Le 12 juin prochain, les électeurs seront de nouveau appelés aux urnes pour le premier tour des élections législatives. Dans les cinq circonscriptions yvelinoises couvertes par La Gazette, (6e, 7e, 8e, 9e et 12e), l’horizon se dégage depuis la publication, la semaine dernière, d’une bonne partie des candidats investis par les groupements politiques. En plus de lâcher leurs poulains dans le temps de la campagne, ces choix, souvent arbitrés au sommet des organisations, laissent entrevoir certaines stratégies qui, parfois, se déploient aux dépens des visages locaux.

La fin de semaine dernière a été riche d’annonces. Et ce sont Les Républicains qui ont ouvert le bal des investitures en publiant dès le mardi 3 mai le nom des douze candidats yvelinois. Après le sérieux revers encaissé par Valérie Pécresse (Libres) à l’élection présidentielle, le parti a revu son casting pour tenter de faire mieux qu’en 2017 : une seule circonscription emportée contre onze pour la majorité présidentielle. La fédération yvelinoise a notamment rallié à ses côtés le maire DVD de Conflans-Sainte-Honorine, Laurent Brosse, pour la 7e circonscription allant de Conflans-Sainte-Honorine à Mézy-sur-Seine.

Une candidature pas si naturelle que ça puisque, malgré son élection dans la majorité LR du conseil départemental et son soutien fléché vers Valérie Précresse en avril dernier, l’édile conflanais a toujours publiquement fait connaître sa proximité avec l’ancien premier ministre, Édouard Philippe, dont le mouvement nommé Horizons est l’une des composantes de la majorité présidentielle pour cette campagne. « Il y avait un doute sur l’étiquette que Laurent Brosse prendrait », confirme Mickaël Littière, son adjoint à la sécurité et surtout le référent départemental LREM des Yvelines. Selon nos informations, Laurent Brosse se serait d’ailleurs entretenu avec le maire de Saint-Germain-en-Laye, Arnaud Péricard, qui est le référent régional Ouest de Horizon, avant d’arrêter son choix. L’édile conflanais débutera sa campagne ce ­mercredi 11 mai à Triel-sur-Seine.

Du côté de la majorité présidentielle, la stratégie s’est affinée en toute fin de semaine alors que la députée Modem sortante Michèle de Vaucouleurs donnait crédit aux bruits de couloirs qui indiquaient qu’elle ne retournerait pas en campagne. « Je souhaite à présent m’engager sous d’autres formes, notamment dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, au sein duquel je me suis beaucoup investie avant mon mandat », a expliqué la députée vendredi 6 mai dans une vidéo. Pour la remplacer, plusieurs candidatures locales ont émané, dont celles de Mickaël Littière mais aussi de ­Jonas Maury, son suppléant.

Un départ qui a également rouvert les discussions entre les deux entités pour l’attribution de la circonscription. « Il y a une règle que la REM et le Modem se sont fixés, c’est que globalement les députés sortants, candidats à leur réélection, sont prioritaires pour avoir l’investiture », explique le référent départemental du Mouvement démocrate, Jean-Baptiste Hamonic. Natalia Pouzyreff, députée LREM de la 6e circonscription, et Bruno Millienne, député Modem dans la 9e, ont ainsi logiquement été réinvestis dans leurs secteurs respectifs. « Donc il y a deux cas de figure, soit la 7e circonscription reste Modem, soit la circonscription passe à En Marche, mais dans ce cas-là, il y aurait ailleurs dans la région, ou au niveau national, une circonscription qui passerait Modem. »

En dépit de la plaidoirie locale, c’est finalement Nadia Haï (LREM), l’actuelle ministre chargée de la Ville qui a été choisie par le bureau exécutif national En Marche pour affronter Laurent Brosse. Un arbitrage que déplore Jonas Maury qui estime que « les considérations doivent avant tout être locales ». Interrogé en fin de semaine dernière, le candidat n’excluait pas de se ­présenter sans investiture.

À gauche, c’est l’ancienne conseillère municipale de Verneuil-sur-Seine, Michèle Christophoul (PS) qui devrait défendre les chances de la Nupes, pour Nouvelle Union populaire écologique et sociale, dans la 7e circonscription. Le résultat des négociations de cette union initiée par les quatre principales formations de la gauche (La France insoumise, Europe écologie les verts, PCF et PS) a abouti, dans les Yvelines, à une répartition comme suit : « Tout LFI, trois pour le pôle écologiste, et une pour le PS », fait savoir Ghislaine Senée (EELV), la présidente du pôle écologiste au conseil régional.

