La nouvelle avait fait l’effet d’une bombe. Le 29 mai 2020, dans le cadre d’un plan de restructuration de deux milliards d’euros sur trois ans, le groupe Renault a annoncé l’arrêt de la production automobile sur le site de Flins à l’horizon 2024 au profit du développement des activités liées à l’économie circulaire regroupées dans un projet nommé Refactory. Elles concernent notamment le reconditionnement des véhicules d’occasion, le recyclage des pièces automobiles, la réparation de batteries et le stockage de leur énergie. Le développement d’un campus universitaire pour renforcer la spécialisation des métiers présents à la Refactory ainsi que la création d’un incubateur de start-up et de partenaires pour développer ou codévelopper des projets innovants centrés sur l’économie ­circulaire, sont ­également ­concernés.

En attendant l’arrêt de la production de la Nissan Micra à la fin de l’année puis celle de la Renault Zoé, prévue en 2024, la mutation de Renault-Flins est vouée à s’accentuer. Le 20 juillet dernier, lors d’une visite de presse, Jean-Philippe Billaï, directeur de l’usine et du projet Refactory, a affirmé que cela est essentiel pour éviter sa fermeture, former les salariés, faire connaître les nouvelles activités de l’usine et rassurer les élus et les ­syndicats sur leur pérennité.

« En fait, pour les gens, l’économie circulaire c’était très abstrait aussi bien en interne de l’entreprise, pour les collaborateurs de l’usine mais aussi pour les gens qui sont extérieurs à l’entreprise, les politiques, les différents acteurs du territoire qui ne voyaient pas très bien ce qu’on voulait faire et pour lesquels jusqu’à présent, pour beaucoup de personnes, l’économie circulaire c’était quelque chose d’abstrait et donc on s’est attaché à démarrer très, très vite des projets très concrets dans tous les domaines pour que, justement, les gens puissent visualiser ce que voulait dire l’économie circulaire, puissent comprendre les leviers de rentabilité économique », confie le directeur avant d’ajouter : « Tous les projets qu’on démarre sont rentables, sinon on ne les démarre pas ».

« On estime que la durée de vie d’une batterie dans son usage automobile est, à peu près de 15-20 ans […], explique Laurent Claude, directeur général de Gaia, une filiale de Renault. Comme on a lancé les premiers véhicules en 2011, on a que peu de batteries pour l’instant à mettre en seconde vie. »

Cette annonce ne rassure cependant pas complètement les syndicats dont la CGT. Depuis l’annonce du 29 mai 2020, ils craignent effectivement que l’arrêt de la production automobile conduise à une diminution du nombre d’emplois. « Dans une usine de carrosserie-montage, il faut bien avoir en tête que les gens pensent qu’avoir un nouveau véhicule c’est un gage d’emploi ce qui est faux parce que je connais plein d’usines où on a démarré de nouveaux véhicules, les modèles ne se sont pas vendus et l’usine s’est cassée la figure », tente de rassurer Jean-Philippe Billaï.

« On a perdu 1 200 emplois en un an, c’est énorme pour le bassin local », rétorque Ali Kaya, délégué CGT, dans un article du Parisien publié en juillet dernier. Selon le directeur de Renault-Flins, actuellement « 2 800 » personnes environ travaillent au sein de l’usine. Entre « 800 et 900 » d’entre elles exercent au sein des activités dédiées à la Refactory. D’ici 2030, le groupe prévoit néanmoins « 3 000 ­emplois » sur le site.

Alors qu’Ali Kaya dénonce également le fait que peu de salariés sont affectés aujourd’hui aux activités de la Refactory, Jean-Philippe Billaï, lui, reconnaît qu’il n’est pas toujours facile pour les employés de se projeter, en termes de volumes d’activités dans les projets de la Refactory. Cela est notamment vrai pour la réparation et le stockage de l’énergie des batteries des véhicules électriques dont l’activité est exploitée par la filiale Gaia sur le site de Renault-Flins.

