Clarté, prestance et audace, depuis plusieurs semaines, ils sont près de 400 collégiens à cultiver la recette gagnante. Le 10 mai prochain, des élèves issus de 14 collèges yvelinois monteront sur la scène du théâtre Gérard Philippe à Saint-Cyr-l’École lors d’un concours d’éloquence organisé par le Département. Comme l’édition précédente, organisée à titre expérimental l’an passé entre quatre collèges, des coachs en improvisation théâtrale les forment aux rudiments de l’art oratoire et les aident, pour beaucoup, à vaincre leur timidité.

« Se tenir droit, parler haut et fort. » Au collège pisciacais Jean Jaurès, les bases de la représentation sont à nouveau répétées pour lancer la troisième et dernière session d’entraînement avant le jour J. Après deux ateliers obligatoires pour la classe de 3e, ce vendredi 22 avril, il ne reste plus que les élèves ­volontaires : une dizaine.

Ce matin-là, le petit groupe s’exerce au « duel », l’une des deux épreuves du concours. Cette manche collective voit deux équipes s’affronter à coups d’arguments pour défendre un point de vue dans un débat. S’avançant avec assurance, Côme défend la thèse selon laquelle les réseaux sociaux façonnent la désinformation. « Le problème sur Internet, c’est qu’on ne peut pas vérifier toutes les informations […] il y a plein de photo-montages qui induisent en erreur », lance le jeune homme avec un certain bagout. Face à lui, Mathieu tâtonne, un peu gêné de prendre la parole devant ses camarades, puis finit par se lancer : « Certes, sur les réseaux sociaux, on peut avoir des complotistes ou des fakes-news, mais il y a, par exemple, plusieurs grands médias qui ont des comptes dessus et qui font des vrais posts. »

Marianne, 14 ans, ira défendre les chances pisciacaises dans l’épreuve soliste de l’argumentaire.

Outre ce travail qui sollicite l’esprit critique, l’objectif de ces ateliers est surtout d’améliorer les compétences orales des élèves. « C’est gênant, c’est malaisant, ça c’est beaucoup ressorti dans tous les collèges », témoigne Noémie Trancoso l’une des deux coachs de l’association ImproActif. Malgré tout, cette dernière se réjouit que certains profils se révèlent au fil des séances : « Notre rôle, c’est aussi de les pousser quand ils ont envie mais qu’ils n’osent pas, ou quand ils sont capables mais qu’ils ne s’en rendent pas compte eux-mêmes. »

Et à ce sujet, pour les collégiens de Jean Jaurès, il est l’heure de désigner l’ambassadeur qui les présentera pour la seconde épreuve : un argumentaire à débiter seul devant près de 500 personnes. Pour beaucoup, même pour Côme, la marche est encore trop haute. C’est Marianne, 14 ans, qui ira défendre les chances pisciacaises. « J’ai vraiment gagné en confiance en moi, ça m’a aidé dans la gestion du stress aussi », confie l’adolescente qui abordera l’émancipation des jeunes par les réseaux sociaux. Elle regrette cependant que la prévention aux risques d’internet soit devenue un peu trop redondante dans les projets scolaires. « C’est intéressant, mais beaucoup trop revu, on a compris, juge-t-elle. Je pense que ce serait aussi intéressant de demander à des adolescents de mon âge ce qu’ils pensent de la politique et des derniers débats. »