est déjà un défi à l’image de François Asselineau (UPR), qui s’est rendu à Evecquemont pour convaincre le maire de la commune, Christophe Nicolas (SE), de lui offrir son ­parrainage.

« Au départ, je n’avais pas l’intention de parrainer untel ou untel mais j’avais dit que si déjà un candidat venait s’intéresser à un maire rural et à nos problématiques, peut-être que je réfléchirais », explique Christophe Nicolas de l’origine de cette rencontre. Message compris pour le candidat qui comptait 193 signatures ce 14 février : le militant du « Frexit » a été reçu en mairie le 3 février.

« Il nous a expliqué qu’il avait fait le tour des villages du Vexin et qu’il n’y en avait que trois, quatre qui lui avaient accordé un rendez-vous, confie le maire d’Evecquemont. Moi ce que je voulais c’est parrainer un candidat mais plutôt d’un petit parti qui apporte une autre voix, un débat différent, aussi, sans partir dans les extrêmes parce que nous on est quand même élus sans étiquette donc il faut que je reste dans les candidats standards. » Le candidat et fondateur du parti Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, lui aussi a trouvé une oreille attentive en vallée de Seine puisqu’il a obtenu, comme en 2017, le parrainage de Maurice Boudet, le maire SE de ­Rolleboise, 400 habitants.

Pour autant, les actes de parrainages restent pour l’heure encore rares dans les villages de vallée de Seine. Alors que dans les villes, de nombreux parrains n’hésitent pas à se prendre en photo avec leur formulaire rempli, pour les élus ruraux interrogés par La Gazette il n’est pas forcément opportun de « ramener la politique nationale dans la commune ».

Pour certains élus, comme Lionel Giraud (DVG) ou Eddie Aït (SE), le choix de ne soutenir aucun candidat s’inscrit dans un constat de regret face à la campagne présidentielle.

« La raison c’est qu’on ne peut pas empêcher quiconque de considérer qu’à partir du moment où un maire ou un élu donne sa « caution » à un candidat, forcément il sera apparenté à [ce dernier] », estime pour sa part, Daniel Maurey, maire de Boinville-en-Mantois. Elu depuis 1989, l’édile n’a jamais parrainé aucun candidat et ce malgré les nombreuses sollicitations qui lui parviennent lors de ces périodes électorales : « On est d’autant plus sollicité, nous maires réputés « indépendants » que c’est vers nous que se tournent les petits candidats qui ont besoin d’aller à la pêche. »

L’abstention des maires ruraux en période de parrainage semble se renforcer à en croire Sophie Primas. « Oui il y a en tout cas cette inquiétude dans l’excitation actuelle, dans l’état de violence qui se fait jour avec des pressions de toutes parts, il y a des maires qui préfèrent s’abstenir on va dire de tout parrainage en disant « n’en rajoutons pas dans mon village » », témoigne la sénatrice des Yvelines. Pour éviter ce genre de situation, Serge Ancelot (LR), le maire d’Auffreville-Brasseuil, village de 650 habitants, s’en est, lui, remis aux urnes. En effet, pour choisir le candidat qui obtiendra ce précieux sésame, le maire a organisé un vote à bulletins secrets avec ses quatre ­adjoints.

« Les acteurs d’une commune sont le maire et ses adjoints, c’est à eux que revient la décision, explique Serge Ancelot. Et puis si après [un habitant] dans la rue m’accroche pour me dire « vous avez choisi untel », je dirais « ce n’est pas moi c’est le vote de vos élus ». » Pour l’édile cette solution permettra de « libérer mes collègues qui ne veulent pas en prendre plein la gueule parce qu’ils votent pour tel candidat. » Eric Zemmour (Reconquête) trouvera ainsi son second parrainage yvelinois, le dépouillement le donnant en tête à 60 % des voix (dont un vote blanc) devant Yannick Jadot (EELV).

Pour d’autres élus, le choix de ne soutenir aucun candidat s’inscrit dans un constat de regret face à la campagne présidentielle. C’est notamment l’état d’esprit des maires d’Issou Lionel Giraud (DVG) ou d’Eddie Aït (SE) à Carrières-sous-Poissy.

« Aujourd’hui je trouve qu’il y a trop de candidats à gauche, il faudrait déjà qu’ils s’entendent entre eux », déplore Lionel Giraud. En vallée de Seine, seul l’écologiste Yannick Jadot et la socialiste Anne Hidalgo profitent, pour l’heure, de parrainages locaux : deux pour le premier, un seul pour la seconde. « De toute façon, je trouve cette campagne présidentielle un peu en dessous de tout pour l’instant quelles que soit les couleurs ou les candidats je trouve que les vrais sujets ne sont pas abordés, poursuit l’édile issoussois. En tant qu’élu je m’aperçois que la question de l’autonomie des collectivités territoriales, de leur marge de manœuvre n’est abordé par aucun candidat ­susceptible de passer la barre des 5 %. »

Le maire carriérois, qui avait notamment reçu Christiane Taubira (47 parrainages au 14 février) au début du mois janvier, déplore de son côté la stratégie des candidats. « C’est clair que si c’est juste pour nous solliciter une fois tous les cinq ans et puis derrière plus rien dans la démarche partenariale qu’on serait en droit d’attendre, je ne vois plus bien l’intérêt », s’agace Eddie Aït qui avait apporté son parrainage à Benoît Hamon lors des dernières élections présidentielles. Pour ceux qui souhaiteraient apporter leurs parrainages, mais resteraient indécis, les formulaires sont à ­renvoyer avant le 4 mars.