« On estime que la durée de vie d’une batterie dans son usage automobile est, à peu près de 15-20 ans […], explique Laurent Claude, directeur général de Gaia, une filiale de Renault, en précisant qu’une batterie arrête sa vie automobile lorsqu’elle passe en-dessous de 75 % de sa capacité initiale. Comme on a lancé les premiers véhicules en 2011, on a que peu de batteries pour l’instant à mettre en seconde vie [pour alimenter le réseau électrique, servir dans la navigation maritime ou encore remplacer les groupes électrogènes des artisans sur les chantiers] et encore moins à mettre en recyclage […]. En seconde vie, on considère effectivement que la batterie va encore durer 10 à 15 ans [avant d’être recyclée]. » Selon lui, l’en dernier, environ « 200 batteries » ont été recyclées.

L’entreprise Hyvia, fondée à l’issue de la rencontre entre Renault Group et Plug Power, leader mondial des solutions hydrogènes, a pour but de développer des véhicules utilitaires fonctionnant à l’hydrogène et ayant une autonomie supérieure à celle des voitures électriques. Basée dans un ancien entrepôt logistique de Renault-Flins, elle est vouée à s’agrandir au cours du temps.

« En fait, aujourd’hui, [on constate que] les batteries ont une durée de vie beaucoup plus longue que ce qui était prévu au départ. Au départ, elles devaient être garanties sept ans et on s’attendait à ce qu’elles aient une durée de vie de cet ordre-là et, en fait, on se rend compte maintenant que leur durée de vie dure [plus longtemps] donc, à chaque fois, le retour des batteries vers nous se décale un peu dans le temps mais on va commencer à en recevoir, de façon significative, à partir de 2024-2025. On commence déjà à se préparer pour développer ces applications-là, pour être prêt à les utiliser au moment où elles vont revenir vers nous », complète Jean-Philippe Billaï.

La filiale Gaia n’est cependant pas la seule à être amenée à se développer dans les prochaines années sur le site de Renault-Flins. C’est également le cas de l’entreprise Hyvia, fondée en 2021 à l’issue de la rencontre entre Renault Group et Plug Power, leader mondial des solutions hydrogènes. Son objectif est de développer des véhicules utilitaires fonctionnant à l’hydrogène et ayant une autonomie supérieure à celle des voitures électriques. L’entreprise, dont l’homologation des véhicules est en cours, est basée dans un ancien entrepôt logistique de Renault-Flins et occupe actuellement une surface de 3 000 m². Elle est cependant vouée à s’agrandir. « À partir de début septembre, on va pouvoir travailler sur le déploiement industriel [des véhicules] avec une première phase [d’industrialisation] en 2024. On va alors occuper 10 000 m². En 2026, on va s’étendre à 25 000 m² et, à partir de 2029, on utilisera 35 ou 40 000 m² », détaille David Holderbach, président de Hyvia.

Pour Jean-Philippe Billaï, les employés de l’usine ne doivent, en tout cas, pas s’interdire de se former aux nouveaux métiers développés à Renault-Flins. « Ce n’est pas parce que personne ne connaît l’hydrogène qu’[on] doit s’interdire de proposer ses jobs », explique-t-il en précisant que le temps de formation est cependant variable en fonction du métier.

Une ligne de démantèlement de véhicules attendue en 2024

Dans le cadre de la restructuration de ses activités, l’usine Renault-Flins développe le reconditionnement des pièces automobiles et des véhicules d’occasion. Sur son site internet, le groupe prévoit de reconditionner « plus de 45 000 véhicules d’occasion par an, d’ici 2023 ». Pour alimenter son approvisionnement en pièces automobiles, une ligne de démantèlement de voitures est attendue à Renault-Flins en 2024.

« On veut implanter à Flins une ligne de déconstruction de voitures qui sera capable de déconstruire à peu près 10 000 voitures par an. L’objectif pour nous, à travers cette ligne est de récupérer des pièces pour leur réemploi », affirme Jean-Philippe Billaï, directeur de l’usine et du projet Refactory.