D’après nos informations, les 8e et 12e circonscriptions ont été réservées pour le pôle écologiste qui y présentera pour la 8e Benjamin Lucas le coordinateur du mouvement Génération.s, élu au conseil régional des Hauts-de-France. Interrogée, en fin de semaine dernière, avant l’investiture de Benjamin Lucas, coordinatrice de La France insoumise du Mantois, Audrey Hallier, semblait dubitative quant à l’arrivée d’un candidat sans ancrage local.

« Je ne suis pas sûre que ce soit très judicieux », juge-t-elle en s’appuyant sur les particularités de cette circonscription de plus de 100 000 habitants qui regroupe notamment les communes de Mantes-la-Jolie, Mantes-la-Ville et Limay. Et, qui plus est, la seule que n’avait pas raflée la majorité présidentielle en 2017. « La 8e, elle est fascinante parce que, quand on est à gauche, c’est à la fois la plus prenable et en même temps c’est casse-gueule, image Audrey Hallier. Et c’est celle où l’ancrage local est peut-être le plus fortement marqué […]. Les gens du territoire envisagent ce fameux député comme un porte parole du territoire, plus peut-être que dans les autres circonscriptions. C’est pour ça que la perspective d’avoir un parachutage ça ne réjouit pas tout le monde, je ne suis pas sûre que stratégiquement ce soit la bonne solution. »

En 2017, la majorité présidentielle avait raflé onze des douze circonscriptions yvelinoises.

Élu en 2017, le député LR sortant Michel Vialay, 62 ans, sera tout naturellement candidat à sa réélection. Parmi ses concurrents principaux, l’ancien maire RN de Mantes-la-Ville, Cyril Nauth, devrait sans doute concourir en espèrant surfer sur les résultats historiques obtenus par son parti lors du dernier scrutin présidentiel.

« Il y aura des candidats dans les 577 circonscriptions de France, issus du Rassemblement national ou soutenus », indique le référent départemental du parti, Laurent Morin (RN), qui, lui, est pressenti dans la 9e circonscription. Les noms des douze candidats yvelinois RN seront dévoilés dans la semaine du 16 au 20 mai.

« Ça va être tout le combat de Michel Vialay desserrer l’étau [avec la France insoumise et le Rassemblement national] », analysait du défi à venir le président de la fédération yvelinoise des Républicains, Pierre Bédier, au micro de TV78. Pour le président du Département, le député sortant jouit d’une côte favorable notamment « dans les secteurs ruraux où il y a eu un gros score [Rassemblement] national, les électeurs lui sont extrêmement reconnaissants d’avoir empêché la réalisation d’un projet de carrières qui allait incontestablement impacter ­négativement leur cadre de vie. »

Pour faire face au député sortant, le parti du président réélu a cette fois investi l’ancienne adjointe mantaise, Edwige Hervieux. D’après le référent départemental LREM, jusqu’en fin de semaine dernière, il était plutôt question d’attendre le résultat de l’élection municipale partielle mantaise (voir page 4) avant de se prononcer en faveur d’une candidate : Edwige Hervieux étant candidate aux côtés de l’ancien maire Raphaël Cognet (DVD) et Khadija Moudnib dans la direction de campagne de François Gerber. « Je mesure que cette investiture […] a vocation à soutenir sa démarche ainsi que celle du candidat démissionnaire », a estimé cette dernière dans un communiqué de presse. Khadija Moudnib a indiqué à la Gazette qu’elle ne se lancera pas en solitaire dans cette campagne.

Dans la 12e circonscription, alors que le candidat investi par la Nupes tarde encore à se faire connaître, le maire pisciacais, Karl Olive (LREM), confortablement installé dans son canton, sera bel et bien le candidat d’Emmanuel Macron pour remplacer Florence Granjus (LREM), qui n’a pas souhaité se représenter. En opposition de style, les Républicains eux, misent sur l’électorat rural, notamment dans le canton de Montfort-l’Amaury, avec la nomination de François Moutot, le maire de Thoiry, une commune de moins de 1 500 habitants.