La scène a pu interroger certains Mantais, en cette matinée du dimanche 19 juin. A proximité du square Alexandre Palombe, dans le quartier des Bords de Seine, une cinquantaine de personnes a assisté à la « procession de la Fête Dieu », organisée par la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, mouvement religieux catholique, dont certaines positions valent à cette branche en marge de l’Église, d’être assimilée à des intégristes et considérée proche de l’extrême-droite. Mais malgré le terme procession, plusieurs témoins ont eu l’impression d’assister à une messe en plein air.

« Il ne s’agit pas d’une nouveauté pour nous », précise la Fraternité, contactée par La Gazette, dont le prieuré se situe à proximité immédiate, rue Jean Hoët, de cette « procession » qui a obtenu toutes les autorisations nécessaires fait-elle savoir. Mais la Fraternité sacerdotale Saint Pie X reconnaît qu’habituellement cette « dévotion publique à la Sainte Eucharistie » se déroule plutôt à Jouy-Mauvoisin, où la communauté dispose également d’une église. Elle indique que le choix mantais de cette année était une question de logistique, permettant plus facilement aux fidèles de se retrouver.

« C’est une occupation du domaine public d’une manifestation religieuse, donc c’est la préfecture [qui autorise] et la Ville est consultée pour avis, répond le maire Raphaël Cognet (DVD), sollicité par La Gazette, de l’autorisation donnée. Nous avons donné notre accord comme nous le donnons par exemple, aux catholiques de la collégiale qui font une fois par an une procession au moment du chemin de croix entre Limay et Mantes (d’église à église, sans prière dans la rue Ndlr). »

S’il reconnaît qu’une procession « est plutôt quelque chose qui renvoie vers les catholiques que vers d’autres cultes », il précise que « toute organisation qui souhaite faire une procession religieuse peut faire la demande selon la même forme ».

Mais si la célébration a été autorisée sous la forme d’une procession, la disposition d’un autel à proximité des jeux pour enfants interpelle tout de même, prêtres et fidèles s’étant agenouillés devant pour prier et pratiquer l’adoration du Saint-Sacrement, sous discrète surveillance des policiers municipaux, selon plusieurs ­témoins.

« Pour la première fois à Mantes-la -Jolie on voit une messe être célébrée sur le domaine public », a réagi Jean-Luc Santini (LR), président du groupe d’opposition Mantes Unie pour l’avenir, pointant justement la proximité immédiate du prieuré avec le lieu où est disposé l’autel. « La procession ne me choque pas, le fait qu’on installe un autel sur un parvis, là où il y a des jeux d’enfants me dérange plus, poursuit-il. Ils pouvaient faire une procession et finir dans le local, je ne vois pas pourquoi on les a autorisés. »

Lui effectue un parallèle avec la charte d’éthique et de déontologie présentée aux élus lors du conseil municipal du 7 juin dernier et dont l’article 2 demande aux élus de veiller « de manière intransigeante au respect de la laïcité et des valeurs de la République ». « Cette charte s’applique également aux actions des élus, insiste Jean-Luc Santini. Le maire a autorisé, le maire a laissé faire. Tout le monde va demander la même chose. »

Un rapprochement que réfute Raphaël Cognet : « Il faut que les élus s’appliquent un principe de laïcité et de neutralité, ça n’a rien à voir avec aucune manifestation religieuse ne doit être organisée sur la commune. C’est une façon de voir les choses qui est volontairement polémique. »

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