Un homme originaire de Mantes-la-Jolie a été condamné, jeudi 2 juin, à une peine de quatre ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Versailles, pour avoir violenté et forcé une adolescente de 16 ans à se prostituer via des annonces en ligne. Il avait été arrêté dans la commune le 17 avril après que la jeune victime ait réussi à prévenir la police.

Quand, dans la nuit du 10 avril, une jeune fille originaire de Mont-de-Marsan (Landes) fuit le domicile familial pour rejoindre celui qu’elle décrit comme son petit ami, elle ne se doute pas du tout de l’enfer qui l’attend. À quelques pas de chez elle, une voiture immatriculée dans les Yvelines l’attend, avec à son bord, un jeune homme de 25 ans qu’elle a rencontré il y a sept mois sur les réseaux sociaux. Tombée amoureuse du Francilien, elle pense rejoindre la région parisienne avec lui pour vivre une histoire d’amour, mais, lorsque les portières se verrouillent il est déjà trop tard.

Le « couple » roule toute la nuit pour rejoindre le domicile du prévenu à Mantes-la-Jolie. Durant la première nuit, les deux jeunes consomment leur « amour naissant » sans que rien ne puisse alerter la victime. Cela dit, l’adolescente n’a jamais révélé son véritable âge à son nouveau compagnon. « Quand ils ont commencé à échanger sur Snapchat, elle lui avait dit qu’elle avait bientôt 18 ans », souligne la juge. Mais la belle histoire espérée tourne court.

Dès le lendemain, l’adolescente est conduite par le vingtenaire dans un appartement de Bondy (Seine-Saint-Denis). Il lui annonce qu’elle va devoir monnayer son corps. « Elle a d’abord refusé, mais [le prévenu] l’a menacée en lui disant qu’il allait la laisser nue dans une forêt si elle n’acceptait pas », rapporte la juge du témoignage de la victime. Les jours suivants elle est conduite à Rouen (Seine-Maritime) et l’histoire se répète. Sur trois jours les clients attirés via des annonces en ligne, et « postées avec le téléphone [du prévenu] », se succèdent pour diverses prestations fixées entre « 50 et 300 euros », révèlent les enquêteurs qui ont auditionné l’un d’entre eux.

Car la police a finalement pu secourir la jeune fille et interpeller son proxénète dans la nuit du 17 avril. Ce soir-là, elle parvient à donner sa localisation à sa sœur qui lance l’alerte. Quand elle est retrouvée, l’adolescente est couverte d’ecchymoses. Elle expliquera aux enquêteurs avoir été passée à tabac par son ravisseur au motif qu’elle avait refusé de se déplacer à Poissy « où l’attendaient quatre nouveaux clients ».

L’unité médico-judiciaire lui a retenu six jours d’incapacité temporaire de travail et lui a diagnostiqué des lésions sexuelles. Elle n’a pas souhaité porter plainte.Absente le jour de l’audience, une administratrice ad hoc a témoigné en sa faveur devant la justice. « Ça a été très difficile de rentrer en contact avec elle, indique la représentante de la mineure. C’est une jeune fille très naïve, très immature qui semble sous emprise, on a l’impression qu’il y a un déni, c’est très inquiétant. »

Lorsqu’il est interrogé dans le box des accusés, le Mantais reconnaît avoir aidé la jeune fille à se prostituer, mais soutient que « tout cela, c’était son idée ». Selon ses dires, l’adolescente qui avait quitté son foyer « en claquettes et en pyjama Mickey » souhaitait gagner de l’argent pour s’acheter des affaires. Déjà condamné à de la prison ferme pour proxénétisme, sa version n’a pas convaincu le tribunal. Son conseil, maître Alexandre Simonin, a, lui, critiqué « une caricature outrancière » faite de son client. « Mon propos n’est pas d’inverser les rôles, mais on ne peut pas grossir un traître qui n’existe pas », plaide l’avocat en estimant que « rien dans le dossier » ne permet d’établir la préméditation du prévenu ni d’exclure un certain consentement de l’adolescente.

Une association de protection des victimes alerte sur un phénomène en hausse

« C’est une affaire de plus qui vient s’ajouter à la longue pile de dossiers du même genre », déplore Maître Margaux Bourbier, avocate au Barreau de Paris et plaidant pour le compte de l’association Equipes d’action contre le proxénétisme et d’aide aux victimes (EACP) qui s’est constituée partie civile dans cette affaire. Selon elle, les victimes mineures dans des faits de proxénétisme sont de plus en plus nombreuses.

Avec une difficulté récurrente, celle de la prise de conscience des jeunes filles. « Le ciment de ce type de proxénétisme, ce sont les relations amoureuses, assure l’avocate. Dans cette pyramide infernale, on a aussi le client qui est prêt à payer de plus en plus cher pour faire l’amour avec une jeune fille qui est en pyjama Mickey. C’est horrible. » Jugeant que la mission de l’association doit être financée par les auteurs des faits, ­l’association a réclamé des dommages et intérêts à hauteur de 1 000 euros.